Au-delà du traitement médical, la BC Cancer Agency de Vancouver propose à ses patients un programme complémentaire dérivé de la méditation. Qu’en est-il de l’application de cette méthode qui fêtera son trentième anniversaire en 2009 ?
Une salle entièrement recouverte de tapis de sol. Une quinzaine de personnes, assises en position du lotus, se concentrent sur leur respiration, les yeux fermés pour la plupart. Aucune musique, seulement le silence en toile de fond, parfois interrompu par les conseils du professeur. Parmi eux, il y a Judith qui, comme chaque matin, pratique la méditation. Non, vous n’êtes pas dans un temple bouddhiste, mais entre les murs austères de la BC Cancer Agency : Judith est atteinte du cancer du sein. Depuis huit ans, le centre médical propose à ses patients un programme appelé Mindfulness Based Stress Reduction ou MBSR, dont le but est de réduire chez ses patients le stress et l’anxiété, mais aussi d’apprendre à développer son attention sur chaque moment présent. « Je n’ai pas eu à me battre pour faire passer mon projet, notamment parce que cette pratique était estampillée “Université du Massachusetts” : cela m’a permis d’avoir le soutien de mes collègues, qui se sont montrés très encourageants », raconte Sarah Sample, assistante sociale spécialisée dans les maladies graves, qui a introduit la méthode au sein de l’établissement.
Sarah a d’ailleurs été elle-même formée par Jon-Kabat Zinn, inventeur de la MBSR. Ce biologiste travaille depuis le début des années 1970 sur le concept de « mindfulness » ou « pleine conscience ». « L’approche de Jon est totalement séculière, explique l’assistante sociale. Elle est basée sur son travail de biologiste. Elle allie d’ailleurs des méthodes orientales ancestrales de méditation, telles que la vepasana et le yoga, avec des techniques occidentales d’observation du comportement, des séances de lecture et de discussion. »
Plusieurs patients de la BC Cancer Agency s’en disent satisfaits, à l’image de Judith : « J’ai été diagnostiquée une première fois il y a cinq ans. Je ne pratiquais pas la MBSR, j’étais anxieuse et je souffrais énormément. Quand le deuxième diagnostic est tombé l’année dernière, j’étais complètement dévastée. Je pratique la MBSR depuis un petit peu plus d’un an et je me sens mieux. Si je ne le fais pas, je me sens tellement nerveuse ! » Cette patiente dit être aujourd’hui beaucoup plus sereine. Et ses proches le ressentent également : « Mon mari apprécie de me voir plus calme et relaxée. Il a vu la différence, ce qui l’aide aussi à être plus présent. Même si la maladie reste un sujet tabou, c’est devenu moins difficile d’en parler. »
Car si la MBSR permet de réduire le stress et l’anxiété dus au diagnostic, elle permet d’appréhender autrement la maladie. Ainsi, comme l’affirme Sarah Sample, les malades perçoivent différemment le rôle de la BC Cancer Agency :« Certaines personnes m’ont dit qu’ils viennent désormais au centre pour se relaxer, et pas uniquement pour se faire soigner. »
Judith en sait quelque chose. Après avoir épaulé son frère pendant huit ans, lui aussi atteint d’un cancer, elle en était venue à détester le centre de cancérologie de Vancouver. Sa pratique de la méditation lui a permis de changer sa façon de penser : « Le centre est devenu pour moi un lieu d’espoir, au lieu d’être synonyme de maladie. »
Efficacité ?
Aucune recherche scientifique n’a cependant été menée pour prouver l’efficacité de la méthode dans la guérison de la maladie et d’effet mélioratif sur les traitements. « À l’heure actuelle, on ne sait pas si la pratique de la méditation améliore les effets des traitements, en termes scientifiques, confesse Michael McKenzie, oncologue spécialisé en radiation à la BC Cancer Agency. Néanmoins, poursuit-il, cela peut aider à les accepter psychologiquement, car ceux-ci sont très lourds pour le patient. »
Selon Sarah Sample, si le corps est détendu, alors le patient acceptera mieux la souffrance et la lourdeur du traitement, mais aussi les gestes quotidiens qui sont parfois source d’angoisse et de phobie, telle que l’administration de piqûres. C’est d’ailleurs en jugeant du niveau d’anxiété du patient que le médecin lui propose ou non de participer au programme. Et Sarah Sample d’insister sur cet aspect non obligatoire : « Les personnes choisissent elles-mêmes si elles veulent venir. Certains viennent parce que le docteur leur a conseillé de le faire, mais c’est finalement au patient de faire la démarche. Je ne prends pas les personnes qui ne sont pas motivées. » Car la pratique de la MBSR demande une certaine ri-gueur : il n’est pas toujours facile de consacrer une à deux heures de son temps chaque jour à la méditation, surtout lorsqu’on est sous traitement.
Le plus grand bénéfice de la méthode reste avant tout le rapport du patient à la mort. Ainsi, qu’il y ait rémission ou décès du patient, l’essentiel est de vivre l’instant présent. « Une de mes patientes, malade depuis huit ans, est venue faire une séance de méditation. Quelques heures après, elle est décédée, raconte Sarah. Mais ce que je sais, c’est qu’elle est partie en paix avec elle-même et qu’elle a profité pleinement des derniers moments de sa vie. » Comme l’explique Judith, pratiquer la méditation lui a permis de prendre un certain recul par rapport à sa situation : « Je n’ai pas peur de mourir, j’ai réussi à faire face à cela. La mort fait partie de la vie, mais il faut avant tout en profiter. »■


