« Avez-vous n’importe quel vin du vignoble Burrowing Owl ? » Voici LA question en vogue depuis que je travaille dans le vin à Vancouver.
Burrowing Owl résonne dans la tête de bien des amateurs de vins. Vignoble phare le plus convoité de la province, il est situé au sud d’Oliver, près du Lac Osoyoos. Il est aussi l’un des plus visités et des plus adulés par les Britanno-Colombiens. La raison ? Il y a quelques années, Burrowing Owl a acquis une grande notoriété grâce à la presse vinicole qui loua ses vins à travers des notations élevées. Orienté par le choix et les recommandations des critiques, l’amateur de vin s’est laissé séduire par certaines cuvées du vignoble, comme le cabernet franc, le Meritage (assemblage bordelais) ou encore le merlot.
Autre vin culte de Colombie-Britannique : Nota Bene, du vignoble Black Hills. Voisin de Burrowing Owl, le domaine élabore chaque année un Meritage baptisé Nota Bene. Il déchaîne les passions et éveille une certaine frénésie d’achat, et ce pour les mêmes raisons que Burrowing Owl. Citons également Oculus, la cuvée haut de gamme du célèbre vignoble Mission Hill à Westbank, ou encore le pinot noir de Blue Mountain et sa cuvée Stripe Label, et j’en passe…
Pour avoir goûté à plusieurs reprises les vins précédemment cités et dans différents millésimes, il s’avère que, considérant le prix payé pour acquérir une bouteille dans le but de la laisser vieillir quelques années, l’investissement n’en valait pas vraiment la peine. Il faut compter entre 35 dollars, au minimum, et 70 dollars pour mettre la main sur l’un de ces vins-cultes. Pour tout amateur qui se respecte, la règle est d’être prêt à investir dans une bouteille pour la garder quelques années dans sa cave, et avoir le plaisir de déguster le vin à son apogée.
Il ne faut pas oublier que les vignobles de la Vallée de l’Okanagan sont jeunes (15 ans en moyenne). Ce qui fait que les vignes ne sont pas à même de produire des vins complexes, d’une grande profondeur, comme ceux issus de vignes plus vieilles. Les vignerons le savent bien, et pour créer l’effet de grande cuvée, ils vont avoir tendance à élever leur vin haut de gamme en barriques de chêne neuf pour obtenir plus de matière et de corps au détriment des arômes de fruit, avec un goût de boisé bien trop puissant. Cet élevage représente un certain coût que les vignobles doivent amortir en gonflant leurs prix.
Si dans leur jeunesse ces vins iconiques sont puissants et complexes, la plupart d’entre eux ne tient pas la route après quelques années en cave (5-10 ans). La plus grande complexité liée au vieillissement que nous attendions n’est pas au rendez-vous ; certains vins sont même oxydés ou encore fatigués (sans aucun arôme). Quelle déception pour l’amateur d’avoir attendu si longtemps pour un tel résultat ! Nombreux sont ceux (amateurs mais aussi professionnels du vin) qui en ont fait l’expérience. C’est à ce moment-là que de plus en plus de gens remettent en question leurs habitudes d’achat de vins haut de gamme, soit en s’orientant vers de meilleurs rapports qualité-prix, soit en décidant de boire leurs grands vins dans des délais plus brefs.
Au prix où se vendent déjà les vins fins de Colombie-Britannique, c’est à se demander s’il n’est pas préférable de s’orienter vers des vins d’autres pays. On peut dégoter de très belles cuvées du Vieux Continent à des prix similaires, sinon moins chers, et qui se gardent en général plus longtemps. Si vous souhaitez vous constituer une section Colombie-Britannique dans votre cave à vins, je vous conseillerais de la limiter à quelques bouteilles par vin et d’assurer un roulement régulier de consommation.
Trop souvent des clients viennent me faire part de leur regret d’avoir acheté dans le passé des caisses entières de ces vins et d’avoir attendu trop longtemps avant de les boire, simplement en méconnaissance de cause. Bon conseil du sommelier : si vous avez les moyens de vous offrir la crème des vins de Colombie-Britannique, n’attendez pas trop longtemps pour les boire. Un bon passage en carafe et un accord avec un mets en harmonie suffira à vous procurer le plus grand des plaisirs gastronomiques.
Igal Amsallem


