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Vendredi 21 décembre 2012

Soigner à l’ancienne

Soigner à l’ancienne

La médecine traditionnelle chinoise (MTC) compte de nombreux adeptes parmi la population et certains ont décidé d’en faire leur métier. Reconnue non sans difficulté, elle est aujourd’hui une alternative acceptée à la médecine occidentale.

Arianne Toleno est étudiante à l’International College of Traditional Chinese Medecine de Vancouver, situé au croisement des rues Broadway et Granville. Originaire de Taïwan, cette jeune femme de 23 ans s’est naturellement orientée vers cette filière, dans laquelle plusieurs membres de sa famille se sont déjà illustrés. « La médecine traditionnelle chinoise est un mode de vie, elle fait partie intégrante de notre quotidien, explique-t-elle. Dans les pays asiatiques, contrairement aux pays occidentaux, la première option en cas de maladie chronique est de se tourner vers la MTC. »

Entre 100 et 200 étudiants se côtoient chaque année dans cette école : la plus grande promotion dans cette filière au Canada. Ils sont là pour obtenir l’un des quatre diplômes reconnus : acupuncteur, herboriste, praticien ou docteur en médecine traditionnelle chinoise. Originaires du Canada, de Chine, de Corée ou encore d’Europe, ils apprennent la philosophie de la médecine traditionnelle, vieille de plus de 2 000 ans.

Pour Tara Akuna, en troisième année, l’apprentissage de l’acupuncture est un prolongement de ses études en psychologie. « Les deux disciplines ont une approche et un but communs. Elles peuvent soigner un mal-être physique produit par des difficultés émotionnelles, comme la souffrance ou l’angoisse par exemple. »

Bataille avec le gouvernement

Le Dr Henry Lu, directeur de l’école, a fait partie des initiateurs du combat pour légaliser le statut des praticiens au Canada. Titulaire d’un doctorat en éducation et en philosophie obtenu en Alberta, il n’était pourtant pas un fervent défenseur de l’acupuncture ou des remèdes à base d’herbes. « Je pensais que c’était inefficace et complètement dépassé ! » C’est au cours d’un séjour en famille, dans les années 70 à Taïwan, qu’il s’est laissé tenter par la médecine traditionnelle pour soigner un syndrome de fatigue chronique. Il guérit en une semaine. « À ce moment, je me suis dit que ce n’était pas de la superstition, mais une médecine que l’on devait importer au Canada. »

Le Dr Lu estime que la médecine traditionnelle chinoise « est plus honnête ». Si les remèdes apportés ne fonctionnent pas dans tous les cas, ils ont selon lui l’avantage d’anéantir la maladie lorsqu’ils font effet sur la personne. « La médecine occidentale prescrit des médicaments pour combattre les maladies. Mais ils contrôlent davantage les symptômes plus qu’ils ne guérissent. Et il peut y avoir des effets secondaires désagréables », argumente-t-il.

Au Canada, dans les années 70, si le traitement par les plantes était toléré, l’acupuncture n’était pratiquée que par les médecins agréés. « Vous pouviez être poursuivi pour pratique illégale de la médecine et finir au tribunal si on trouvait une aiguille dans votre cabinet, relate encore le Dr Lu. Il y avait une forte opposition des docteurs en médecine qui n’acceptaient pas qu’un non-diplômé puisse se targuer de traiter et de guérir. » Il verra ainsi quelques-uns de ses confrères vancouvérois envoyés au tribunal.

Cela ne l’empêchera pas de pratiquer. Il réalise même très vite qu’il doit exercer en dehors du quartier de Chinatown, où il avait établi sa clinique dans laquelle il dispensera ses premiers cours en 1986. « L’acupuncture devenait de plus en plus prisée, et surtout par une clientèle occidentale d’origine canadienne. Je savais qu’on ne pouvait pas nous arrêter ».

Henry Lu avait d’autant plus confiance qu’il avait pu observer l’introduction de la pratique sur le marché américain après la visite de Nixon en 1970 en Chine. Pendant son séjour, un membre de l’équipe présidentielle avait dû subir une appendicectomie avec pour seul anesthésie une séance d’acupuncture. Nixon reviendra aux États-Unis conquis par la médecine traditionnelle.

Le Dr Lu se rendra des années durant à Victoria pour se faire entendre auprès du gouvernement, qui acceptera finalement la naissance en 1999 du Collège des praticiens de médecine traditionnelle chinoise et des acupuncteurs de Colombie-Britannique (CTCMA). Cette initiative a ouvert la voie à la délivrance de licences professionnelles, et a permis ainsi la reconnaissance des quatre statuts agréés.

Aujourd’hui, la province compte des milliers de praticiens agréés, auxquels la population britanno-colombienne se réfère de plus en plus, leur accordant une confiance quasi similaire à celle dont bénéficie la médecine occidentale. ■

Sophie De Kepper

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