L’association Society for Creative Anachronism (SCA), fondée en 1966 en Californie et répandue aujourd’hui sur tous les continents, vise à recréer les arts, traditions et savoirs de l’Europe pré-XVIIe siècle. Coup d’œil sur notre baronnie Lions Gate, où chevaliers et seigneurs des temps modernes se plaisent à repenser le Moyen-Âge.
C’est un baron des plus anachroniques qui se présente sous nos yeux, en tenue décontractée de fin de semaine, accoutré d’un treillis militaire. Messire Griffin ap Bedwyr, baron de Lions Gate, plus connu sous le nom contemporain de David Jackson, a laissé sa couronne au vestiaire. Accompagné de sa gente dame Caitrin ni Cingeadh, il retrouve à New Westminster ses fidèles pour des ateliers manuels. Ce jour-là, on s’adonne à de l’enluminure, à de la confection de chaussures d’époque, de boucliers et d’armures pour les combats à venir, de robes et parures qui seront portées aux prochains banquets organisés par la baronnie « imaginaire », établie sur les rivages de la côte Ouest près de Vancouver.
Lions Gate compte aujourd’hui près de 300 membres qui se prêtent au jeu. Elle a vu le jour en 1976, sur les terres du Royaume An Tir, formé dix ans plus tôt et qui embrasse la Colombie-Britannique, l’Alberta, le Saskatchewan, les États américains de Washington et de l’Oregon, ainsi que le nord-ouest de l’Idaho. « Nous rassemblons des personnes de tous les horizons : étudiants, professeurs, écrivains, historiens, juristes, chimistes, agents d’assurance, etc. », explique David, qui travaille lui-même dans une usine de fabrication de piles. « Tous partagent un intérêt commun pour l’histoire moyenâgeuse, les arts de la guerre et des combats. »
L’un des moments forts de l’association : les retrouvailles de ces fanas d’épées et de glaives autour de guerres savamment organisées, de tournois, de couronnement ou, encore, d’entraînements hebdomadaires de tir à l’arc. « Au mois de juin, nous avons une guerre planifiée contre un groupe de la région de Victoria, la Guerre du lion de mer (Sealion War), poursuit David. J’ai envoyé une lettre au baron de Seagirt (Victoria) pour le prévenir que j’emmènerai mon armée sur ses terres. C’est un combat qui revient tous les ans ! Cela nous donne l’occasion de se retrouver, de pratiquer les armes – inoffensives – que nous fabriquons, de passer un moment agréable autour de personnes qui ont le même intérêt pour la culture et la société de l’époque. »
D’ailleurs, sortie des querelles, la baronnie, comme chaque entité des seize royaumes que compte le « Monde connu » de l’association, est gérée selon une administration bien précise et semblable à celle du Moyen-Âge. Ainsi, Lions Gate a son propre conseil avec un sénéchal, officier local de l’administration royale ; un chancelier de l’Échiquier, plus communément appelé ministre des Finances ; un ministre des Écuries ; un chroniqueur ; un ministre des Arts et des Sciences ; un scribe ; et, enfin, une châtelaine, qui a un droit de juridiction sur le territoire de la baronnie. « Tout n’est évidemment pas véridique, mais nous essayons de rendre cela le plus réel possible », avoue David. En tant que baron, il a pour mission de créer sa propre cour, de veiller au quotidien de la baronnie et à la mission de ses sujets dévoués. Mais ce n’est pas tout ! Pour rendre la chose encore plus réelle, chaque baronnie, principauté et royaume a ses propres armoiries et blasons, ses légendes et ses animaux fabuleux.
Lions Gate grandit d’année en année. Et se transmet d’une génération à l’autre. Sarah et Iain, 14 ans et 13 ans, suivent l’exemple de leurs parents David et Caitrin, en participant aux activités et combats. Une affaire de famille qui touche aussi Nancy Stevens, anciennement Amanda Kendal de Westmoreland, 69 ans, première baronne de Lions Gate avec son défunt mari Gerhard. À eux deux, ils ont dirigé les terres pendant 27 ans. « Ma petite-fille est aujourd’hui jeune fille de noces, elle porte des messages, se tient auprès de la reine lors des mariages. Mon petit-fils est quant à lui page », se plaît-elle à raconter.
Toujours hyperactive au sein de l’association, Nancy se déplace même dans les écoles pour des démonstrations de danse médiévale, de couture et de combat. « Les Canadiens ont une certaine idée, souvent déformée, du Moyen-Âge, à cause de ce qu’ils voient à la télévision et au cinéma, regrette David. En s’intéressant de plus près à cette époque, on observe que, malgré des réalités difficiles – la peste, le manque d’hygiène, la pauvreté – le Moyen-Âge était une société solidaire et captivante. »
Info : www.lionsgate.antir.sca.org



