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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Les jardins de demain

Les jardins de demain

Dans quelques années, les images aériennes pourraient donner un aperçu des villes britanno-colombiennes bien différent de celui d’aujourd’hui. Nos toits d’immeubles ne seront peut-être plus gris ou noirs, mais probablement verts ! Une nouvelle technique, déjà très répandue en Europe, est en effet à l’étude et se développe rapidement : les toits végétalisés.

Il y a comme un air de jardin à l’anglaise, fleurissant entre les tours de verre du centre-ville de Vancouver. Au troisième étage de l’Hôtel Fairmont-Waterfront, plus de 75 variétés d’herbes, de plantes et de fleurs s’étendent sur deux terrasses de 2 100 pieds carrés chacune. En toutes saisons, cette culture champêtre urbaine fournit aux cuisines de l’hôtel de quoi préparer des sorbets à la rose, des chocolats à la lavande, et même des truffes au miel, produit par les 500 000 abeilles nouvellement arrivées sur les lieux.

« Les avantages sont multiples, avance Graeme Evans, responsable du personnel de ménage, et désormais apiculteur de l’hôtel. Nous économisons entre 16 000 et 20 000 dollars par an en achat d’herbes aromatiques. C’est aussi une expérience unique pour nos clients de voir pousser sur le toit ce qui va finir dans leur assiette. Et nous pensons évidemment aussi, comme chaque hôtel Fairmont, à réduire notre empreinte écologique. »

Ici, sur l’un des plus vieux toits végétalisés de Vancouver, on a en quelque sorte appliqué le concept des Jardins suspendus de Babylone, version contemporaine. Perchés non pas sur les terrasses d’un palais, mais en haut de gratte-ciels, de maisons, d’immeubles industriels ou commerciaux, ou encore de parkings, ce type de toits sur lesquels poussent arbres, plantes ou fleurs ne relèvent plus du mythe. Les exemples se multiplient à travers la province, où l’on en compterait une soixantaine. Les casernes de pompiers à Richmond, un refuge pour animaux à Whistler, les locaux de la Gendarmerie royale du Canada à Sechelt, ou tout dernièrement le nouveau Centre de Convention à Vancouver, entre autres, ont adopté cette architecture verte.

De nombreux avantages

Le marché se développe progressivement, et ce notamment grâce aux données fournies par le Centre for Architectural Ecology, ouvert en 2002 sous l’impulsion de l’architecte Maureen Connelly. Située sur le campus Great Northern Way du British Columbia Institute of Technology (BCIT), la petite baraque, où s’est développé le centre de recherches, est à elle seule un véritable outil d’études et d’expérimentations. Nicolas Rousseau y travaille comme ingénieur horticole et assistant chercheur. Selon lui, l’un des principaux objectifs de ces nouveaux jardins est de recréer un écosystème semblable à celui dans la nature : « Les toits sont autonomes, les plantes locales s’équilibrent entre elles. Cela permet de recréer une biodiversité naturelle, et des couloirs migratoires pour certaines espèces animales qui pourront désormais s’y poser et s’y nicher. »

Mais pas seulement : d’après leurs études, un jardin en hauteur va aussi avoir un effet dépolluant, puisque les plantes vont pouvoir absorber le CO2 retenu dans l’air. Une technique qui trouve écho dans la volonté politique du maire de Vancouver, par exemple, de rendre la ville plus environnementale. Un concessionnaire automobile de Vancouver s’est même fait installer un toit végétalisé. Certainement pour donner une image verte à ses voitures.

Le choix est donc peut-être politique, ou commercial, mais les bénéfices sont multiples. À court terme, le grand défi est de réduire les ruissellements des eaux de pluie. « Comme tout est imperméable en ville, les canalisations se trouvent débordées dès que les pluies sont abondantes. Les plantes situées sur les toits végétalisés permettent d’absorber l’eau et de l’évacuer petit à petit, régulant ainsi le flux hydrique », précise encore Nicolas Rousseau. Il y a aussi le côté esthétique. Ou encore économique : en été, la chaleur pénètre moins dans les bâtiments, ce qui réduit la consommation de la climatisation. D’autre part, un toit végétalisé va protéger la membrane étanche des toits, particulièrement dispendieuse, ce qui double leur durée de vie. Et enfin, il sera possible, à l’image de l’Hôtel Fairmont, de faire pousser son potager sur son toit.

S’adapter au climat

Étant donné le climat pluvieux de la région, le Centre for Architectural Ecology a défini qu’il fallait principalement utiliser diverses herbes et sedums (plantes grasses) qui n’ont pas besoin de beaucoup plus d’eau que les précipitations naturelles pour survivre par elles-mêmes. Ici, on étudie donc les toits dits extensifs : une quantité de terre peu élevée, entre 7 et 15 cm, peu d’entretien. Légers, aérés, ils peuvent ainsi s’adapter aux toits déjà construits. À l’inverse des toits végétalisés dits intensifs, où l’on plante des arbres dans une grosse quantité de terre, ce qui implique un entretien lourd et régulier, ainsi qu’un toit à l’origine très résistant, ou tout du moins renforcé. Entre les deux options viennent se placer les toits dits semi-intensifs, caractérisés davantage par des buissons et plantes moyennes.

« Les barrières que nous avons pu rencontrer jusque-là dans le développement de cette technique étaient liées au manque de données dans la région dans laquelle nous vivons, poursuit l’ingénieur. Les toits végétalisés existent depuis des années en Europe, surtout en Allemagne. Mais les données sont essentiellement liées au climat, évidemment différent du nôtre. Il fallait donc développer la recherche ici, de manière à obtenir des données applicables à la Colombie-Britannique. »

C’est chose faite, et le centre souhaite désormais s’attaquer à l’étude des murs végétalisés.

Sophie de Kepper

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