Pendant la période des Jeux olympiques et paralympiques de 2010, on attend quelques 350 000 visiteurs. Problème : le logement. Seules 35 480 chambres d’hôtel, motel et B&B ont été recensées sur Whistler, le Vancouver métropolitain, la Vallée du Fraser et la Sunshine Coast. Une aubaine dont veulent profiter les habitants du coin en ouvrant leurs portes – à prix d’or.
Kea Bawtinheimer possède une petite maison dans le quartier de Kitsilano. Au moment des Jeux, elle sera en vacances. Pour autant, elle compte bien profiter de l’effervescence olympique, même loin de Vancouver. « Mon partenaire et moi voudrions louer notre maison au mois de février 2010, annonce-t-elle. Ce sera pour nous un bonus à un moment où notre activité professionnelle sera mise en difficulté », explique la jeune femme, dont l’entreprise se spécialise dans la réparation et la customisation de voitures de luxe. Les Jeux vont entraîner la fermeture partielle de la circulation, l’activité va diminuer. Au lieu de prendre ses congés à Noël comme elle le fait habituellement, Kea attendra un mois supplémentaire. Mais le jeu en vaut la chandelle : « Nous espérons percevoir entre 15 000 et 20 000 dollars grâce à la location. »
Un prix « raisonnable » pour une maison avec chambre et bureau, comparé à ceux affichés sur les sites d’annonces qui ont pullulé ces derniers mois. Au moment des JO, les touristes pourront par exemple réserver un appartement pour 5 000 $ la semaine du côté de Granville Island ou un trois chambres à North Vancouver pour 1 100 $ la nuit. Des montants qui peuvent s’élever à 45 000 $ le mois pour des demeures plus luxueuses. Mark Szekely, économiste et gestionnaire du site Rent2010.net, s’est amusé à faire une moyenne des prix demandés par les propriétaires qui y ont déposé une annonce de location : « Il faut compter entre 350 et 400 $ par chambre et par nuit, révèle-t-il. Les prix sont aussi variables en fonction de l’emplacement. »
Ainsi, selon ses calculs de l’hiver dernier, Richmond était en queue de peloton avec des moyennes à 230 $ la nuit, contre 478 $ pour Whistler. « Les sommes demandées sont disproportionnées, concède-t-il. Mais il n’existe pas de références sur lesquelles se baser. Les hôtels rechignent encore à donner leurs tarifs. Donc chacun regarde combien le voisin va faire payer pour fixer son propre loyer. »
Trop d’offres, pas assez de demandes
L’émulation est au rendez-vous, mais pour l’heure, peu mordent à l’hameçon. Sur les 1 100 annonces de propriétaires que recense Rent2010.net, 10 à 15 % seulement ont trouvé leur vache à lait. « Il y a, à l’heure actuelle, beaucoup plus d’offres que de demandes, continue Mark. La première raison est relative aux prix, qui vont devoir baisser si les propriétaires veulent trouver preneur. D’autre part, il est encore trop tôt : la plupart des spectateurs vont d’abord s’orienter vers un hôtel avant de considérer une chambre chez un particulier. »
Kea, de son côté, ne passera pas par un site. Elle souhaite s’assurer que sa maison sera entre de bonnes mains pendant son absence, et aura donc recours à une agence. « Nous avons fait plusieurs démarches, toutes infructueuses, souligne-t-elle néanmoins. Les agences se concentrent aujourd’hui sur le centre-ville pour fournir à leurs clients les logements les plus prisés. Comme nous sommes situés de l’autre côté du pont, elles attendent d’avoir la demande d’un autre type de clientèle, peut-être un peu moins fortunée. »
Un autre type de transaction, cette fois sous la table, devrait se répandre à l’approche de février 2010. Pour Greg et Kate*, les Jeux sont une opportunité financière qu’ils veulent saisir. En toute discrétion, puisqu’ils n’ont pas eu l’autorisation de leur gérant de sous-louer leur deux pièces dans le West End. « On souhaite louer notre appartement 4 000 à 5 000 dollars la semaine. C’est un moyen de se faire plaisir par la suite, de s’offrir un beau voyage par exemple. »
Un arrêté pour limiter les abus
Vancouver a pourtant émis des réglementations à cet effet. Si les locataires doivent s’assurer de l’accord des propriétaires, ces derniers doivent s’acquitter d’un permis de 150 dollars pour pouvoir bénéficier de l’arrêté sur le logement temporaire. Il permet de louer ses biens pour une période inférieure à trente jours, du 1er janvier au 31 mars 2010. Mais pour cela, le logement ne doit pas être occupé par un locataire après le 1er juin de cette année ! « Il ne sera pas compliqué de contourner la loi, assure Tom Durning, responsable du Tenant Resource and Advisory Center, un centre d’information et de défense des locataires en Colombie-Britannique. Si quelqu’un emménage après cette date, le propriétaire peut très bien signer un bail qui se termine au 31 janvier 2009, et ne pas le renouveler de manière à avoir le logement libre pour la période des Jeux. » L’initiative est d’abord destinée à anticiper les éventuelles expulsions de locataires en vue de s’offrir la poule aux œufs d’or. « Nous n’avons encore rien entendu de tel, souligne Tom Durning. Nous sommes loin de l’événement Expo 86, qui avait duré six mois et engendré de nombreux abus de la part des propriétaires. »
Il regrette cependant qu’aucune initiative similaire n’ait été encore lancée dans la périphérie de Vancouver. Et Mark Szekely de renchérir : « Je ne suis pas convaincu de la sagesse de cet arrêté. Si le propriétaire décide de garder son logement inoccupé jusqu’aux Jeux, une population telle que les étudiants, en quête d’un toit à la fin de l’été, pourrait pâtir de cette course à l’argent. »
Tous ces scénarios demeurent encore hypothétiques. Il y aura peut-être pénurie, à Whistler notamment selon Mark Szekely, persuadé que la région saura quand même accueillir ses visiteurs. Reste à savoir à quel prix. Au cas où, Vancouver a quand même prévu pour les plus fauchés de convertir Jericho Beach et Spanish Banks en terrain d’accueil pour camping-cars !
Sophie de Kepper
Une autre formule
Si les agences immobilières et les propriétaires se frottent déjà les mains à l’idée du butin qu’ils pourront récolter avec les Jeux olympiques, d’autres entrevoient la possibilité d’aider les plus démunis. Le projet caritatif Homes for the Games (www.homeforthegames.com), initié par Seven25, une entreprise de design à Vancouver, espère récolter 750 000 $ par le biais de la location de chambres et d’appartements pendant les JO, destinés à des associations aidant les sans-abri. Tracey Axelsson, responsable du projet, explique que le site Internet devrait permettre de faire concorder l’offre et la demande davantage sur le plan humain que financier : « Les critères seront basés sur l’expérience que veulent vivre les visiteurs et leurs hôtes. En soi, la nuit coûtera en moyenne 75 à 100 $. Entre la moitié et la totalité des profits reviendra aux associations que nous soutenons. »■ S. D. K.





