Parution du journal suspendue

Vendredi 10 février 2012

Prochaine publication papier

Vendredi 21 décembre 2012

Pour être branché(e), mangez cru !

Pour être branché(e), mangez cru !

En Colombie-Britannique, de plus en plus de personnes préfèrent manger des aliments crus… ils s’appellent les « crudivores ». Un cours de « cuisine vivante » va même être inscrit dans les programmes d’UBC dès octobre prochain.

Un dimanche après-midi dans le quartier de Gastown. Dans la cuisine de la Raw Foundation, Janice Skoreyko s’apprête à débuter son cours sur l’alimentation crue. Nutritionniste, elle reçoit chaque semaine des élèves en quête d’une meilleure alimentation et de bien-être. En face d’elle aujourd’hui, une dizaine de femmes, de tous horizons, assises autour d’une table participent à l’atelier.

Lynn, toute nouvelle élève, assiste à son premier cours. « Je suis âgée de plus de 50 ans et je ressens une perte d’énergie, explique-t-elle. Après avoir effectué des recherches sur Internet, j’ai découvert l’alimentation crue. Je souhaite changer mon mode de vie pour me sentir en meilleure forme, sans pour autant arrêter totalement de cuire mes aliments. » Dans son cours d’initiation, Janice apprend à cuisiner neuf plats contenant entre cinq et sept ingrédients chacun. Au menu aujourd’hui : gâteaux au chocolat, soupe de brocolis et autres courgettes en forme de spaghettis. Le résultat est pour le moins surprenant.

Enzymes préservées

« La nourriture crue, ce n’est pas uniquement de la salade et des noix ! » affirme l’enseignante. On peut créer toutes sortes de recettes et vivre normalement. Janice a adopté, quant à elle, un régime composé uniquement d’aliments crus depuis plus de 5 ans. « Avant, j’avais une santé particulièrement fragile avec notamment des troubles de vitalité. Aujourd’hui, je déborde d’énergie. » La raison ? Ne pas cuire ses aliments permet de préserver plusieurs apports nutritifs. Parmi eux, les enzymes, protéines sources d’énergie et essentielles pour le fonctionnement de notre corps. « Durant la cuisson, les aliments perdent 100 % des enzymes, entre 70 et 80 % des vitamines et des minéraux et 50 % des protéines », explique Janice.

À Vancouver et dans le reste de la province, ce mode de vie prend peu à peu de l’ampleur. « C’est comme le phénomène bio qui s’est répandu dans les années 1990, constate Janice. Aujourd’hui à Vancouver, on peut même acheter de la nourriture crue pour les animaux domestiques. »

Parmi les nouveautés, un cours de cuisine crue va être programmé à UBC cet automne pour tous publics. Initiatrice du projet, Chantale Roy a déjà fondé un restaurant crudivore nommé Raw Freshing à Nelson, en 2007, avant de collaborer à la création d’un autre restaurant à Vancouver l’année dernière. Elle encadrera ces ateliers d’initiation pendant trois semaines en octobre et en mars.

Bientôt des chefs du cru.

« Le but n’est pas forcément d’être crudivore à 100 % mais d’apprendre à introduire plus de nourriture crue dans son alimentation. Certaines personnes font cette démarche car elles sont atteintes d’un cancer et souhaitent améliorer leur mode de vie. Tandis que d’autres sont en bonne santé mais veulent être au meilleur de leur forme. D’autres encore recherchent de la spiritualité et de la pureté. »

Dans la province, la Raw Food Society of BC propose d’accompagner les Britanno-Colombiens crudivores en leur fournissant des informations et des recettes sur son site Internet www.rawbc.org. L’organisme comptait 30 membres à son lancement en 2003. Aujourd’hui, ils sont plus de 350. « La communauté des ‘crudivores’ est en augmentation constante, explique Clive Laugton, directeur de l’association. Une forte concentration à Vancouver, Victoria, Courtenay et Nelson est à noter. » Et ne dites pas à Clive que ce mode de vie est bizarre. « Tous les animaux sur Terre consomment de la nourriture crue, lance-t-il. L’espèce humaine est la seule à faire cuire ses aliments. »

Être totalement « crudivore » entraîne toutefois plusieurs contraintes avec notamment un risque de sentiment d’exclusion sociale. Finis les barbecues entre amis, le foie gras et les restaurants. Enfin pas pour tout le monde. Dans la province, les établissements spéciaux qui proposent des menus « crudivores » se multiplient. Pour Tara Tiller, coach personnel en cuisine crue à Vancouver, vivre sans faire cuire sa nourriture n’est pas impossible. « Cela peut en réalité être très simple. Quand je suis invitée à dîner, je prépare généralement une grande salade garnie de fruits à partager. Mes amis connaissent mon régime alimentaire et l’acceptent très bien. Parfois, ils me concoctent même des plats spéciaux ».

Mais manger exclusivement des aliments crus n’est pas sans danger. « Il existe un risque de carence alimentaire », explique Vesanto Melina. Diététicienne basée à Langley et ancien professeur à UBC, elle a co-écrit Becoming Raw, un guide pour une alimentation crue et saine, publié en mars. Selon elle, si un régime basé uniquement sur de la nourriture non cuite est excellent pour les adultes et pour perdre du poids, elle est moins adaptée aux enfants. « Des décès sont survenus pour cause de malnutrition, ajoute-t-elle. Certaines personnes vont trop loin et voient la nourriture comme quelque chose de malsain en excluant progressivement de leur alimentation toutes sortes d’aliments. » C’est ce que confirme Tara Tiller: « Il existe deux manières d’être ‘crudivore’ : la bonne et la dangereuse. J’ai croisé plusieurs personnes qui ont dépassé les limites en mangeant uniquement de la salade ! » ■


Romain Desgrand

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Photo une

LES PLUS LUS

    None Found

Rechercher

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem