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Vendredi 24 mai 2013

Le parti de Gordon Campbell « allait le pousser vers la sortie de toute façon »

Le parti de Gordon Campbell « allait le pousser vers la sortie de toute façon »

Fronde anti-taxe, démission du Premier ministre, retour spectaculaire de Bill Vander Zalm sur la scène politique, incertitudes du côté de l’opposition… Nous avons demandé à Doug McArthur, professeur émérite de Politiques publiques à l’Université Simon Fraser et ancien ministre du Nouveau Parti Démocratique – aujourd’hui indépendant – de décrypter les récents événements politiques qui secouent la province.

LEP | Comment expliquez-vous le rejet massif de la Taxe de Vente Harmonisée (TVH) par les Britanno-Colombiens ?

D.M.A. | On peut débattre pour savoir si cette taxe était une bonne mesure politique, si oui ou non c’était le bon moment de l’implanter. Le problème de la mise en place de la TVH reste la méthode. Le gouvernement a clairement travaillé dessus avant les élections, sans prendre soin d’en avertir son électorat, puis a annoncé son instauration juste après avoir été réélu. Par ailleurs, il a manipulé des informations et n’a pas clairement dit aux gens la vérité sur le budget avant les élections. D’où le rejet de cette taxe, imposée rapidement et sans consultation. Les gens se sont sentis trompés, ils ont compris qu’ils avaient été bernés et que la Taxe de Vente Harmonisée était prévue de longue date.

LEP | L’annonce de Gordon Campbell, fin octobre à la télévision, d’une baisse d’impôt suffisait-elle à calmer les esprits ?

D.M.A. | Non, car là encore, cette baisse d’impôt a été considérée comme une manipulation. Cette mesure avait pour but de regagner la confiance des gens, d’essayer de passer pour quelqu’un de bien après avoir menti. Le mal était déjà fait. Personne n’a voulu avaler ça. Considérant qu’il savait que cette taxe était une erreur et qu’il ne pouvait continuer sur cette ligne, j’ai trouvé ce passage télévisé et cette proposition étonnants. Quand on connaît et comprend le système politique, il était évident que cette annonce n’aurait aucun effet sur les gens.

LEP | Dans ces conditions, sa démission était-elle inéluctable ?

D.M.A. | Les gens peuvent être frustrés, en colère, mais le pire pour un politicien est de perdre la confiance des citoyens. Il savait qu’il devait partir. Son parti allait le pousser vers la sortie de toute façon – et je le dis en tant qu’analyste – pour de très bonnes raisons. Plus personne ne lui faisait confiance en tant que leader. Peut-être espérait-il pouvoir trouver des combines pour prolonger un peu plus longtemps, mais au fond il n’avait pas le choix.

LEP | Le référendum sur la TVH annoncé en septembre 2011 n’a donc plus grand sens, Peut-il encore être maintenu ?

D.M.A. | Ce serait en effet étrange de le maintenir, je ne pense pas qu’il verra le jour. D’autant que le nouveau leader du parti libéral va devoir se débarrasser de ce fardeau politique qu’est la TVH. Je pense que cette taxe va disparaître bien avant septembre prochain, date à laquelle le référendum devait avoir lieu. Il aurait dû le faire plus tôt. Cela va maintenant être plus compliqué et plus douloureux pour les libéraux.

LEP | Justement, qui va se poser en nouveau leader ?

D.M.A. | C’est une question compliquée. Le parti libéral va d’une part rechercher quelqu’un de nouveau au sein de sa formation, certainement quelqu’un qui n’a pas soutenu cette taxe. Cela va être très dur de démêler le problème, de réparer le désordre créé par l’introduction de cette taxe et aussi d’essayer de redresser les finances de la province. Certains vont soutenir Diane Watts [actuelle maire de Surrey qui a d’ores et déjà indiqué qu’elle n’était pas intéressée] pour sa fraîcheur, d’autres Blair Lekstrom [indépendant] qui s’était opposé à cette taxe. D’autre part, certains vont penser qu’ils ont besoin d’un ministre expérimenté pour relever ce défi et se sortir de cette période traumatique, et se tourneront alors vers Kevin Falcon [actuel ministre de la Santé].

LEP | L’élection d’un leader, qui apporterait un nouveau souffle au sein du parti libéral, n’est-elle pas un cadeau empoisonné pour l’opposition ?

D.M.A. | Le Nouveau Parti Démocratique (NPD) va devoir composer avec ça. Avec 48 à 49 % d’opinions favorables, ses représentants devraient être contents puisqu’ils ont une part de responsabilité dans le départ de Mr Campbell. Ils vont devoir avancer et mettre en place des propositions claires. C’est le danger. Beaucoup de membres du NPD se plaignent depuis longtemps. C’est le moment de se pencher sur le rôle de Carole James. Je pense qu’elle souhaite être Premier ministre. Les membres du NPD vont devoir avancer avec elle ou partir. L’opposition ne peut pas fonctionner avec des remises en question constantes des règles et de la direction du parti. Ma prédiction est que les dissidents vont disparaître et se retrouver hors du NDP. Dans l’histoire, on s’aperçoit que la plupart des politiciens qui ont marqué leur différence et leur manque de fidélité au sein d’un parti finissent par disparaître après un court moment d’attention.

LEP | Revenons-en au mouvement anti-taxe. Comment expliquer le succès de ce mouvement et que penser de Bill Vander Zalm, ancien Premier ministre à l’origine de la pétition contre la TVH qui a recueilli plus d’un demi-million de signatures ?

D.M.A. | Au sujet de Bill Vander Zalm, c’est un excellent politicien. Il s’est aperçu que le gouvernement était vulnérable et a profité de cette faille pour le critiquer et le combattre. Il est, en ce sens, très intelligent. C’est ce qu’on appelle un politicien populiste qui a compris jusqu’où les gens étaient prêts à aller. Il a très vite saisi l’anxiété et la colère des citoyens. Bill Vander Zalm a réagi très vite. Il avait mis le gouvernement libéral à terre, avant même que celui-ci s’en aperçoive.

LEP | La presse a souvent comparé ce mouvement anti-taxe à celui des mouvements anti-fédéralistes, les Tea parties récemment apparus aux USA. Cette comparaison vous semble-t-elle justifiée ?

D.M.A. | C’est une très mauvaise comparaison. Il n’y a pas d’équivalent dans la société britanno-colombienne. Les membres des Tea Parties sont profondément en colère contre l’évolution de la société actuelle. Nous n’avons pas ça en C.-B. Les Canadiens sont, je pense, satisfaits de l’action de Stephen Harper. Ils ne le soutiennent pas forcément évidemment, mais on ne retrouve pas cette colère. Ils en veulent seulement à Gordon Campbell. Ce n’est pas une révolte anti-taxe, il faut faire la différence, même si le conflit s’est focalisé là-dessus. Le terrain est actuellement propice à l’émergence de partis d’opposition type Tea Party. D’un autre côté, on s’aperçoit que des tentatives de créer des partis très à droite ont toujours existé mais elles n’ont jusqu’alors pas remporté un grand succès.■

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