Il existe un centre communautaire bien particulier au cœur du Downtown Eastside. Un endroit réservé exclusivement aux travailleuses du sexe en quête d’un repas chaud, de douches, de cours pour adultes, d’accès médicaux ou tout simplement de fauteuils confortables pour regarder la télévision entre collègues.
C’est sur la rue Alexander que le WISH Wellness Centre ouvre ses portes tous les jours entre 18 h et 23 h à toutes les prostituées qui font les trottoirs de Vancouver. Environ 120 d’entre elles viennent chaque soir dans cet ancien local de la police pour dîner gratuitement et se faire belles avant de vendre leurs corps aux hommes de la ville.
« Aucune n’a de logement fixe ou adéquat, et la plupart souffrent de graves traumatismes, notamment psychologiques » explique Kate Gibson, directrice de WISH Drop-In Centre Society, une association caritative qui gère le centre communautaire et se consacre au bien-être des travailleuses du sexe depuis 1984.
D’après elle, entre 1 500 et 2 000 femmes font le trottoir à Vancouver, et plus de 10 000 autres se prostituent dans des centres de massages ou des appartements du centre-ville. Certaines exercent leur métier à temps partiel, souvent des femmes seules ayant des enfants à charge.
Foyer rassurant et convivial
« C’est un endroit que j’aime bien. On arrive à rencontrer d’au-tres filles et on se sent un peu en famille », explique Stephanie Maria Beaver, qui fait le trottoir depuis l’âge de 14 ans. Le centre communautaire de 325 mètres carrés offre une salle de maquillage – une petite pièce avec des tiroirs remplis de mascaras et de rouges à lèvres. Des sèche-cheveux empilés les uns sur les autres sont disponibles sur demande, ainsi qu’une quantité impressionnante de préservatifs. Certains soirs, des enseignants de l’université de Capilano passent donner des cours d’informatique ou de communication à ces dames, qui parfois recherchent une vie plus conventionnelle.
D’ailleurs, une douzaine d’entre elles portant un gilet réfléchissant assurent à tour de rôle la sécurité de l’établissement. Non seulement elles patrouillent plusieurs pâtés de maison environnants, mais elles débarrassent aussi les trottoirs de seringues délaissées par des toxicomanes. Le tout en échange d’une feuille de paye régulière et le sentiment de jouer un rôle utile dans la société.
Le WISH Wellness Centre, d’une propreté exemplaire, propose aux prostituées de rue un service de soins de santé primaires trois fois par semaine. Des infirmières du BC Centre for Disease Control et du BC Women’s Hospital & Health Centre accueillent ces dames dans une clinique dotée d’un fauteuil, d’un tabouret et de tiroirs remplis de nécessaire médical.
Ce service leur permet de partager leurs soucis de santé, sans s’inquiéter de faire de mauvaises rencontres dans les salles d’attente des cabinets médicaux. Elles évitent ainsi de tomber sur des clients, des dealers et des proxénètes qui, comme tout le monde, ont besoin de consulter un médecin de quartier de temps à autre.
Relais pour la nuit
Afin de ne pas rompre le contact entre cette « famille » et la dure réalité des rues qui suit la fermeture du centre à 23 h, une camionnette du WISH Drop-In Centre Society sillonne la ville jusqu’au petit matin avec à bord des jus de fruits, du café, des préservatifs et des seringues propres. Environ 40 à 50 travailleuses du sexe utilisent ce service chaque nuit.
La camionnette permet aussi aux femmes d’échanger des informations à propos des clients louches qu’elles ont rencontrés dans les parages. Leur description et celle de leur véhicule sont partagées ensuite avec la Gendarmerie royale du Canada et la Police de Vancouver. Ces informations sont prises au sérieux, car dans le milieu de la prostitution, les coups violents, les viols et les attaques à main armée sont monnaie courante.
« Je me sens plus en sécurité avec la camionnette, explique Stephanie Maria Beaver. Les filles seraient perdues sans elle, surtout lorsqu’il y a des détraqués dans le coin », confie-t-elle debout sous la pluie, dans l’attente d’un client.
Pour l’instant WISH Drop-In Centre Society est assuré d’obtenir suffisamment de fonds pour faire fonctionner la camionnette et le centre communautaire dans les années à venir. L’association compte même étendre les horaires d’ouverture du centre dans un avenir proche. Mais les aides financières versées par la ville, les fondations et les individus restent à la merci du marché et du pouvoir politique. Il lui faut donc rester vigilante.




