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Vendredi 21 décembre 2012

Navires et marins d’hier à aujourd’hui

Navires et marins d’hier à aujourd’hui

À l’occasion du 50e anniversaire du Musée maritime de Vancouver, L’Express du Pacifique a pris le large aux côtés du Dr Jim Delgado, ancien directeur du musée de 1991 à 2006, grand connaisseur de l’histoire portuaire de Vancouver.

L’Express du Pacifique – Il y a 50 ans, qu’est-ce qui a motivé l’ouverture du musée ?
Jim Delgado – Beaucoup de familles vivant ici ont des liens avec la mer. Elles avaient le sentiment que leur histoire devait être racontée. Mais le déclic a eu lieu dans les années 1950, alors que la question de l’avenir du Saint Roch, bateau de la Gendarmerie royale du Canada, était soulevée. Il y a eu une petite querelle pour savoir quelle ville hériterait du navire. La GRC est en effet basée à Ottawa. Mais Vancouver, où il a été construit en 1928, était réellement son port d’attache. Son capitaine Henry Larsen l’a donc acheminé depuis Halifax, où il prenait sa retraite après vingt ans de service dans l’Arctique, en passant par le Canal de Panama. En 1958, le bateau rapatrié mouillait au pied du parc Vanier. Un an plus tard, le musée s’édifiait autour du Saint Roch, laissé à son endroit initial.

LEP – Pourquoi le Saint Roch plus qu’un autre ?
J. D. – Ce n’était pas n’importe quel bateau : il a été le premier à contourner le continent américain par le nord. Désigné site national historique en 1962, il a effectué de nombreux voyages dans l’Arctique où il avait pour objectif de manifester la souveraineté du Canada dans le nord, sur les terres peuplées d’Inuits. Ses missions consistaient à faire respecter les lois, vendre les permis de chasse, percevoir les taxes et droits de douane, distribuer le courrier, livrer des ravitaillements aux postes isolés de la gendarmerie, transporter les blessés et les malades à l’hôpital, et les enfants Inuits aux écoles résidentielles. L’équipage, composé d’une dizaine de gendarmes et du capitaine Larsen, s’arrêtait en Arctique où la glace emprisonnait le bateau pendant des mois, avant qu’il ne reprenne la route pour Vancouver. Son service s’est arrêté en 1948 alors que les liaisons aériennes, plus pratiques, devenaient plus fréquentes.

LEP – Quels autres moments forts ont marqué la vie du musée ?
J. D. – Il y a eu tout un tas d’expositions qui ont fait fureur. Celle qui me vient en tête est Pirates, qui a attiré une foule incroyable, et évidemment beaucoup d’enfants. Titanic a aussi bien marché, nous avions récupéré quelques pièces prisonnières du bateau naufragé pour les exposer. Un simple objet peut redonner vie à un moment de l’histoire, bien plus que n’importe quel livre. Un autre événement tragique me vient à l’esprit : celui du Princess Sophia, un paquebot de grande ligne de Canadian Pacific Railway, échoué au large de l’Alaska après avoir percuté le récif Vanderbilt en octobre 1918. Les 343 passagers sont morts ce jour-là. L’accident a dévasté la communauté de Colombie-Britannique, qui connaissait bien ce bateau navigant par étapes entre Victoria et Skagway en Alaska, en passant par Vancouver et Prince Rupert. Nous en avons récupéré la cloche.

LEP – Vous dîtes que Vancouver voulait raconter son histoire. Quelle était l’importance de la vie portuaire et maritime ici ?
J. D. – La devise de Vancouver n’est-elle pas « By land and sea we prosper » (« De par la terre et la mer, nous prospérons ») ? Le port était un élément qui s’inscrivait dans toute l’activité de la région, du pays, et même du Pacifique. La terre n’est pas seulement formée par les volcans et la glace. L’eau constitue aussi un élément fondateur, une autoroute, comme à Vancouver l’Anse de Burrard (Burrard Inlet) et le Détroit de Georgia (Georgia Strait). Ils sont la porte d’entrée et de sortie de toute l’activité de la ville. Cela a commencé en 1826, jusqu’en 1850 : la Compagnie de la Baie d’Hudson a amené des bateaux à vapeur pour travailler dans le port. Ils transportaient les saumons de Colombie-Britannique à Hawaï. Dans les années 1860 et 1870, la ville était particulièrement réputée pour son bois, exporté en Amérique et en Australie. Puis le chemin de fer est arrivé dans l’ouest. On a alors installé une flotte de navires à Vancouver qui permettaient l’exportation de céréales, de blé, ou encore d’engrais acheminés en train depuis l’est du Canada vers l’Asie. Cela a transformé ce campement de petites baraques en un important port. Il est en effet devenu le premier port du Canada pacifique, et le 4e d’Amérique derrière New York, Los Angeles et la Nouvelle-Orléans. Incontournable pour les commerçants de fourrure, les explorateurs, les baleiniers et chasseurs de phoques, ou encore la police montée. Incontournable aussi entre 1897 et 1901 pour les chercheurs d’or du monde entier qui s’arrêtaient à Vancouver avant de faire la route vers le Klondike. À l’époque de la Seconde Guerre mondiale, la ville était un grand constructeur de navires de guerre. Nos bateaux étaient aussi envoyés en Europe pour ravitailler les pays sous rationnement.

LEP – Et aujourd’hui ?
J. D. – Vancouver a toujours une activité élevée, même si le déclin de l’économie mondiale l’a affecté. Le Yacht club est toujours très sollicité, la pêche reste une activité dominante, le centre nautique tourne bien. Et puis les installations modernes aident à poursuivre le commerce dans tout le Pacifique.

Sophie de Kepper

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