Les Jeux n’ont pas encore commencé que les produits officiels olympiques se vendent déjà comme des petits pains. Chez les détaillants qui ont reçu une licence, les affaires vont bon train, tandis que les « laissés-pour-compte » trouvent des parades pour se faire connaître.
À vaquer dans les rayons du magasin La Baie du centre-ville de Vancouver à la pause déjeuner, on croirait qu’une ère glaciaire va bientôt s’abattre sur nous. Les rayons des fameuses mitaines rouges sont en effet dévalisés, par cinq ou dix paires, parfois par paniers entiers. À la caisse, les clients attendent leur tour, tenant dans leurs bras leur « kit de survie » pour les Jeux olympiques.
Avec une satisfaction et un amusement non dissimulés, Dana Hall, la directrice du magasin, rapporte les situations qu’elle a observées pendant la période des fêtes. « À chaque livraison et mise en rayon, un attroupement se formait autour du stand. J’ai vu des gens se disputer pour une paire. D’autres envoyer des messages ou téléphoner à leurs proches pour prévenir qu’on avait reçu une nouvelle cargaison. »
Les mitaines rouges, dessinées par l’équipe de la créatrice Suzanne Timmins, sont sans conteste le produit phare de la collection officielle des Jeux olympiques. Mi-décembre, un million d’entre elles avaient déjà été vendues à travers le Canada, dans les magasins de la Compagnie de la Baie d’Hudson, dont Zellers, Déco Découverte et La Baie. À la même période, 500 000 pulls à capuche, bonnets et écharpes de l’équipe olympique officielle s’étaient déjà envolés. L’inséparable quatuor – Quatchi, Miga, Sumi et Mukmuk – est aussi en tête du palmarès des ventes, surtout sous la forme de peluches. Également toute la marchandise estampillée Vancouver 2010, « dont les touristes raffolent », précise Dana Hall.
Licences convoitées
« À ce jour, le Comité olympique de Vancouver (COVAN) a sélectionné 2 500 détaillants qui se répartissent d’un océan à l’autre, sans compter les revendeurs de la chaîne de la Compagnie de la Baie d’Hudson », précise Dennis Kim, directeur de l’octroi des licences et du marchandisage du COVAN. Les Canadiens n’ont donc que l’embarras du choix pour remplir leur chariot parmi les 5 000 articles proposés, qui vont de 80 cents à 50 000 dollars : boutiques réparties sur tout le territoire, celle en ligne, celle de Whistler, celles de l’aéroport de Vancouver, et évidemment la Superboutique olympique de Vancouver à la Baie. « C’est le plus grand magasin qui ait été conçu dans l’histoire des Jeux », se félicite Dana Hall, soulignant la surface de 20 000 pieds carrés. Rien que le panneau de pin’s est impressionnant : 48 pieds de long supportant quelques 20 000 épinglettes.
Dennis Kim comptabilise 44 détenteurs de licence, les seuls qui « ont le droit de produire de la marchandise officielle en utilisant les emblèmes et la marque de Vancouver 2010. 90 % d’entre eux sont Canadiens. Tous les designs et les opérations d’affaires se sont d’ailleurs réalisés au Canada » ajoute-t-il. Quant à la fabrication, elle se déroule dans des usines de divers pays, le Canada et la Chine entre autres.
Pas un mot néanmoins sur « l’affaire Lululemon ». Le détaillant de tenues de yoga, qui n’a pas été retenu par VANOC pour l’attribution d’une licence, a donc décidé de jouer la carte de la désinvolture. Il y a quelques semaines, la firme annonçait le lancement d’une nouvelle ligne intitulée « Événement sportif cool qui se déroule en Colombie-Britannique entre 2009 et 2011 ». Une manière effrontée de contourner les marques de commerce Vancouver, 2010, et Jeux olympiques, et qui fait évidemment parler d’elle.
VANOC doit également faire face au mécontentement de certaines entreprises locales autochtones. Un nom commence à percer : celui de Shain Jackson. Propriétaire de Spirit Works, une entreprise qui crée et vend des bijoux et boîtes en bois, il s’est lancé dans un combat contre le comité organisateur afin de retirer le terme « authentique » des produits reflétant la culture des Premières nations commercialisés par VANOC. « Les compagnies aborigènes locales se sont retrouvées en queue de peloton d’une compétition injuste avec des sociétés non-aborigènes qui se sont appropriées la culture des Premières nations, vendant des produits portant des dessins autochtones, mais qui proviennent de l’étranger », mentionne-t-il sur sa pétition en ligne.
N’en déplaise aux militants de « l’anti-camelote olympique », « l’authentique » vend. De même que le reste des produits aux couleurs de l’équipe olympique canadienne. D’ailleurs, 60 % des profits de la vente des mitaines rouges seront reversés au programme « À nous le podium », qui vise à soutenir les athlètes canadiens. Au regard des ventes réalisées depuis la mise en rayon de la collection officielle le 1er octobre, et ceci même en dépit des prix parfois excessifs de certains articles, Dana Hall est en droit de s’attendre à « des millions de visiteurs. On ne pourra pas faire rentrer tout le monde en même temps pour des questions de sécurité » enchaîne-t-elle. Le magasin a donc prévu d’organiser une file d’attente à l’angle des rues Seymour et Georgia pendant la période des Jeux. Si vous voulez être assortis à l’équipe canadienne, il vous faudra donc vous armer d’une bourse bien remplie ou de patience !
Sophie de Kepper


