Pas de changement en vue. Canada et États-Unis ont élu des hommes de droite pour gouverner.
Alors que les élections canadiennes sont passées pratiquement inaperçues, y compris au Canada, on ne peut pas en dire autant des élections américaines. Il est loin le temps où il était impossible d’entendre le moindre résultat sur les ondes des radios de Vancouver. C’était en 2000 pour Bush-Gore. Cette fois-ci, le monde entier s’est passionné pour la campagne américaine, bizarrement et outrageusement d’ailleurs, en soutenant Obama massivement. Ironiquement, celui-ci va se retrouver face à une crise qui n’est pas étrangère à la volonté de faire accéder les plus pauvres à la propriété. Clinton est visé. Bush, lui, a plutôt essayé de freiner.
Je pensais au printemps dernier, mais je me trompais, que la crise allait avantager McCain car, en général, les partis classiques conservateurs inspirent plus confiance pour la gestion économique. Mettre le social d’abord – à l’instar des systèmes communistes – ou la tarte à la crème de l’environnement, ne marche pas. Ce sont les idéologies choisies par le NPD ou le Parti libéral, ce dernier ayant opté pour un programme économique se résumant à une taxe carbone. En fait, McCain, qui avait déjà plutôt raté sa campagne mais pouvait gagner quand même, a très mal réagi face à la crise financière en septembre. Comme Harper. Il fallait plutôt s’agiter façon Sarkozy que d’essayer de rassurer en sous-estimant l’ampleur des dégâts. C’est bien là qu’ils ont tous les deux loupé leur objectif. Mais tant pis. La continuité est sauve.
En cette période de crise économique grave qui se profile, j’aurais préféré qu’Harper bénéficie d’une confortable majorité pour doter le Canada du gouvernement fort dont il va avoir besoin. Il a quand même gagné plus de liberté car il ne doit enfin plus rien au Québec qui ne lui a donné aucun siège supplémentaire et qui lui met des bâtons dans les roues avec le Bloc québécois, cette anomalie du paysage électoral canadien.
Je suis assez content qu’Obama ait été élu car – bien qu’ayant quelques petites préférences, plus dans les détails que sur le fond, pour la politique prônée par McCain – je ne sentais pas vraiment dans ce dernier l’envergure qu’il convient à un président des États-Unis. L’absence de triomphalisme d’Harper et d’Obama me plaît et nous change des Nixon, Bush et autre Clinton.
Comme John Wayne
Il y a quand même quelque chose qui me chagrine. Je me retrouve du coup dans le même camp que ceux qui soutiennent Obama mais qui ont des valeurs opposées aux miennes. Je ne comprends pas vraiment comment quelqu’un qui vote NPD au Canada ou socialiste ou marxiste-léniniste en Europe, peut être en faveur d’un candidat qui veut exercer une politique typique de droite comme celle d’Obama, en fait celle de tous les candidats américains en général. C’est un peu comme si je me déclarais en faveur d’un Che Guevara, d’un Lénine ou d’un Hugo Chavez dans une élection avec seulement deux candidats communistes. J’aurais vraiment viré de bord ou n’aurais rien compris.
Beaucoup de médias à l’extérieur des États-Unis ont effectivement dépeint Obama comme un homme de gauche. J’ai même entendu le terme de socialiste. Et j’ai vu McCain décrié comme un dictateur. En fait, Obama représente bien les valeurs traditionnelles de la droite. Il semble, à quelques nuances près, ne pas être trop éloigné d’un John Wayne, pour lequel les Américains se seraient prononcés en majorité. Obama s’est prononcé, par exemple, pour la peine de mort et contre le mariage des homosexuels. On est vraiment très loin du progressisme. Il défend les valeurs du travail et de la famille. Il veut augmenter le secteur militaire et accroître les troupes en Afghanistan. Il veut augmenter la production pétrolière américaine et construire des centrales nucléaires. Harper et lui sont donc sur la même longueur d’ondes. Loin des Libéraux canadiens.
Il y a quand même un bémol qui peut coûter cher au Canada. Il a une tendance au protectionnisme qui peut entailler l’ALENA et les traités de libre-échange en général. Ce serait un danger qui aggraverait la crise. L’autre hic, pour moi, est l’environnement. Mais je reproche de la même façon à Harper ou à McCain et Bush de lâcher du lest sur ce terrain pour des raisons électorales et pour ratisser plus large.
Promesses non tenues
L’attente, dans le monde et aux États-Unis, est énorme. La déception le sera également. Ce n’est pas parce que la Maison Blanche change de couleur que tout va changer, malgré le slogan électoral. Les États-Unis ne quitteront pas l’Irak, qui ressemble de plus en plus à une démocratie, autrement que de la façon prévue par Bush ou Mc Cain. La sécurité sociale américaine va s’améliorer en suivant la tendance amorcée il y a des années. Mais beaucoup de promesses électorales ne seront pas tenues étant donné leurs coûts ou leur incohérence et Barack Obama devra faire face à une réalité éloignée de la distribution de chèques à gogo, promise par les deux candidats d’ailleurs, pour faire monter les sondages au jour le jour.
Le Canada, sur fond de progressisme identitaire, reste conservateur. Les États-Unis, que l’on croyait prêts à rejoindre le centre gauche, restent ancrés en fait sur leurs valeurs fondamentales. Le rejet du mariage homosexuel par la Californie lors du vote en est un symbole extrêmement fort. Pour ce qui est de l’interventionnisme de l’État, il est trop tôt pour juger.
En 2004, les Américains avaient réélu Bush alors que le reste du monde souhaitait plutôt Kerry. Près de la moitié ont quand même voté McCain, ce qui montre que le peuple américain sait mieux que les autres ce qu’il lui faut.
Il n’y a pas d’Obamania. Juste un nouveau président. Et les États-Unis restent les États-Unis. L’anti-américanisme restera, lui aussi.■
Thierry Barbier dirige une entreprise d’import-export-distribution. Il conseille également les entrepreneurs au sein de la Société de développement économique de la Colombie-Britannique.


