Pourquoi faire simple et avec tact quand on peut faire compliqué et sans le moindre sens des relations sociales ? C’est la question que je me pose depuis que je vis à Vancouver et que j’expérimente la vie en immeuble de qualité modeste (comprendre : dans lequel je peux entendre mon voisin se brosser les dents, faire son café ou parler à son chat).
Il est tout de même gênant d’imaginer que votre voisin entende les détails de votre vie quotidienne personnelle (pour ne pas dire intime), un peu comme s’il vivait avec vous. Mais cela devrait aussi favoriser une certaine « proximité » ou du moins, un brin de relation de bon voisinage, du genre : « Ah ! Mais c’est mon petit voisin qui brûle ses toasts et déclenche l’alarme incendie tous les matins à 6 h 30 ! » ou « Oh ! Ma chère voisine du dessus, celle qui utilise sa brosse à dents électrique tous les soirs à 23 h 30 ! ».
Au lieu de cela, le Vancouvérois lambda préfère éviter toute sorte de contact et donc de « conflit », même quand de conflit, il n’y a point. À la place, il préfère s’en remettre, pour tous soucis confondus (petits et grands), au gérant de l’immeuble. Et quand celui-ci n’est pas joignable, le même Vancouvérois lambda a recours à des méthodes spartiates, qui mériteraient d’être consignées dans un livre intitulé Les 100 pire façons de communiquer avec son voisin.
Cela s’appelle tout simplement la communication entre voisins à la vancouvéroise, méthode largement répandue dans les quartiers à forte densité – urbanisme contraignant à une proximité qui en dérange plus d’un, surtout quand les fenêtres sont à simple vitrage et les murs aussi fins que du papier à musique… Voici quelques exemples, tous authentiques, dans le but d’illustrer notre propos :
Situation 1
Des amis se réunissent dans un appartement de Kitsilano pour célébrer les 30 ans du locataire de l’appartement, autour d’un petit barbecue et de quelques bières fort appréciées et amplement méritées après une journée très ensoleillée. Vers 23 h 30, quatre personnes se retrouvent sur le balcon, histoire de prendre l’air frais pour certains et de fumer une cigarette pour les autres.
En tant que voisin dont la fenêtre se trouve à deux mètres dudit balcon, vous décidez, à 23 h 32, que vous en avez assez du bruit et décidez de le faire savoir… à votre façon. Mais laquelle ?
1. Vous ouvrez la fenêtre et demandez aux fêtards de faire moins de bruit.
2. Vous frappez à la porte pour leur demander de rester à l’intérieur de l’appartement car vous ne pouvez pas dormir, expliquant que vous grimpez le Grouse Grind le lendemain matin à sept heures.
3. Vous appelez le gérant de l’immeuble ou la police.
4.Vous surprenez tout le monde en claquant une quinzaine de fois votre fenêtre, tapi dans l’ombre de votre chambre.
Réponse – Vous préférez rester chez vous en pyjama plutôt que d’affronter votre jeunot de voisin fêtant son anniversaire, et claquez votre fenêtre comme un hystérique, tout en restant soigneusement caché, pour faire comprendre le message aux jeunes débauchés. La prochaine fois, réfléchissez-y à deux fois, en vous demandant : « Est-ce que ma fenêtre en cellophane peut supporter une telle violence ? » Ce serait idiot de casser une fenêtre… Les nuits sont encore fraîches.
Situation 2
Vous habitez dans un immeuble à deux étages et vos voisins du dessus font une fête un samedi soir. À minuit, vous ne supportez plus le bruit. Que faites-vous ?
1. Vous appelez la police.
2. Vous montez à l’étage et leur demandez poliment de baisser le volume de la musique, expliquant que vous avez une classe de yoga le lendemain matin à sept heures.
3. Vous appelez sur le champ le gérant de l’immeuble, qui habite à l’autre bout de la ville, pour lui demander de régler le problème lui-même.
Réponse – Vous appelez le gérant, qui a plus de 60 ans et dort à poings fermés un samedi soir à minuit, et vous tombez donc sur sa messagerie. Dommage. La prochaine fois, montez à l’étage, et expliquez simplement que vous n’arrivez pas à dormir. Cela vous fera aussi un petit work out inattendu, idéal avant une classe matinale de yoga.
Situation 3
Vous habitez un petit immeuble entouré d’arbres, dans une ruelle tranquille où se croisent écureuils, chats, oiseaux et ratons laveurs. Par une fenêtre de l’immeuble juste à côté, vous pouvez voir et entendre une petite perruche chantant dans sa cage. Que faites-vous ?
1. Vous ouvrez en grand votre fenêtre pour profiter du chant de l’oiseau.
2. Vous appelez la police.
3. Vous contactez le gérant de l’immeuble en question pour lui rappeler que les animaux y sont interdits mais que, malgré tout, la locataire du 2B possède un oiseau, dont le bruit dérange.
Réponse – Vous appelez le gérant pour vous plaindre du chant de la pauvre perruche qui n’a rien demandé. Du même coup, vous forcez le locataire à déménager, plutôt qu’à donner son oiseau (ou à le manger). La prochaine fois, évitez d’habiter en ville – ou alors prenez des calmants.
Bien heureusement, nous vivons sur la côte ouest, royaume des gens détendus, et sommes donc encore loin d’en venir aux poings. Et puis, il vous reste toujours les fêtes de quartier qui fleurissent en juin pour aller rencontrer vos voisins, en vrai !
Stéphanie Palisse


