Parution du journal suspendue

Vendredi 10 février 2012

Prochaine publication papier

Vendredi 21 décembre 2012

Cuba, terre de trocs

Cuba, terre de trocs

Étouffés par l’embargo américain, dépourvus de l’aide du « grand frère soviétique », les Cubains ont développé une véritable économie parallèle pour parer à la pauvreté. En tant que touristes, nous sommes d’ailleurs les premiers à en profiter. À tort ou à raison…

Varadero : une station balnéaire de carte postale, bordée de sable fin et d’une eau turquoise. Des dizaines d’hôtels longent la côte de ce bras de mer, des plus égratignés aux plus somptueux. Ici, les touristes – pour la majorité des Canadiens – envahissent les lieux, se plongent dans un décor de couleurs vives et s’abandonnent allègrement à la chaleur à laquelle se mêlent le parfum des cigares et l’ivresse du rhum. On vient se détendre sur la plage et profiter de la « production locale », sans même s’offusquer du sombre tableau dans lequel baigne une bonne partie de la population.

Depuis la chambre d’hôtel, la vue qui se dégage n’est pourtant pas celle d’une fresque paradisiaque que toute bonne brochure touristique présente. Non, Varadero c’est aussi son lot d’habitations aux murs décrépis et aux toits de tôle rouillés. Ce sont les magasins aux rayons dégarnis, les habitants au sourire ravageur mais aux pantalons troués par l’usure. Ce sont aussi les vieilles Cadillac et les bus surchargés qui, tels des vieux tas de ferraille, disparaissent sur les routes cabossées dans un nuage de fumée noire.

Au bar de l’hôtel, un homme à la peau caramel remplit sans retenue les verres des clients. Discrètement, je lui demande où trouver du rhum à un prix abordable. L’homme se penche au-dessus du comptoir. « Revenez à la fermeture, à 22 heures. » Contre moins de quinze pesos convertibles (18 $), vingt-cinq fois plus fort que la monnaie du peuple, le peso cubain, je repartirai avec un sac à dos rempli de trois bouteilles. « Si vous voulez des cigares, je vous enverrai vers un ami qui en vend », n’oublie-t-il pas de préciser. Les pièces qui tintent alors dans sa poche ne valent pas loin d’un mois de salaire.

Les jineteros

Le « marché noir » est monnaie courante. Ceux qui n’ont rien à offrir s’inventent une valeur marchande. Comme être gardien d’un parking isolé où personne à part vous ne viendra se garer. L’homme vous suppliera ensuite à genoux de lui donner une pièce de votre précieuse monnaie en vous montrant ses chaussures aux semelles trouées et décollées. La plupart du temps, la tactique fonctionne car on n’aime guère être mis mal à l’aise… Poussés par la nécessité, les dénommés jineteros ont fait du tourisme leur première source de revenus. Car pour se nourrir et se vêtir à Cuba, les revenus mensuels sont loin de faire le compte.

À La Havane, pas de plage. Moins de touristes au kilomètre carré. Les jineteros sont aussi nombreux, mais discrets. La police n’aime guère qu’on importune la première ressource financière du pays. Dans le quartier Habana Vieja, la vie grouille. Un sourire et la discussion s’enclenche immédiatement. En moins de dix minutes, je suis assise à une table avec un jeune couple d’Havanais sur la Calle Obispo, l’artère commerçante de la vieille ville. Je les interroge sur la révolution. On parle peu de politique. « Oui, la vie n’est pas tous les jours facile. Non, nous ne sommes pas autorisés à quitter le pays. Mais nous avons une médecine et une éducation gratuites. Et des logements gratuits. Grâce à Fidel ! » Car les Cubains pratiquent aussi le troc de logements. Tout étant propriété

P1050546

de l’État, s’ils souhaitent changer de domicile, ils se retrouvent au bout de l’avenue d’El Prado. Là, on fait des affaires, afin d’échanger un toit. Je me retrouve alors seule attablée avec cette jeune femme, rouleuse de cigares. Elle me propose un deuxième mojito, que je paierai, au prix du touriste. Son mari a emmené mon ami à quelques pâtés de maison : un sous-sol où il se voit proposer une boîte de cigares, moitié prix. Refus : le prix baisse, encore et encore. Ce jour-là, il ne réussira pas son affaire. Se résignant à réclamer simplement quelques pièces ou des vêtements.

Les cartes de rationnement pour le riz, les fèves et la viande sont encore d’actualité et permettent aux Cubains d’avoir accès à ces denrées à un prix dérisoire. Mais d’autres produits restent difficiles d’accès, tant à cause du prix que de l’approvisionnement. Vendus dans les magasins d’État, mieux ravitaillés en biens de consommation, ils sont uniquement payables en pesos convertibles. Il est donc bienvenu d’apporter savons, dentifrices ou lampes de poche avec votre bikini.

En une semaine, impossible de tirer le portrait de la vie à Cuba. Difficile de savoir ce qu’il se cache derrière les façades lépreuses des anciens grands palais coloniaux quand on n’est pas du pays. Le seul endroit que j’ai fréquenté où le troc ne faisait pas légion était la Calle 62. Peut-être le seul bar à ciel ouvert qui contraste avec l’ambiance des animations organisées par les hôtels de Varadero. Tous les soirs, le pavé bordant se transforme en piste de danse, et les jeunes Cubains invitent chaleureusement les touristes à s’essayer à la salsa. Cuba libre, mojitos et autres cocktails coulent à flots. On s’échange quand même des cigarettes. Une américaine, au prix inaccessible pour les locaux, contre une Popular, la cigarette du peuple, qui vous brûlera la gorge.

Sophie de Kepper

4 commentaires pour “Cuba, terre de trocs”

  1. Un pays complexe

    Vous avez raison : « En une semaine, impossible de tirer le portrait de la vie à Cuba. » Même si c’est un petit pays, on y trouve pas mal d’histoires contradictoires. Je vous invite à visiter ce site http://www.cubania.com/ où vous trouverez des articles sur la société, les traditions, la religion… bref, la culture cubaine.

    • Photos d'un voyage à Cuba

      J’ai fais un premier et dernier voyage à Cuba en 2006. J’y ai passé 3 semaines. J’avais engagé un guide, loué une voiture et nous sommes allé visiter sa famille au centre de l’île. Des gens très pauvres mais relativement joyeux et très chaleureux.

      Voici le reportage photos de ma visite.
      http://arts.alegria.ca/Cuba/

  2. SYSTEME DE SANTE CUBAIN OBSOLETE...

    SYSTEME DE SANTE CUBAIN OBSOLETE…

    Cuba: 26 morts dans un hôpital psychiatrique, enquête pour négligence

    Vingt-six patients d’un hôpital psychiatrique de La Havane sont décédés cette semaine en raison d’une vague de froid et de la négligence du personnel, ont annoncé vendredi les autorités cubaines qui ont ouvert une enquête pour traduire en justice les « principaux responsables ».
    Vingt-six patients d’un hôpital psychiatrique de La Havane sont décédés cette semaine en raison d’une vague de froid et de la négligence du personnel, ont annoncé vendredi les autorités cubaines qui ont ouvert une enquête pour traduire en justice les « principaux responsables ».

    Les 26 décès survenus à l’Hôpital psychiatrique de La Havane sont « liés à la baisse des températures prolongée et à des facteurs de risques de patients » âgés ou souffrant de maladies chroniques, selon un communiqué du ministère de la Santé lu à la télévision nationale.

    Le ministère de la Santé a décidé de créer une commission d’enquête sur cette affaire alors qu’ »ont été rapportées plusieurs déficiences concernant l’absence de mesures opportunes » pour venir en aide aux patients.

    « Les principaux responsables de ces faits seront traduits en justice », a indiqué la télévision sans donner plus de détails sur les faits.

    La Commission cubaine des droits de l’Homme, par la voix de son chef Elizardo Sanchez, a affirmé à l’AFP que les décès s’étaient produits entre dimanche et mardi alors que les températures ont baissé jusqu’à 4 degrés dans la nuit dans les environs de l’aéroport de La Havane, près duquel se trouve l’hôpital.

    « Il s’agit d’un fait de négligence criminelle » et du « plus lourd bilan » de morts qui auraient pu être évités dans un hôpital cubain, a affirmé M. Sanchez qui s’est dit « préoccupé par les signes de détérioration » du système de santé cubain.

    Le président cubain Raul Castro se serait rendu vendredi à l’Hôpital psychiatrique de La Havane, selon des sources cubaines non confirmées.

    Des médecins et infirmiers ont affirmé, sous couvert de l’anonymat, que des employés de l’hôpital volaient la nourriture de patients « affamés » pour la revendre sur le marché noir ou nourrir leur famille.

    L’éducation et la santé gratuites sont les emblèmes de la Révolution de 1959 même si ces dernières années, de l’aveu même des autorités, elles se sont détériorées en raison des difficultés économiques liées à l’embargo américain et à des problèmes de gestion internes.

    L’Hôpital psychiatrique de La Havane, le seul de la capitale qui compte « 2.500 lits » selon les autorités, avait été le théâtre en novembre dernier d’un spectacle inusité, « Le Chevalier de Paris », avec pour acteurs une centaine de ses patients sous la baguette du metteur en scène français Serge Sandor.

  3. Photos d'un voyage à Cuba

    J’ai fais un premier et dernier voyage à Cuba en 2006. J’y ai passé 3 semaines. J’avais engagé un guide, loué une voiture et nous sommes allé visiter sa famille au centre de l’île. Des gens très pauvres mais relativement joyeux et très chaleureux.

    Voici le reportage photos de ma visite.

    http://arts.alegria.ca/Cuba/

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Photo une

LES PLUS LUS

    None Found

Rechercher

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem