Lors des Jeux de Vancouver en février 2010, le ski cross va faire ses débuts en tant que sport officiel olympique. L’occasion d’offrir de la visibilité à une discipline du ski acrobatique apparue sur les pistes il y a seulement une dizaine d’années.
Ils sont jeunes, dynamiques et ont les jambes sacrément musclées ! Ils sont un peu nuts aussi, comme ils aiment à se décrire. Jouant du coude à coude avec leurs adversaires sur une même piste, ces fous de la descente vont enfin pouvoir prétendre à monter sur un podium olympique. Julia Murray, Ashleigh McIvor, Kelsey Serwa, Aleisha Cline et Danielle Poleschuck chez les dames ; Stanley Hayer, Davey Barr, Chris del Bosco, Brady Leman, Brian Bennett, Dave Duncan, Cameron Culbert et Nick Zorcic chez les messieurs : l’équipe canadienne de ski cross a certes accumulé les médailles, mais toujours dans le cadre de championnats du monde ou des Winter X-Games, une compétition annuelle de sports dits extrêmes. « Jusque-là, nous ne pouvions pas nous reposer sur les financements actuels pour promouvoir notre sport, trop jeune, explique Cam Bailey, président de Canadian Ski Cross. Gagner une médaille olympique serait un outil extrêmement puissant pour lui donner la crédibilité dont il a besoin, et construire une base solide pour les générations d’athlètes à venir. »
« Avec les Olympiques, notre discipline va pouvoir prendre de l’ampleur, être sur le devant de la scène, s’exalte encore Stanley Hayer, capitaine de l’équipe, vainqueur des X-Games de 2009 et médaillé d’argent de la Coupe du monde qui s’est tenue l’année dernière à Cypress. Cela va ouvrir la voie aux enfants qui pourront se mettre au ski cross dès leur plus jeune âge, et ainsi offrir des résultats qui seront bien meilleurs que les nôtres au même âge. »
Reconversion
Né à la fin des années 1990 aux États-Unis, le ski cross n’en est encore qu’à ses débuts. Il n’a été reconnu qu’en 2003 par la Fédération internationale de ski, se plaçant dans la catégorie freestyle. Suivant le modèle du moto-cross, quatre à six participants descendent simultanément une piste parsemée de divers éléments, naturels ou artificiels, tels que des tremplins, des bosses ou des courbes relevées. Le tout à une vitesse atteignant les 70 km/h. Les deux premiers skieurs à franchir la ligne d’arrivée sont retenus pour la prochaine série, jusqu’à ce que l’épreuve éliminatoire désigne le vainqueur final.
Julia Murray, 20 ans, en est à sa troisième année au sein de l’équipe nationale. Fille de Dave Murray, membre des « Crazy Canucks », cette équipe canadien-ne de skieurs alpins des années 70 et 80, et de Stephanie Sloan, trois fois championne du monde de freestyle, la jeune femme originaire de Whistler a elle-même eu une première carrière en descente. « Concourir face à d’autres athlètes donne une toute autre dimension au ski, avoue-t-elle. Ce n’est plus seulement une course contre la montre. » Elle admet que, parfois, certains athlètes jouent quelques coups pas très « propres », bousculant leurs adversaires dans la furie de la descente.
Et Stanley Hayer de renchérir : « Tous les membres de l’équipe sont issus de l’alpin. Mais franchement… c’est ennuyeux ! Une fois qu’on a goûté au ski cross, on ne se retourne plus. On retrouve un peu la folie et l’inconscience qu’on avait quand on était gamin, décrit ce skieur de 36 ans. C’est un sport de caractère. On est un peu des junkies ! Des maniaques ! On nous dit souvent qu’on est fous quand les gens nous voient descendre », plaisante-t-il. Avant de concéder qu’avec l’âge, on gagne en maturité – ou frilosité, c’est selon.
Tous les athlètes devront avant tout passer les épreuves de qualification qui se dérouleront jusqu’en janvier prochain à Cypress, lieu des compétitions de ski acrobatique, ski cross et snowboard de 2010, avant d’espérer faire partie de l’équipe canadienne olympique. La piste, plus axée sur le côté technique que sur la vitesse, devrait leur permettre de prendre un peu plus de risques. Ils ne seront sûrement pas tous sélectionnés pour concourir aux Jeux. Mais l’excitation est à son comble. Quand on demande à Stanley quels athlètes les Canadiens doivent craindre, le premier nom qui lui vient en tête est celui de son ancien coéquipier, le tchèque Tomas Kraus, grand habitué des podiums de ski cross. Mais aussi des « Australiens – des robots –, des Suisses – des hippies –, ou des Français – des fous », souligne-t-il avec un sourire malin.
Sophie de Kepper


