Deux astronautes de l’Agence spatiale canadienne et de la NASA se sont préparés en vue d’une expédition dans les tréfonds du lac Pavilion, situé au nord-ouest de Vancouver. Des conditions hostiles pour étudier des formes de vie rares et ne pas perdre la main en espérant rejoindre de nouveau un jour la Lune ou Mars.
Deux drôles d’engins conçus pour explorer les fonds marins attendent d’être plongés dans la baie Burrard, à l’arrière du Centre de recherche de l’aquaculture et l’environnement à West Vancouver. « Nous ne testons pas la machine, c’est moi qui suis l’objet d’un test », s’amuse l’un des pilotes, Stan Love, astronaute américain à la NASA. Comparés au Nautilus, les deux Deepworkers 2000 s’apparentent à des sous-marins de poche : une seule personne peut se glisser à bord. Conçus par Nuytco Research Ltd., entreprise basée à North Vancouver, les submersibles accueillent deux nouveaux pilotes renommés, venus spécialement pour tester et prendre en main les engins.
En attendant d’explorer Mars ou de retourner sur la Lune, Chris Hadfield, de l’Agence spatiale canadienne – premier Canadien à visiter la station Mir – et Stan Love ont tous deux opté pour un nouveau milieu extrême : les eaux profondes d’un lac d’eau douce.
Ici, il n’est pas question de « plonger » à bord d’un submersible, mais de « voler ». « Les astronautes voleront quatre fois par jour pendant trois heures », précise Darlene Lim, géo-biologiste responsable du projet au centre de recherche de la NASA. Débuté en 2004 et initié par l’université de Colombie-Britannique et le centre de recherche de la NASA, ce projet rassemble une équipe internationale de scientifiques multidisciplinaires comprenant des étudiants, des ingénieurs et des astronautes. L’expédition de dix jours se déroulera cette année juste après la fête du Canada.
Formes de vie extrêmement rares
L’environnement du lac Pavilion n’a pourtant pas grand-chose en commun avec le paysage désertique de la Lune. Coincée entre les falaises rocheuses du canyon Marble à 420 kilomètres au nord-ouest de Vancouver, l’étendue d’eau de 6 kilomètres de long et de 800 mètres de large abrite l’une des premières formes de vie apparue sur Terre : les microbialites. Ces formations rocheuses carboniques, d’apparence similaire au corail, étaient très courantes il y a 2,5 milliards d’années. Leur colonisation du lac britanno-colombien aurait débuté après la fonte des glaciers de la calotte polaire de la Cordillère dans le sud du Yukon. Aujourd’hui rares, les microbialites existent uniquement dans les environnements hostiles et difficilement accessibles. Pour Darlene Lim, les astronautes sont les plus à même de « voler » en eaux profondes. « Ce sont des scientifiques capables d’explorer les environnements les plus extrêmes ».
« Ces sous-marins sont des outils que nous utilisons pour nous rendre là où on ne peut pas accéder naturellement, explique de son côté Chris Hadfield. Ce lac contient des formes de vie extrêmement rares. C’est une façon pour nous d’étudier le passé et de mesurer les changements climatiques opérés pendant des milliers d’années ». D’une profondeur de plus de 60 mètres, le lac Pavilion a la particularité d’abriter une étonnante diversité de microbialites dont la taille, la morphologie et la profondeur impressionnent les scientifiques. « Ce sont des organismes vivants, exactement comme le corail peut l’être, explique Darlene Lim. Les astronautes vont collecter des échantillons de ces organismes pour qu’on puisse les analyser et en cataloguer les différentes formes ». Pour ce faire, les submersibles sont équipés de bras articulés à l’avant et de télévisions haute définition.
En attendant d’explorer Mars
Étonnamment, les astronautes font face, sous l’eau, à un environnement peu éloigné de celui d’une station spatiale. Les méthodes d’exploration utilisées en eaux profondes sont d’ailleurs surveillées et contribueront à l’exploration et la planification des missions extra-terrestres à venir. « C’est à la fois différent et similaire à une station orbitale, explique Stan Love. Nous pouvons nous entraîner, dans cet environnement extrême, à faire ce qu’on fera sur la Lune. L’espace représente pour le moment plus de recherches en physique et en biologie, alors que les fonds sous-marins permettent davantage de s’adonner à l’exploration. » Chris Hadfield enchaîne : « Grâce à cette technologie canadienne, vous pouvez vraiment devenir un poisson. Nous travaillons de la même façon que nous le ferions dans un vaisseau spatial, et nous aurons besoin d’un engin comme celui-là quand nous irons explorer d’autres planètes. Pour se rendre sur Mars, la prochaine destination logique, nous utiliserons des technologies analogues. Et grâce à des simulations comme celles-ci, car nous pouvons seulement deviner comment ce sera là-bas, nous pouvons développer des compétences supplémentaires. »
Avec les pilotes, les techniciens ont passé en revue les moindres recoins des deux DeepWorker 2000. Les astronautes sont prêts à entamer leur deuxième vol de la journée, ultime test avant la plongée de l’été prochain. La prise en main du mini sous-marin a été simple pour Chris Hadfield, ancien pilote de l’aviation canadienne. « Comme une extension de moi-même », confirme ce dernier avant de s’engouffrer dans le vaisseau muni d’un siège baquet. La capsule transparente se referme, laissant seulement apparaître la tête du pilote à travers la large vitre. Une grue ne tarde pas à soulever le vaisseau avant de le déposer avec délicatesse sur l’eau. Il s’enfonce doucement, laissant bientôt comme unique trace de son passage une bouée à la surface de l’eau, telle une queue à l’arrière du petit submersible. ■
Charlotte Houang


