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Samedi 18 mai 2013

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Vendredi 24 mai 2013

Sufrages en souffrance

Sufrages en souffrance

Lors des soirées électorales, les vainqueurs jubilent, les vaincus s’inclinent. Les chiffres ne se discutent pas. Pourtant, l’association Représentation équitable au Canada (Fair Vote Canada) crie au scandale dans un communiqué de presse et pointe des résultats « encore » faussés. Explications de Barbara Odenwald, présidente de l’association non-partisane.

L’Express du Pacifique – Les médias ont pris l’habitude de présenter les résultats des élections par le nombre de sièges obtenus par parti, en l’occurrence 143 pour les conservateurs, 76 pour les libéraux, 50 pour le bloc québécois, 37 pour le NPD et 2 indépendants. En revanche, Représentation équitable au Canada propose une lecture différente du scrutin du 14 octobre…

Barbara Odenwald – Notre démarche est de prendre en compte le vote populaire, c’est-à-dire le pourcentage de voix recueillies par parti au niveau national, indépendamment des circonscriptions. Ainsi, les conservateurs ont remporté 38 % des votes. Au Parlement, ce pourcentage se traduirait par 117 sièges et non 143. Selon la même logique, les 10 % du vote national pour le bloc québécois représenteraient 28 sièges. Ils en ont 50. Les libéraux ont reçu 26 % des votes, ce qui correspond à 81 sièges, non à 76. Puis, le NPD aurait dû récupérer 20 sièges de plus et les verts, 23.

LEP – Comment ce fossé s’explique-t-il ?

B. O. – Les résultats que nous mettons en avant sont ceux que l’on aurait obtenus si nous avions un système électoral proportionnel, pour lequel notre organisation milite. Dans ce dernier, le pourcentage de votes se traduit par un pourcentage équivalent de députés à la Chambre des communes. Ce système est répandu dans le monde entier. En Europe par exemple. Le Canada est un des derniers pays à s’accrocher à un système uninominal majoritaire à un tour. Chez nous, une personne peut être élue avec juste un vote de plus que son adversaire, même si cela ne représente pas la majorité absolue de la population. Nous sommes gouvernés par une majorité fausse. L’exécutif passe des projets de loi sans avoir le soutien de la majorité de la population. On peut faire mieux au niveau démocratique.

LEP – Comment ce système a-t-il été mis en place ?
B. O. – On en a hérité de la Grande-Bretagne. Il date des années 1800. Ce système était mieux adapté au bipartisme où chaque parti avait une chance sur deux seulement d’être majoritaire. Cela convenait au Canada des années 30 ou 40, quand s’opposaient uniquement les libéraux et les conservateurs. Mais, de nos jours, nous avons cinq grands partis. Dans un tel paysage politique, avec des sensibilités multiples, cela prend un autre système électoral pour refléter l’ensemble de la société. Notre système est archaïque. Même en Grande-Bretagne, il disparaît. L’Écosse et l’Irlande ont changé leur système. Les pays qui se dotent d’instances démocratiques comme les anciens pays soviétiques optent pour un système hybride proportionnel. Notre système doit évoluer.

LEP – Pourquoi le Canada traîne-t-il les pieds ?
B. O. – Eh bien, ce n’est certainement pas le cas des Britanno-Colombiens dont 57,69 % se sont prononcés en faveur d’un système électoral proportionnel lors du référendum de 2005 ! Ils pourront de nouveau s’exprimer sur la question en mai prochain. Mais, je pense, pour répondre à votre question, que les gens sont habitués au système actuel. Ils ont peur de perdre leur représentation géographique à laquelle ils sont très attachés. Mais je tiens à souligner qu’il existe divers systèmes proportionnels. Certains sont mixtes : le lien local peut être maintenu par l’entremise de contés plus grands par exemple.

LEP – Une autre objection soulevée est la crainte d’un exécutif faible, plongé dans l’immobilisme.

B. O. – Écoutez, les dernières élections ont donné lieu à des gouvernements minoritaires malgré le système en place qui gonfle les rangs des gagnants ! Dans un système proportionnel, les partis sont amenés à travailler en coalition. Cela les force à coopérer pour décider de politiques qui soient en accord avec la majorité des citoyens. C’est une culture politique différente. De toute façon, ce gouvernement Harper va devoir lui aussi apprendre à collaborer pour que le pays fonctionne.

LEP – Y a-t-il un mouvement qui se dessine au niveau fédéral pour pousser pour cette réforme ?

B. O. – Deux partis, le NPD et les verts, se déclarent favorables au changement. Individuellement, certains membres des Partis conservateur et libéral se prononcent pour. Mais cela ne fait pas partie de leurs programmes, évidemment. Stephen Harper avait promis de se pencher sur ce dossier mais une fois élu, il a oublié. Pourquoi abattre un système qui lui a garanti le pouvoir ? J’espère que pendant ce deuxième mandat de Harper, les débats vont s’animer. Rendez-vous compte : 7 millions de bulletins de vote ont été gâchés lors de cette élection ! Ils n’ont eu aucun effet. Autre aberration : le Parti vert a recueilli 940 000 votes ; il n’a pas un seul député au parlement alors que 800 000 électeurs concentrés en Alberta ont permis d’élire 27 députés conservateurs. Les votes verts étaient trop disséminés sur le territoire. Et cela n’a pas de bon sens parce que c’est au niveau national que l’on élit nos députés. Ce dysfonctionnement explique aussi la forte abstention de ce scrutin où le taux de participation a été de seulement 59 %. Quand on vote dix fois de suite et que chaque fois cela ne compte pas, on perd l’intérêt. Ça n’a pas d’allure.■

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