Du 19 au 22 octobre s’est tenu à Vancouver le 24e Congrès sur l’énergie éolienne, organisé par CanWEA, l’association canadienne de l’énergie éolienne. Industriels, représentants des gouvernements provinciaux et associations ont exprimé leurs vues sur un secteur prometteur. Si des régions telles que le Québec ont fait du vent une de leurs priorités en matière d’énergie pour l’avenir, il reste à l’état embryonnaire en Colombie-Britannique. Paradoxal pour une province avec l’un des potentiels les plus élevés du Canada ? Cela reste à voir.
Parcourir la Colombie-Britannique est un véritable plaisir pour les yeux. Une diversité de paysages s’offre à nous. Mais s’il y a bien quelque chose que l’on est quasiment sûr de ne pas croiser parmi les monts et les vallées, ce sont bien des champs d’éoliennes. Et pour cause, seule une turbine, assemblée en octobre dernier, se dresse fièrement dans la région de Peace River. Et il faudra encore attendre 2009 pour espérer voir tourner les ailes de cet engin.
Contrairement à son voisin l’Alberta, premier producteur d’énergie éolienne au Canada – près de 524 MW –, pas un seul mégawatt produit en Colombie-Britannique ne provient du vent. Et pourtant, comme le soulignait Robert Hornung, président de CanWEA, lors de la conférence d’octobre dernier, « la province bénéficie d’une ressource abondante, la plus élevée du Canada ». Ainsi, selon une étude menée en 2005 par Garrard Hassan, société d’expertise sur l’énergie éolienne, le potentiel éolien de la Colombie-Britannique serait de 3 500 MW on-shore et 1 500 MW off-shore.
Outre la forte exposition de la région aux vents, le complexe hydroélectrique qui prévaut ici serait un champ d’action idéal pour développer le secteur éolien, ces deux sources d’énergie étant complémentaires. « Il est facilement possible de varier la quantité d’énergie hydrique produite ; cela permet de compenser les trop grandes variations de production de l’énergie éolienne, qui résultent des variations de la force du vent », explique le Dr. Hisham Zerriffi, assistant professeur au Liu Institute for Global Issues. Néanmoins, selon Hornung, « ce potentiel reste encore non valorisé. »
« Nous avons été bénis par un énorme système hydroélectrique, construit dans les années 1960, dans la région de Peace River, dans le Nord de la Colombie-Britannique. Ceci a permis de générer une grande quantité d’électricité, à des prix très bas », avançait Richard Neufeld, ministre provincial de l’Énergie et des Ressources minières et pétrolières, pour justifier le monopole de l’hydroélectrique dans la province. Le Dr Ziad Shawwash, du département du Génie civil à UBC, confirme ce point de vue. Selon lui, la province a pu profiter pleinement de cette ressource hydrique naturelle, étant une des sources d’énergie la plus fiable et la moins coûteuse.
Si Sean Whittaker, vice-président de CanWEA, abonde dans ce sens et admet le coût supérieur de l’éolien sur l’hydrique, il rappelle cependant qu’il est indispensable aujourd’hui de ne pas privilégier une source d’énergie par rapport à une autre. « La diversité des ressources est très importante et peut permettre de se prémunir contre les fluctuations du coût de l’énergie et les variations climatiques », explique ainsi Ziad Shawwash.
La publication des deux plans énergétiques de 2002 et 2007, qui visent entre autres à développer les énergies propres et réduire les émissions de gaz à effet de serre, montre une volonté du gouvernement provincial d’aller dans le sens d’une plus grande diversification. C’est dans ce cadre que BC Hydro a lancé, en 2006 et en 2008, deux appels d’offres à l’intention des producteurs indépendants d’énergie, dans le but de favoriser le développement des énergies renouvelables dans la province. « C’est un grand pas de franchi. Les producteurs indépendants d’énergie sont désormais dans une logique de concurrence amicale avec BC Hydro, alors qu’ils avaient auparavant beaucoup de difficultés à traiter avec la compagnie étatique », se réjouit Peter Ronald, de la BC Sustainable Energy Association.
Dans ce sens, afin d’encourager le développement de projets éoliens, le gouvernement a instauré depuis 2006 une politique permettant de louer plus facilement les terres étatiques. Ainsi, une exonération de loyer de dix ans est accordée pour les projets éoliens. Et, à partir de la onzième année de présence sur le territoire, le tarif de location varie selon la production annuelle d’électricité.
Des difficultés persistantes
Développer des projets éoliens dans le giron de BC Hydro est pourtant loin de faciliter la tâche des producteurs indépendants. Pour pouvoir faire valider leur projet, les entreprises doivent jongler avec une multiplicité de formalités administratives. Selon CanWEA, en Colombie-Britannique, 73 licen-ces, permis et approbations différents doivent être obtenus auprès de 23 institutions et agences environnementales. « Bien sûr, il faut être en conformité avec le règlement, cela permet de garantir de bonnes installations, concède Sean Whittaker. Mais les licences requises augmentent d’une année sur l’autre. Et il existe un chevauchement entre plusieurs processus : la province et la municipalité vont exiger des normes différentes que celles requises au niveau fédéral. »
Maura Macdonald, directrice de projet chez Finavera Renewables voit plutôt ça comme une formalité à respecter. « L’un des défis que nous devons surtout relever est l’acheminement de l’énergie produite. Nous devons payer une taxe à BC Transmission Corporation, détentrice du réseau de transmission », explique-t-elle. Et quand le réseau existe ! Les endroits qui pourraient permettre l’accueil de champs d’éoliennes – le Nord de l’île de Vacouver, la région de Peace River, la Vallée du Fraser et le Nord de la côte – sont en effet isolés de celui-ci. Y construire des lignes haute-tension serait une tâche ardue et coûteuse ; sans compter les infrastructures nécessaires au chantier. Comme l’affirme Steve Davis, président de l’association des producteurs indépendants d’énergie de Colombie-Britannique, le financement des projets est l’un des principaux problèmes rencontrés par les producteurs indépendants : « Le gouvernement fédéral apporte des soutiens financiers, mais aucune aide directe ne provient du gouvernement provincial. »
Le 5 novembre dernier, la firme EarthFirst, à l’initiative du Projet Dokie I – en construction depuis mai 2008 dans la région de Peace River – a d’ailleurs été mise sous protection juridique. Le projet connaît en effet certaines difficultés financières depuis que le potentiel de production d’énergie des installations a été revu à la baisse de 2 % en août dernier. Dans un communiqué de presse, la firme explique que les fonds dont elle dispose ne lui permettent pas actuellement de pourvoir à ses engagements en terme de construction du projet.
Ce projet faisait partie des 38 retenus, dont seulement trois éoliens, par BC Hydro, lors de l’appel d’offres lancé en 2006. Les résultats de celui lancé cette année seront publiés le 25 novembre. Ils révèleront alors, si oui ou non, la Colombie-Britannique fait de l’éolien une de ses priorités pour l’avenir en terme d’énergie.■


