Parution du journal suspendue

Jeudi 23 mai 2013

Prochaine publication papier

Vendredi 24 mai 2013

Vancouver cherche sa place

Vancouver cherche sa place

Depuis le mois de septembre dernier, le collectif Vancouver Public Space Network développe un nouveau projet : Where’s The Square? Le but : éveiller les esprits sur la nécessité ou non d’une place publique à Vancouver, qui serait le lieu de la vie démocratique. Pour cela, ils ont lancé un concours d’architecture ouvert à toutes les personnes intéressées. Alors, affabulation de ces défenseurs de l’espace public ou possible réalité ?

Un café, des chaises, un banc, des aires de jeux, des auvents contre la pluie… Les idées fusent. Une cinquantaine de Vancouverois, architectes à la retraite, mères au foyer ou étudiants, sont venus assister à la conférence organisée le 10 novembre dernier par le collectif Vancouver Public Space Network. La question qui les émoustille tant : « Comment imagineriez-vous une grande place publique pour Vancouver ? » Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du projet Where’s The Square?, en vue de programmer un concours d’architecture éponyme. « Nous avons toujours été intéressés par la façon dont la ville était conçue et construite, explique Andrew Pask, président du collectif. Une des questions qui revenait souvent lors de nos réunions était : “Vancouver a besoin d’une grande place publique où les gens pourraient se réunir. Pourquoi n’en a-t-elle pas ?” C’est pour cela qu’on a lancé ce projet. »
Pourtant, si l’on regarde un plan de la ville, des noms de places nous sautent rapidement aux yeux : Centennial Square, Victory Square, Robson Square, sans compter le parvis de la bibliothèque ou les marches de la Vancouver Art Gallery. Néanmoins, selon l’urbaniste Lance Berelowitz, ces lieux sont loin de constituer un point de rassemblement – l’une des fonctions premières d’une grande place publique. « Robson Square a été très mal conçu, ce n’est ni plus ni moins qu’une promenade architecturale qui s’intègre très mal dans le réseau public urbain. Le parvis nord de la Vancouver Art Gallery, lui, pourrait être transformé en place publique, mais le trafic autour est bien trop important, les portes du musée sont toujours fermées, et les bâtiments qui surplombent ce lieu ne sont que des bureaux, déplore-t-il. Quant à Victory Square, cette place est un lieu de rassemblement, mais simplement pour les prostituées, les sans-abri et les toxicomanes. C’est le cœur malade de la ville. »

Et c’est justement l’un des premiers obstacles à la construction d’une grande place publique à Vancouver. Selon Rhodri Windsor-Liscombe, directeur du département Histoire de l’art et Arts Visuels à UBC, une place doit pouvoir attirer une diversité de citoyens, et ne pas être investie par un groupe de personnes en particulier. Or, la ville de Vancouver est divisée en plusieurs petits centres, représentatifs des habitudes de chaque communauté : « À moins que les circonstances ne soient exceptionnelles, il est très difficile de rassembler les gens sur une seule et même grande place. »

Des freins persistants

Les activistes du Vancouver Public Space Network sont pourtant loin d’être les premiers à développer l’idée d’une grande place publique. Juste avant la Première Guerre mondiale, au moment où Vancouver s’est enrichie, et au cours des décennies qui ont suivi, plusieurs projets urbains intégraient la nécessité d’un lieu comme celui-ci. Lors du réaménagement du quartier de la rue Georgia, certains en avaient ainsi imaginé une à l’endroit où se trouve le palais de justice actuellement. Cependant, l’argent constitue un frein pour espérer voir aboutir ces multiples projets. « La ville de Vancouver s’est toujours sentie concernée par les questions d’espace public, mais elle n’a jamais été capable de générer des fonds suffisants pour les accomplir, constate Rhodri Windsor-Liscombe. Au fil des ans, elle a pris un aspect que je qualifierais de “colonial”. C’est devenu un lieu de spéculation et de profit pour une minorité de personnes extérieures à la ville, aux intérêts bien particuliers. Ils l’ont quadrillée et organisée d’une façon qui ne lui convient pas. »

Le financement est également l’un des obstacles dont fait mention Andrew Pask : « Dans le centre-ville, le terrain est devenu inabordable. Et, la plupart du temps, les places publiques sont situées dans le centre. C’est un obstacle majeur, mais qui n’est pas insurmontable. »

Les volontés sociales et politiques ont joué un rôle tout aussi déterminant. Ainsi, Centennial Square a longtemps été un endroit clef pour les grands rassemblements. Mais dans les années soixante, la ville y a fait ériger une fontaine. « C’était une manière de s’assurer qu’il n’y ait plus de manifestations populaires à cet endroit », explique Pask. Et Windsor-Liscombe d’abonder : « En règle générale, la plupart des institutions n’aiment pas les rassemblements populaires, c’est une question qui les préoccupe beaucoup. »

Selon lui, les questions de sécurité demeurent aujourd’hui prédominantes à Vancouver. Ce climat d’anxiété dans certains quartiers pourrait desservir la cause du Vancouver Public Space Network. Néanmoins, Rhodri Windsor-Liscombe constate avec plaisir que les Vancouverois apprécient de plus en plus la vie urbaine, et l’expérience physique d’être en ville.

Si, à l’heure actuelle, le projet Where’s The Square? se résume à l’imagination de quelques-uns, chacun reconnaît l’intérêt d’un tel lieu pour Vancouver, à l’image de Lance Berelowitz : « Cela pourrait aider l’industrie du tourisme et donner à la ville un point de repère dynamique. Mais l’un des aspects cruciaux de ce projet, c’est qu’il pourrait rendre la société démocratique vancouveroise plus robuste. »■

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Photo une

LES PLUS LUS

    None Found

Rechercher

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem