Le club-école des Flames de Calgary a quitté Quad City aux États-Unis pour s’installer dans la vallée du Fraser à Abbotsford. Les futurs champions de hockey sur glace pourront désormais évoluer sous les couleurs du Heat d’Abbotsford, ce qui n’est pas du goût des Bruins de Chilliwack déjà implantés dans la région.
Et si le prochain Sidney Crosby ou Alexander Ovechkin patinait sur la glace d’Abbotsford au sein du flambant neuf Entertainment & Sports Center ? Ce sera possible dès cet automne avec le début de la saison 2009-2010 de la Ligue américaine de hockey (LAH), porte d’entrée principale vers la Ligue nationale de hockey (LNH). En avril, les dirigeants de la LAH ont approuvé le déménagement du club-école des Flames de Calgary de Quad City à Abbotsford. Une entente de dix ans a été signée avec un groupe d’investisseurs locaux mené par l’homme d’affaires Lane Sweeting.
Le président du Heat, Tom Mauthe, explique que la nouvelle aréna (patinoire) construite par la ville d’Abbotsford a joué un rôle déterminant dans l’arrivée du club-école. « Si Calgary a choisi Abbotsford, c’est notamment parce que les installations sont de grande qualité, estime-t-il. L’Entertainment & Sports Center pourra accueillir 7 000 amateurs : ce sera extraordinaire pour les supporters et les joueurs. Les amateurs de hockey sont de vrais connaisseurs ici et la ville est bien située. »
L’organisation du Heat n’a pas perdu de temps : deux semaines après l’annonce officielle du transfert d’un club de la LAH dans la vallée du Fraser, le nom de l’équipe était trouvé, le logo prenant forme environ un mois plus tard. « Nous avons changé le nom afin d’avoir notre propre identité et de créer des liens avec la communauté, explique Tom Mauthe. C’est un supporter qui a trouvé ce nom via un concours sur le Web, puis une entreprise locale a dessiné le logo. »
Même si le Heat est le club-école du plus grand rival des Canucks de Vancouver, Tom Mauthe ne croit pas que les amateurs de hockey de la vallée du Fraser vont tourner le dos à la nouvelle formation. « Les gens vont se ranger derrière l’équipe, est-il convaincu. Elle offrira du hockey de haut calibre à un coût abordable (entre 12 et 36 $ pour une partie). La réponse du public est déjà très positive : nous avons vendu près de 1 300 billets pour la saison régulière ! »
Une saveur locale
Le Heat sera dirigé par Jim Playfair, originaire de Fort St. James en Colombie-Britannique. L’ancien instructeur des Flames de Calgary a remporté en 2000-2001 la Coupe Calder, remise aux champions de la LAH. En tant que joueur, il a disputé neuf saisons dans différents circuits professionnels, dont 21 parties dans la LNH.
Cette saveur locale pourrait se retrouver non seulement sur le banc, mais aussi sur la glace. Pas moins de huit joueurs originaires de la Colombie-Britannique ont évolué l’an dernier pour Quad City, dont le défenseur Brett Palin (Nanaimo) et les attaquants Cam Cunning (Powell River), Kris Chucko (Burnaby), Carsen Germyn (Campbell River), Kyle Greentree (Victoria) et David Van Der Gulik (Abbotsford). « La composition de l’équipe, qui relève de la direction du club à Calgary, n’est pas encore connue, commente le président du Heat. Mais avoir plusieurs joueurs originaires de Colombie-Britannique serait un net avantage pour nous. »
Des mécontents
Pour autant, l’arrivée du Heat ne fait pas que des heureux dans la vallée du Fraser. Évoluant dans la Ligue junior de l’Ouest (Western Hockey League), les Bruins de Chilliwack digèrent mal cette nouvelle concurrence. « Je n’aurais jamais cru que ce projet se réaliserait, lance le copropriétaire et président des Bruins, Darryl Porter. Je suis surpris que la LAH permette qu’une équipe s’installe à seulement 20 minutes de Chilliwack. Dans chaque ligue, il y a des territoires à respecter et normalement des règles implicites entre les circuits empêchent ça. »
Il se dit très déçu du comportement des propriétaires des Flames de Calgary, qui gèrent également l’équipe junior Hitmen de Calgary. « Ils sont supposés être nos partenaires : ce déménagement est un non sens. »
Les Bruins s’attendent à perdre les 600 abonnements à la saison provenant de la région d’Abbotsford (sur un total de 2 800). Ils accusent déjà un retard de 30 % dans les ventes. Leur stratégie publicitaire a été modifiée pour se concentrer dorénavant sur le marché local. « Chilliwack et les régions de Hope, Agassiz and Cultus Lake représentent un bassin de 100 000 habitants environ, précise Darryl Porter. De plus, nous avons réduit nos prix : nos abonnements sont disponibles à partir de 459 $. »
La rivalité entre les deux formations pour attirer les amateurs de hockey fera une victime, estime le président des Bruins. « Je suis convaincu qu’une des deux franchises ne survivra pas et nous allons tout faire pour que ce ne soit pas les Bruins. Nous avons les meilleurs joueurs juniors et nous sommes une équipe de la Colombie-Britannique, alors que le Heat est le club-école d’une équipe de l’Alberta. »
« Je crois que le marché de la vallée du Fraser est assez grand pour que deux équipes puissent y connaître du succès, assure pour sa part le président du Heat. Les Bruins offrent un excellent spectacle et ils sont en bonne santé financière. »
Mylène Richard


