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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Quand Vancouver était une ville de petite vertu

Quand Vancouver était une ville de petite vertu

Le Musée de la police nous balade de « Japtown » à Gastown, dans les vieux quartiers chauds de la ville. Du temps de la Compagnie de la Baie d’Hudson, pendant l’entre-deux-guerres, une petite histoire des péchés éclairée à la lanterne des maisons closes, fumeries d’opium, distilleries clandestines… Suivez le guide sur les lieux du crime.

Ce n’est pas le genre d’endroits auxquels on pense pour une balade dominicale. « Ce sont des quartiers où les hôtels déconseillent d’aller, eh bien c’est là que nous marcherons pour parler de l’histoire du vice à Vancouver, des fumeries d’opium, des jeux d’argent et bien sûr des bordels. Vous êtes ici pour ça non ? » Le guide Aman Johal chauffe son auditoire alléché par la proposition indécente. Elle émane du très sérieux Musée de la police de Vancouver.

Depuis 2005, on vous emmène dans la cour des miracles des vieux quartiers, de « Japtown » [appelé ainsi à l’époque, ndlr] à Gastown, sur les traces des super-flics et personnages hauts en couleur. Celui qui a commis cette monographie des mœurs d’antan est un passionné d’histoire et un amoureux de sa ville, Chris Mathieson. Le directeur du petit musée de la rue Cordova, logé dans l’ancien institut médico-légal (Coroner’s Court), s’est dit que « cela donnerait une bonne raison aux gens de mettre les pieds dans un quartier où ils ne seraient pas allés car le Downtown Eastside a mauvaise réputation. »

Gentiment racoleuse mais passionnante, la visite débute aux portes de « Japtown » par un rappel historique de la fondation de la ville. Pour comprendre « comment Vancouver s’est construite sur le péché », selon Chris Mathieson. « La ville étant pleine de ressources, avec l’or, la pêche, le bois, il y avait beaucoup d’argent à gagner. Les hommes, dès le début, se sont dit qu’ils pouvaient dépenser sans compter. » Le festival de débauche a commencé à Gastown en 1867, dans le premier saloon de la ville, que Gassy Jack avait fait construire par les travailleurs en 24 heures, contre la promesse de faire couler le whisky à flots.

Pendant deux heures, on ouvre grand le livre de l’histoire interlope de Vancouver, on y feuillette des chapitres sur les « dames de la nuit » : comment elles fondèrent un empire à Chinatown, et comment 200 d’entre elles furent arrêtées et jugées en un week-end. Le vide dans le cœur des hommes allait être comblé par les filles de San Francisco, poussées hors des frontières après le séisme de 1906.

Quelques pâtés de maisons plus loin, vous avez rendez-vous avec la brigade du vice, devenue mythique dans les années 20 grâce aux coups de filet des détectives Sinclair et Ricci. Pendant la Prohibition, ils avaient mis la main sur 14 000 gallons de whisky dans une distillerie de Chinatown. Mais le duo de choc s’était surtout rendu célèbre lors d’une descente dans une maison close où le chef de la police en personne ne boudait pas son plaisir. Plus rien n’allait les arrêter. Dans leur opération place nette, ils avaient notamment dans leur collimateur Wing Sang, un puissant négociant qu’ils soupçonnaient de trafic d’opium, à l’emplacement du plus vieil immeuble de Chinatown. Alors qu’ils pensaient faire une belle prise, ils rentrèrent bredouilles. Volatilisés les fumeurs d’opium. Mais ils avaient découvert un astucieux système de murs en briques amovibles qui permettait de filer dare-dare.

Chinatown, bien souvent, a servi de décor aux légendes urbaines. La plus fameuse est celle des tunnels chinois, en réalité des caches d’opium aménagées dans de double murs. L’autre grande légende s’est nouée dans Blood Alley. On a tout dit sur cette ruelle de Gastown : qu’elle abritait des rituels sataniques, que les bouchers y déversaient du sang, qu’on y pendait les condamnés à mort… La vérité est qu’au moment de la rénovation du quartier dans les années 70, les autorités ont baptisé cette rue au vitriol pour appâter les touristes…

Faisant fi de la rumeur, Chris Mathieson préfère puiser le sel de ces visites « dans la réalité, souvent plus intéressante ». « Pour ma troisième visite, il y avait un groupe de professionnelles du sexe, elles étaient venues pour en savoir un peu plus sur l’histoire de leur travail. Elles ont conclu le tour avec leur propre vision du métier… Un autre jour, après une interview télé, j’ai eu un appel d’une vieille dame me disant qu’elle m’avait entendu parler de son papa. C’était un des deux gars de la brigade du vice des années 20. Elle avait deux grosses boîtes remplies de coupures de presse sur sa carrière. Sur chaque page, il y avait une histoire de fumeries d’opium, de maisons closes ou de salles de jeux, souvent à Chinatown… »

Jamais figée, la visite gagne en saveur au fil des saisons. Les touristes et locaux, repus d’anecdotes, en repartent avec un autre regard sur la ville. « C’est marrant d’amener les gens à parler de choses impolies. Vancouver a l’habitude de se présenter sous un jour policé. Certaines l’appellent la No Fun City, mais à une époque, elle a été une ville de plaisirs, peut-être un peu trop… claque Chris Mathieson. Notre singularité par rapport aux autres villes canadiennes vient du fait que Vancouver a échappé au contrôle de l’Église et qu’elle s’est nourrie des apports de différentes cultures, y compris dans le crime. » À l’Ouest, flottait un parfum de soufre… ■

Sins of the city : du vendredi 12 au samedi 27 février. Deux visites guidées par jour de 11 h à 13 h et de 14 h à 16 h. Tarif : 15 $ par personne, incluant une visite libre du musée de la police de Vancouver. Inscription obligatoire 24 heures avant par téléphone au 604-665-3346. Info : www.vancouverpolicemuseum.ca

Dans les coulisses de la police de Vancouver
La visite guidée Sins of the city (Les vices de la ville) comprend une entrée au musée de la police. Outre une belle collection de costumes et de photos exaltant la fierté policière, les murs mettent en scène des saisies de drogues et d’armes prohibées – parfois faites maison – comme une jambière de cuir tapissée de clous. La fin du parcours propose une reconstitution de l’antre du légiste, de la morgue et de scènes de meurtres… Après quoi, vous pourrez faire le portrait-robot de votre suspect à l’aide d’un ordinateur. ■
Adresse : 240, rue Cordova Est. Du lundi au samedi, de 9 h à 17 h.
Tarif normal : 7 $ ; seniors et étudiants : 5 $ ; famille : 20 $ ; gratuit pour les moins de 6 ans.

Nathalie Alonso

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