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Vendredi 21 décembre 2012

Les nouvelles vies de l’or

Les nouvelles vies de l’or

On connaît l’or en tant que métal utilisé en joaillerie, valeur refuge pour les marchés financiers, ou conducteur pour circuits imprimés dans nos téléphones. Mais les propriétés de ce métal, alliées au développement des nanotechnologies, en font un espoir pour de nombreux enjeux de ce début de XXIe siècle, qu’ils soient médicaux, technologiques ou environnementaux.

L’or possède des propriétés fascinantes. Il est malléable, ductile (ne se rompt pas si on l’étire), conductible et quasiment inaltérable. Ceci, associé à sa couleur rappelant celle du soleil, explique qu’il ait pu représenter le divin dans diverses civilisations, par exemple chez les Égyptiens ou encore les Incas. Sa rareté lui donne encore plus de valeur, ce qui justifie son utilisation dans la fabrication de bijoux ainsi qu’en tant que garant des réserves des banques centrales.

Médecine

Ce que l’on sait moins, c’est que l’or est utilisé depuis près de 5 000 ans en médecine, notamment dans la médecine chinoise traditionnelle. Le développement exponentiel des nanotechnologies lui offre aujourd’hui une place plus importante dans ce secteur. Depuis le début des années 2000, des chercheurs de diverses universités, tant en Chine qu’aux États-Unis, expérimentent l’action de nanoparticules d’or sur des cellules cancéreuses.

Concrètement, les nanoparticules d’or sont utilisées comme des porteurs pour véhiculer les traitements puis pour cibler les cellules cancéreuses. Cela permet une précision jamais atteinte, et laisse intactes les cellules saines. Cette fonctionnalité de l’or est possible grâce à la grande tolérance du corps humain vis-à-vis de ce métal qui ne s’oxyde pas et qui n’est pas altéré par l’action des bactéries. Il peut donc survivre longtemps tout en restant efficace dans notre corps.

En plus de ses qualités curatives, l’or peut également être utilisé à des fins de diagnostic. La quantité d’or nécessaire est alors minime (nanoparticules) et peut se conserver dans des conditions climatiques difficiles. Il existe déjà des tests de grossesse commercialisés par la compagnie américaine Church & Dwight (Trojan, Nair, Oxy-Clean, etc.). On greffe sur les particules d’or une séquence d’ADN qui reconnaît la présence d’hormones de grossesse, ce qui permet une évaluation a priori rapide et fiable. Autre exemple : Point-Care Technologies Inc. est une société américaine qui produit du matériel médical visant à améliorer l’efficacité des diagnostics parmi les populations défavorisées. Elle commercialise en Afrique à moindre coût un kit de diagnostic du sida qui détecte le niveau d’avancement de la maladie et permet d’adapter le traitement.

Technologies

L’or pourrait également venir au secours d’Apple et de ses concurrents. Le marché des écrans tactiles comme l’iPhone, ou ceux à encre digitale comme les lecteurs e-books, est en plein essor. Jusqu’à présent, les fabricants de ces écrans utilisaient un métal nommé indium. Mais les réserves ne sont pas éternelles et on estime qu’elles seront épuisées d’ici 15 ans. L’or est le candidat favori à sa succession. En effet, les films constituant ces types d’écran doivent être hautement conductibles. Les nanoparticules d’or permettent d’atteindre cet objectif, à moindre coût encore une fois. Des essais sont donc en cours pour développer un nouveau type d’écrans tactiles.

À bien plus long terme, des chercheurs envisagent d’utiliser la « lumière » produite par l’or comme source d’énergie remplaçant l’électricité, notamment dans le secteur de l’informatique. Cette énergie serait beaucoup plus abordable, ce qui permettrait d’améliorer grandement la puissance des ordinateurs sans atteindre des coûts faramineux. Cela ressemble pour l’instant à de la science-fiction mais reste toutefois une piste sérieuse de recherche.

Environnement

Enfin, comment parvenir au développement durable ? Au-delà des disputes idéologiques, de nombreux chercheurs et petites entreprises mettent en place des solutions concrètes pour améliorer ou du moins éviter de détériorer notre environnement. Cela passe par le traitement de l’eau, la détection des polluants, le traitement des déchets d’usine, les techniques de recyclage, etc.

La qualité de l’air, en particulier, est un souci constant. Les États-Unis utilisent de plus en plus le charbon pour produire de l’électricité. Or sa combustion dégage des émissions de mercure dans l’atmosphère – 50 tonnes par an dans le monde. De plus, le mercure a été lié au déclenchement de la maladie d’Alzheimer. Les États-Unis doivent donc trouver un moyen qui leur permettrait d’en limiter la production tout en continuant à utiliser la combustion du charbon.

C’est là que les nanoparticules d’or entrent en jeu : elles agissent comme des catalyseurs de l’oxydation du mercure. Celui-ci est donc rendu inoffensif. Le même effet semble être obtenu sur certains polluants de l’eau, comme les pesticides. Des études sont donc en cours pour manufacturer et commercialiser des traitements de l’air et de l’eau.

150 ans après le début de la ruée vers l’or, l’intérêt pour ce métal noble est toujours intact. ■

Marina Jolly

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