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Les Premières nations mettent leur avenir en bouteille

Les Premières nations mettent leur avenir en bouteille


Dans le sud de la vallée de l’Okanagan, au bord du lac d’Osoyoos, s’épanouit depuis 1968 la première exploitation viticole d’Amérique du Nord détenue par une communauté autochtone.

Il y a 150 ans, les autochtones d’Osoyoos cueillaient herbes et plantes pour se nourrir et se soigner au quotidien. Enracinés dans la terre nourricière, ils y trouvent encore aujourd’hui l’inspiration. Depuis 40 ans, c’est leur vigne qui mûrit sous le soleil, dans le seul désert aride du Canada. Ici, les serpents à sonnettes rivalisent de notoriété avec les cépages.

Une histoire peu commune s’est écrite en 1968 sur les rives semi-désertiques du lac Osoyoos. Il y est question de Pinot, Merlot, Chardonnay, Riesling et Sauvignon. Ses auteurs : Clarence Louie, chef de la nation amérindienne depuis 1985, et Sam Baptiste, viticulteur et gérant des chais Nk’Mip. Derrière cette formule se cache la première exploitation viticole d’Amérique du Nord, gérée par des autochtones, sur leurs terres, et l’une des plus anciennes de Colombie-Britannique.

« Notre entreprise inspire d’autres nations désireuses de planter de la vigne et de produire du vin », annonce fièrement Clarence Louie. Il n’est pas seulement chef de la communauté indienne, forte de 400 membres. Il est aussi un homme d’affaires chevronné : président-directeur général de Osoyoos Indian Band Development Corporation, il a été élu entrepreneur autochtone de l’année il y a dix ans.

Une communauté indienne ouverte sur l’international

Cette société intégrée à la communauté est propriétaire à 51 % les chais de Nk’Mip, qui réunissent depuis 2002 dans un même lieu, fermentation, vinification et espace dégustation-vente. Les 49 % restant étant détenus par Vincor International – filiale de Constellation Wines –, le plus grand producteur de vin du Canada. La bande possède 1 250 acres (56 ha) de vignobles, cascadant sur un terroir aride mais favorable.

Dans cette partie de l’Okanagan, il fait chaud et sec plus que partout ailleurs au Canada. Alors, les viticulteurs s’appuient sur un système d’irrigation pour contrer l’évaporation. « Nous n’utilisons pas plus de 8 à 10 gallons (environ 40 l) d’eau par acre, 4 à 6 fois par an, après la fin du mois de juin », explique Sam Baptiste, qui travaille en lien étroit avec l’œnologue de la maison Randy Picton, un non-natif.

Outre une gestion raisonnée de l’eau, le domaine assure tendre vers une démarche biologique. Les vendanges sont réalisées à la main. En tout, 162 000 litres de vin sortent des chais chaque année. Certaines cuvées ont récolté une moisson de médailles dans des concours nationaux et internationaux.

Côté inspiration et savoir-faire, Sam Baptiste avouera qu’il en pince pour la France. « Deux de mes amis sont français, de Bordeaux, et notre premier verre de vin ensemble était un Pétrus 1981. » Mais pour lui, les viticulteurs forment avant tout une communauté mondiale. « J’ai fait mes études dans l’État de Washington et l’un de nos œnologues, un natif, finit les siennes en Nouvelle-Zélande ».

Du travail pour les natifs sans quitter la terre

Dans cette partie de l’Okanagan, la vigne était inconnue avant les années 60. Et en 1968, les traditions autochtones ne prédestinaient en rien les Amérindiens à en planter. Quarante ans après, Nk’Mip expérimente encore et s’essaie à de nouvelles variétés chaque année. « L’idée a grandi avec le simple désir des membres de la bande d’avoir du travail sur leurs terres », explique Chef Clarence. Quant aux chais Nk’Mip, ils sont nés de la volonté de nos viticulteurs, en particulier Sam, de concrétiser un vieux projet : associer la production de nos vins à une marque distinctive de la bande d’Osoyoos. »

Parmi les employés, 24 natifs travaillent sur les vignobles Nk’Mip et 50, pour Vincor International, sur les terres de la communauté. Un pourcentage du revenu net de l’activité est reversé à chaque membre de la bande sous la forme de dividendes.

Osoyoos Indian Band Develop-ment Corporation ne fournit pas seulement du travail et des revenus à son peuple sur la terre des ancêtres. Le site viticole fait marcher l’industrie du tourisme de la vallée sud de l’Okanagan, dont il est une des plus grosses attractions. Car depuis 2002, le projet autochtone a fait des petits : un complexe hôtelier comprenant piscines, spa, golf et un centre culturel du désert se déploie en balcon entre les montagnes et le lac Osoyoos, au cœur d’une zone écologique aussi diversifiée que sensible. Les établissements de NK’MIP font partie du réseau de Aboriginal Tourism BC qui fédère 60 entreprises touristiques de Colombie-Britannique gérées par des autochtones sur leurs terres. Une économie en plein essor depuis cinq ans.

Mais au sein de la nation, tout le monde ne partage pas la vision d’Osoyoos Indian Band Development Corporation. « Il y aura toujours des gens pour dire non, tranche tout de go Chef Clarence. Dans ce genre de projet à long terme, il ne faut pas attendre un consensus au sein de la communauté, mais travailler avec la majorité qui l’approuve. » Après tout, les rivalités internes et les divergences d’opinion font le sel des affaires dans une entreprise.

« Tout le monde dans notre communauté n’approuve pas ce que nous avons réalisé. Mais nous requérons une majorité des habitants pour prendre nos décisions (50 % + 1). Je crois que la plupart d’entre nous sont fiers de ce qui a été fait. D’ailleurs, beaucoup de bandes autochtones viennent nous voir et étudier notre modèle et savoir-faire. Au final, je crois que nous avons vraiment amélioré la situation de notre bande ».

Les Amérindiens d’Osoyoos veulent inspirer les natifs qui ont des rêves pour leur nation. Pour autant, « ils ne doivent pas attendre que les opportunités viennent à eux, ils doivent aller les chercher », conseille Chef Louie. Entrepreneur, mais chef avant tout. Comme ses ancêtres, il travaille dur pour relier les hommes à leur terre… afin qu’ils y restent.

Nathalie Alonso

Avec l’appui de Aboriginal Tourism BC.



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