Il fut un temps où les villes poussaient comme des champignons en Colombie-Britannique. Des villes minières dont il ne reste aujourd’hui rien, ou presque.
La route qui conduit à Phoenix mène au néant. « La grande ville cuivrée », décrite par un écrivain de l’époque comme « trépidante et pleine de locomotives » n’est plus qu’une immense étendue de terre parsemée d’arbres, et striée de chemins sans issue. Rien ou presque ne laisse imaginer le passé des lieux. La ville comptait pourtant au plus fort de sa population 4 000 habitants, des bâtiments de style victorien, « quatre églises, une équipe de hockey, vingt-huit saloons, cinq salles de danse, un casino et une maison de pension où 400 mineurs se battirent un jour pour une femme ». Il n’en reste qu’un monument aux morts, érigé à la mémoire des habitants partis au front pendant la Première Guerre mondiale.
Phoenix est aujourd’hui associée à une modeste station de ski. Lorsque Bruce Ramsey, auteur d’un livre sur les villes fantômes de la province, s’y rend dans les années 70, il y trouve encore des traces de vie passée, comme ces « marches d’escaliers qui ne débouchent sur rien ». Lorsque les mines fermèrent en 1919, raconte-t-il « la population déserta la ville avec l’espoir qu’elle renaîtrait comme l’oiseau mythologique ». Un homme, « connu sous le nom de 4-Paw », continue l’écrivain, fut le seul à rester à Phoenix. Il s’installa dans l’hôtel de ville et s’autoproclama « maire, magistrat et chef de la police ». Sans doute rongé par la solitude, il quitta finalement les lieux, laissant Phoenix sans habitants.
Des villes mortes comme celle-ci, Garnet Basque, auteur d’un atlas sur les villes fantômes édité en 1982, en comptabilise 450 dans la province. La ruée vers l’or au milieu du XIXe siècle provoqua la croissance rapide de centaines de villes, notamment dans le canyon du Fraser, la région du Cariboo, du Kootenay et de l’Omineca. La découverte de métaux précieux attira bon nombre d’hommes en quête de fortune rapide. Une prospérité qui prit brutalement fin dans les années 20, obligeant les habitants à quitter les lieux du jour au lendemain, laissant les villes dans un état figé. Les bouteilles et les verres sont restées sur les tables des saloons et les affiches ornent toujours les vitrines des magasins. D’où leur appellation de « villes fantômes » ou « villes mortes ».
Il est aujourd’hui difficile de trouver dans la province des villes de ce type encore debout. À l’instar de Phoenix, si elles sont toujours indiquées sur les cartes, elles ont parfois totalement disparues. Elles ont été pillées, détruites ou encore réaménagées comme Cascade City, une ville située dans l’ouest du Kootenay, aujourd’hui devenue un terrain de golf. La province a cependant conservé de nombreux vestiges de ces villes minières. Il n’est pas rare d’apercevoir, au détour d’une route, des boutiques condamnées et des bâtisses à l’abandon. Anaconda par exemple, ville fantôme accolée à la plus petite ville de la province, Greenwood, a conservé comme unique vestige une immense cheminée de briques repérable à des kilomètres (voir la rubrique Reportages photo).
Seconde vie
Barkerville, ancienne ville minière du nord de la province créée en 1862, est aujourd’hui devenue un parc historique provincial. Elle ne restera finalement inhabitée que quelques années puisque le gouvernement entreprend de la restaurer dès 1958 – avec l’idée de permettre aux visiteurs de revivre l’époque de la ruée vers l’or. Le théâtre de la ville propose par exemple d’assister à des reconstitutions de procès de criminels de l’époque. Il est aussi possible de visiter le tout premier Chinatown puisque Barkerville fut la première ville canadienne à accueillir une communauté chinoise.
Enfin, Hedley n’appartient à aucune catégorie. Située à mi-chemin entre Princeton et Penticton, celle-ci fait figure de miraculée. « On aurait pu devenir une ville fantôme plusieurs fois mais on a toujours survécu », explique Jerry, l’un des 340 résidants de cet endroit devenu village. L’ancienne cité d’or aux 1 000 habitants a vu sa population fortement décliner après la fermeture des mines, mais a survécu notamment grâce à des activités touristiques, des petits commerces et sa proximité avec une grande ville. « La plupart des gens travaillent à Princeton – à 40 km –, ils font l’aller-retour », explique Chuck Schmidt, ancien mineur aujourd’hui retraité.
Deux télescopes, plantés devant le petit musée de Hedley tenu par des bénévoles, permettent d’apercevoir ce qui fit la richesse de la ville créée en 1898. Trois milliards de dollars canadiens ont été extraits des montagnes qui la surplombent. Les bâtiments d’extraction d’or ont été partiellement restaurés, mais le village actuel a su conserver plusieurs édifices fantômes, dont une impressionnante bâtisse délabrée perchée sur les hauteurs (voir la rubrique Reportages photo).
La ville fantôme des temps modernes
Kitsault, située à 80 kilomètres au nord de Vancouver, voit le jour au début des années 80. La ville minière, fondée par une société américaine, ferme son site deux ans à peine après avoir été créée, suite à l’effondrement des prix du molybdène, un minerai constitutif de l’acier. Bien que deux personnes soient chargées de l’entretien, la ville reste inoccupée pendant plus de vingt ans. Elle a depuis été transformée en centre de villégiature après avoir été acquise en 2005 par un homme d’affaire d’origine indienne pour la somme de 5,4 millions de dollars américains. Une vidéo promotionnelle visible sur YouTube présente une ville moderne forte de 90 maisons, 7 immeubles, une bibliothèque, un hôpital, une école et une piscine dans un cadre paradisiaque.
Charlotte Houang
Retrouvez la suite du dossier ici :
- Dossier spécial « villes fantômes » : Sandon et ses quatre habitants : http://www.lexpress.org/societe/dossier-special-villes-fantomes-sandon-et-ses-quatre-habitants/
- Traces du passé :
http://www.lexpress.org/reportages-photo/traces-du-passe/


