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Vendredi 7 juin 2013

Les maisons Specials remises au goût du jour

Les maisons Specials remises au goût du jour

Dans le Grand Vancouver, il existe des milliers de Specials, ces maisons construites entre 1965 et 1986, toutes sur le même plan. Ce type de construction caractéristique de la région a été très critiqué, jusqu’à ce que la municipalité de Vancouver interdise le modèle.

Un toit très tassé à deux pans, une forme parfaitement rectangulaire, des briques apparentes qui courent jusqu’à l’étage, un balcon qui longe la façade, pas de sous-sol. Pendant deux décennies, les Vancouver Specials ont proliféré dans presque toutes les zones résidentielles de la ville.

Au milieu des années 1960, une vague migratoire sature la demande de logements. Les nouveaux arrivants rêvent d’acquérir une propriété. Et ils savent ce qu’ils veulent : grand et pas cher. Pour s’emparer du marché, les promoteurs immobiliers ont dû créer la maison la plus spacieuse possible à coûts réduits, tout en respectant le plan d’occupation des sols dicté par la ville. Les Vancouver Specials ou la solution miracle. Hauteur, largeur, distance avec les maisons voisines, facile à bâtir, bon marché – 350 dollars le mètre carré.

Une fois le prototype validé, les carnets de commandes ne désemplissent pas. À l’intérieur, l’espace est découpé de façon similaire : le rez-de-chaussée est aussi bien aménagé que le premier étage, si bien que les occupants le louent souvent pour couvrir leur crédit immobilier. Parfaites pour un premier achat, les Vancouver Specials ont servi de tremplin à la propriété pour beaucoup de familles hong-kongaises et italiennes dans les années 1960 à 1980. À la mairie, les permis de construire sont distribués à volonté. « Pas de problème, nous connaissons ce type d’habitation », devenait la réplique habituelle précédant le coup de tampon. Plus de 10 000 Specials sont sorties de terre en une vingtaine d’années. En 1990, elles représentaient environ 10 % des maisons individuelles du Grand Vancouver.

Une fin annoncée

Si la prolifération des Vancouver Specials permet de faire face au flux de nouveaux arrivants, les populations locales n’apprécient pas le design des Specials. Pour elles, ces maisons défigurent la ville et leurs quartiers. On parle de « junk-food architecture », mais tout le monde sait que les critiques ont aussi un rapport avec l’arrivée massive d’étrangers. Pour contrer la contestation, les propriétaires de Specials montent une campagne baptisée « I love my Special ».

Au début des années 1980, l’Architectural Institute of BC et la Vancouver League for Studies in Architecture cherchent à moderniser les plans de la Special. Ils organisent une compétition entre professionnels. Si de nouvelles idées sont alors ressorties, le modèle initial avait de toute façon déjà conquis l’ensemble du territoire vancouvérois. En 1986, la municipalité décide finalement d’interdire la construction de ces logements. Sa méthode : elle modifie le plan d’occupation des sols, et empêche de facto les promoteurs de construire des maisons aussi larges.

Une Special relookée

La revanche des Vancouver Specials fermente depuis une dizaine d’années. Stephanie Robb, du bureau d’architecture vancouvérois Pechet & Robb, a redoré la réputation de ces habitations. Ses créations sont toujours inspirées de la même idée : partir d’un matériel architectural ordinaire, voire dénigré, et le transformer pour le faire renaître.

Dix ans plus tôt, vouloir restructurer une Special était considéré comme une aberration. Son projet faisait d’ailleurs sourire les architectes de la ville. Elle a aussi dû négocier une année entière avec la municipalité pour la convaincre que son idée était réalisable. En 1999, elle acquiert sa première Vancouver Special à Granview Woodlands, près de Commercial Drive. Elle modernise le pavillon : elle ouvre les espaces à l’intérieur et dégage de grandes entrées de lumière – notamment en créant un mur transparent côté jardin. Les cadres et les poutres en bois, cachés par des revêtements, sont également mis à nus.

En recyclant les matériaux déjà présents et en combinant le design à l’art, elle rend l’inesthétique tendance et transforme le décrié en très recherché. Pionnière dans la rénovation de ce type de résidence, son bureau a représenté le Canada lors de la Venice Biennale in Architecture en 2005. La même année, sa création – baptisée Lakewood Residence – remporte la récompense Innovation du Lieutenant Gouverneur de Colombie Britanique en architecture.

Stephanie Robb a finalement gagné la reconnaissance de ses pairs et les Vancouver Specials sont aujourd’hui prisées par des acheteurs désireux de rénover les lieux. Ces nouveaux propriétaires sont attirés par la facilité avec laquelle les Specials peuvent être personnalisées. Ce qui n’est pas le cas avec les bâtisses anciennes. La Lakewood Residence a, en quelque sorte, renversé la vapeur en faisant de la Vancouver Special « la maison du choix absolu ».


Fanny Abes

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