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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Le curling se réveille

Le curling se réveille

Le curling n’est pas dans l’imaginaire collectif une activité sportive des plus captivantes. Toutefois, quand on sait que deux personnages tels que Jim Armstrong et Darryl Neighbour, originaires de Richmond, représenteront dignement le Canada aux Jeux paralympiques de 2010 dans cette discipline, les préjugés peuvent retourner au vestiaire.

Ils ne font pas partie de cette caste d’athlètes sexy que les jeunes filles en fleur aduleront lorsqu’ils reviendront des Jeux, auréolés de leurs médailles. Jim et Darryl ont respectivement 58 et 60 ans – certainement les futurs doyens de 2010. Ils portent sur eux l’expérience douloureuse de la vie, celle d’un accident ou de douleurs osseuses qui les ont finalement cloués à un fauteuil roulant.

Darryl est devenu paraplégique en août 2000, après être tombé du toit d’une maison en construction. Pour autant, il n’a rien perdu de sa motivation, bien au contraire. « Jouer au curling à ce niveau de la compétition est la plus belle chose qui me soit arrivée depuis ma chute. Ça me donne une raison de me lever le matin. »

Quant à Jim, le mauvais sort s’est acharné contre lui. Aujourd’hui, il ne peut se déplacer à pied que sur de très courtes distances. Le reste du temps, c’est en fauteuil. Avant même son accident de voiture en 2003, il souffrait de douleurs aux genoux, qu’il a fallu remplacer, et d’une faiblesse au dos. « Trop de sport pour un gars aussi costaud que moi !, résume-t-il. Mon corps ne l’a pas supporté. » Le capitaine de l’équipe canadienne paralympique de curling a en effet cumulé les efforts depuis son enfance : football, baseball, et évidemment curling, qu’il a commencé à pratiquer en 1958, lorsqu’il avait huit ans.

Les deux hommes se sont rencontrés il y a deux ans sur la glace, au Club de curling de Richmond. Depuis, ils s’entraînent ensemble trois fois par mois. Plus que des athlètes, ils sont devenus amis, et forment une équipe partageant une passion commune, participant aux compétitions nationales et internationales. Au mois de février, accompagnés des Britanno-Colombiennes Sonya Gaudet et Ina Forrest, de l’Okanagan, et de Chris Sobkowicz, de Winnipeg, ils sont revenus couronnés de succès du Championnat du monde de curling en chaise roulante qui s’est tenu à Vancouver. Tous les cinq, ils représenteront à nouveau le pays aux Jeux de 2010. Fiers et enthousiastes. « C’est une chance unique dans la vie de tout homme. Le Canada est champion en titre depuis les Jeux de Turin de 2006, où nos athlètes avaient remporté l’or. Nous ferons aussi bien », soutient Darryl, confiant.

Jim et Darryl, qui se sont déjà opposés sur la glace, se transmettent aussi mutuellement leur savoir. Le premier, l’un des joueurs les plus populaires du Canada, a été six fois champion en Colombie-Britannique avant son accident. Il a dû s’adapter à la contrainte du fauteuil. Mais n’a pas perdu son sens de l’humour, lorsqu’il dit être toujours un « roc ». Le second, plus discret, avait une passion pour le golf. Il n’a connu le curling que comme handicapé – et il continue à apprendre. « Jim “lit” la glace à la perfection. Sa stratégie et son expérience professionnelle sont des atouts pour l’équipe.»

Plus de suspense en fauteuil

Loin d’être découragé par sa condition physique, Jim se montre blagueur et n’hésite pas à se moquer de la banalité du curling pour valides. « Leur jeu est tellement stérile, sans plus aucune difficulté. Les curlers sont devenus trop bons, atteignant la maison [le centre des anneaux où la pierre doit aller se placer, ndlr] à chaque coup. Les règles ont dû être modifiées pour rendre le jeu plus intéressant. » Et de reprendre avec un large sourire : « Au moins, en fauteuil roulant, la partie est nettement plus divertissante et amusante, plus difficile aussi. » En effet, de par leur handicap, les joueurs ne balayent pas la trajectoire de la pierre pour la ralentir ou lui donner une orientation particulière. Ils la lancent depuis leur fauteuil, et lui donnent une première et unique direction à l’aide d’un long bâton de bois. Les coups ratés ne manquent donc pas, ce qui nécessite alors une bonne stratégie et une grande finesse dans le lancer.

« Il y a finalement peu de différence entre les deux disciplines, au niveau des règles, concède Jim. Je dirai que c’est l’adaptation la plus naturelle d’un sport pour une personne valide qui devient handicapée. Le plus difficile est d’obtenir l’autorisation d’un expert qui juge de notre capacité à participer aux compétitions internationales, rigole-t-il. Car pour le curling en fauteuil roulant, il n’y en a qu’un au monde, et il habite en Écosse ! »

Ce sport n’a, il est vrai, qu’une dizaine d’années, mais il a rapidement gagné en popularité et compte déjà des athlètes dans une vingtaine de pays. « D’accord, le curling est loin d’être un phénomène de la côte ouest, convient-il. Mais si vous allez en Alberta, au Saskatchewan et au Manitoba, là où il y a de vrais hivers, vous verrez que c’est le sport favori » – il avance le nombre d’un million de joueurs dans le pays. Et Darryl de renchérir : « C’est le passe-temps national ! » Les joueurs de hockey n’ont qu’à bien se tenir…

Sophie de Kepper

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