Le COVAN se targue de présenter en février 2010 des Jeux olympiques « propres », sans dopage. De gros moyens logistiques seront déployés pour mener à bien cette mission, placée notamment entre les mains de la célèbre Dr Ayotte et de son équipe montréalaise, réputées pour avoir épinglé de grandes figures du monde sportif.
Il serait déraisonnable de la part des athlètes de jouer avec les produits dopants. Et avec Christiane Ayotte ! Directrice du laboratoire antidopage à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) – Institut Armand Frappier, à Laval au Québec, elle sera présente à Vancouver avec une quarantaine de chimistes, biologistes et étudiants pour la durée des Jeux olympiques l’hiver prochain. Toute l’équipe investira les locaux d’un nouveau laboratoire antidopage de 15 000 pieds carrés, construit pour l’occasion à l’Anneau de Richmond, où se dérouleront les épreuves de patinage de vitesse.
« Nous mettrons en œuvre tous les moyens humains et matériels possibles en accord avec les Comités internationaux olympiques et paralympiques », assure Jeremy Luke, directeur du programme de contrôle antidopage au COVAN. Ce qui signifie : un nombre de tests en hausse, des outils technologiques et scientifiques de pointe, une équipe de choc, celle du Dr Ayotte, la seule au Canada accréditée par l’Agence mondiale de l’antidopage (AMA). Mais aussi 130 bénévoles « hautement expérimentés et entraînés » pour les prélèvements d’urine et de sang, ainsi que des escortes.
« Ces tests s’accompagnent de tout un programme d’éducation qui a d’ores et déjà démarré à destination du monde médical, des officiers de police et des frontières, de manière à ce qu’ils reconnaissent les outils et produits servant au dopage, poursuit M. Luke. Le but est de leur faire prendre conscience des dangers qui menacent non seulement l’intégrité des athlètes et du sport, mais aussi leur santé. »
Des dopants dangereux pour la santé
La liste des produits utilisés donne en effet la nausée. Plus d’une centaine de substances sont interdites. Les stimulants contre la fatigue mentale, pour les réflexes et la vigilance ; les narcotiques, contre la douleur ; les anabolisants pour développer la masse musculaire et aider à la récupération, de même que les hormones de croissance qui ont une « vertu » similaire ; l’insuline pour la mise en circulation, les euphorisants, la testostérone… « Certains sportifs ont même recours à des médicaments contre le cancer, s’alarme Christiane Ayotte. Derrière chaque cas de dopage, il y a des drames humains qui se jouent. »
C’est la raison principale pour laquelle Louise Lalonde, 59 ans, retraitée de la Ville de Montréal et commissaire international en vélo, a voulu apporter sa contribution comme bénévole aux Jeux olympiques, où elle sera responsable d’une station antidopage sur un site de compétition qui lui sera assigné. « Je suis dans le monde du cyclisme depuis 1968, toujours très pollué mondialement par le dopage. J’ai vu trop de sportifs drogués, devenir handicapés, mourir à 30 ans, regrette-t-elle. Je suis donc devenue agente de contrôle en 1982. Ce seront mes 4es Olympiques. Il n’y a pas de raison qu’un athlète qui a fait tant de sacrifices pour arriver à un haut niveau finisse deuxième toute sa vie, parce qu’il se fera toujours dépasser par un dopé. »
« Encore trop de cas »
Plus de 2 000 échantillons seront étudiés pendant la période des Jeux – 1 600 urinaires et 400 sanguins – ce qui demandera un travail ininterrompu, étant donné que les résultats doivent être délivrés dans les 24 heures après les prélèvements, le temps nécessaire à l’étude. Tous les échantillons vont être analysés pour toutes les substances connues. Les critères de sélection pour les tests sont préalablement définis par une entente entre l’AMA et les fédérations sportives. Donc cela peut être au hasard, uniquement les médaillés, ou encore les premier, troisième et cinquième d’une épreuve. Dans tous les cas, on ne sait jamais à l’avance sur qui ça va tomber.
Si jamais les tests se révèlent positifs à l’un des produits listés, la Commission médicale du CIO est informée ainsi que l’athlète, qui peut réclamer une analyse secondaire. « Il y a toujours un déni de la part du sportif qui refuse la fiabilité des tests, même si les résultats, sûrs, ont prouvé à deux reprises qu’il avait pris des produits dopants. Généralement, on a le droit à toute la cohorte d’avocats. Avec le temps, on a appris à développer certaines capacités en droit du sport », plaisante Christiane. Il arrive aussi parfois que l’athlète se déresponsabilise en affirmant n’être pas au courant… « La négligence n’est pas une excuse. Et on n’est pas au cirque. Les athlètes font figure de héros en ramenant des médailles à leur nation. Mais il y a aussi des sommes exorbitantes en jeu qui les empêchent de descendre de leur piédestal », accuse-t-elle.
On est tenté de penser que vu l’augmentation du nombre de tests, on dépistera davantage d’athlètes dopés. « Mais les sportifs prennent nettement moins de risques », nuance-t-elle. Si le monde du sport n’est pas encore totalement « nettoyé », on a compris qu’on ne pouvait plus laisser faire. Toutefois, Christiane estime qu’avec 25 ans de recul, le programme mondial antidopage n’est toujours pas suffisant : « Il y a encore trop de jeunes athlètes exclus de la compétition parce que leur entraîneur leur réclame des performances qui ont été préalablement établies par des sportifs dopés. Même si la lutte s’est intensifiée dans le monde, le sport de haut niveau reste entaché par de trop nombreux scandales. »
Sophie de Kepper







