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Samedi 4 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

La Game Girl

La Game Girl

Le jeu vidéo : un monde virtuel, masculin et violent qui aliène toute imagination ? Pas si sûr ! Gabriela Mejia, animatrice 3D depuis neuf ans, nous en dit plus sur ce milieu souvent méconnu du grand public.

Debout derrière sa table à dessin, Gabi donne en quelques secondes un effet de mouvement à son dernier personnage. Mordiller son crayon ; une manie qui l’aide à se concentrer. Toujours inspirée, elle enchaîne sur une nouvelle pose du héros, puis une troisième. On pourrait presque penser qu’il se déplace le long de la page. Mais le dessin reste pour elle la première étape car sa création sera bientôt animée par ordinateur, avant d’être intégrée dans le nouveau jeu vidéo pour lequel elle travaille. « Cette passion pour l’animation et le dessin me vient de l’enfance. Plus jeune, je m’amusais à reproduire les personnages de mes dessins animés préférés. Mais au départ je n’avais jamais pensé à en faire mon métier. »

Après l’école secondaire, Gabi est confrontée à un dilemme : se lancer dans l’art, un milieu plutôt bouché, ou suivre le chemin de ses parents en devenant architecte, tout en sachant qu’elle sera souvent frustrée de ne pas pouvoir exercer totalement sa créativité. Originaire du Salvador, elle s’installe à Vancouver en 1996. Son arrivée a alors tout changé. « Ça a été pour moi comme un déclic, une révélation. » Ville mondialement connue pour ses écoles de cinéma et d’animation numérique mais aussi pour ses studios de production, Vancouver est en effet un pôle de développement important de l’industrie du film et des jeux vidéos. La jeune femme s’engage alors dans de longues études, mêlant les beaux-arts, le cinéma et l’animation 3D.

Sa formation en poche, elle fera ses débuts dans un petit studio, avant de collaborer avec des employeurs plus importants. Le dernier ayant mis la clef sous la porte l’année passée, elle retravaille aujourd’hui pour une licence de moindre ampleur. Selon elle, l’avantage des grandes structures, c’est qu’elles ont ce qui se fait de mieux en matière d’outils technologiques. « C’est vraiment enivrant de pouvoir travailler avec les innovations dernier cri. En revanche, il y a une spécialisation importante dans les grands studios car le nombre d’employés y est plus élevé. Finalement, j’aime alterner en travaillant aussi pour des plus petits studios. Ici, la technologie n’est pas toujours de pointe, cependant on touche à plus de choses et on travaille de façon plus étroite avec les graphistes et les modélisateurs. Le manque d’outils peut être parfois frustrant, mais d’un autre côté, c’est l’occasion de faire preuve davantage de créativité pour le surmonter. »

L’imagination avant tout

Son carnet de croquis montre à lui seul sa façon de travailler. Rempli de petits personnages aux mouvements divers, de tentatives en noir et blanc ou en couleur, il est marqué par le travail de préparation avant la mise en 3D ; tablette graphique et stylet suivront. C’est ainsi que Gabi a participé à la réalisation de jeux vidéos comme Academy of Champions Football, Monster Lab ou encore FIFA Street. « Mon boulot, c’est le mouvement des personnages. La plupart du temps, j’interviens après le modélisateur 3D qui construit la structure et le graphiste qui s’attache à concevoir la texture (peau, vêtements…). Mais un personnage peut parfois repasser par la case texture avant de revenir vers moi, c’est là que le travail en équipe prend toute son importance. » Ce qui la motive le plus, c’est de créer quelque chose à partir de rien, de monter un projet en équipe et en temps limité. « Avoir un but à atteindre ensemble », dit-elle.

Le vrai défi de l’animateur 3D : réussir à cerner la personnalité des protagonistes du jeu : « J’ai aussi étudié la vidéo et le cinéma, ça m’aide beaucoup à comprendre les personnages, je dois alors faire correspondre leur démarche à leur caractère. Si c’est un monstre lent et massif, je le fait dandiner et trainer des pieds par exemple. » L’inspiration ? Elle la trouve partout : dans les films ou les autres jeux vidéos comme Shadow of the Colossus ou Ratchet & Clank. Aussi dans la musique, qu’elle choisit en fonction de ce sur quoi elle travaille : « Je peux toujours rattacher une culture et donc une musique aux activités des personnages que je crée. Si je bosse sur des basketteurs, je vais écouter du hip hop pour m’imprégner de leur univers. Ce qu’il faut, c’est savoir apprécier les choses de façon différente. Boire un café sur une terrasse et regarder les gens passer peut être source de créativité. D’ailleurs, j’aime mettre un peu de tout le monde dans le mouvement de mes personnages. »

Comme dans tous les métiers touchant aux nouvelles technologies, Gabi doit sans cesse se tenir au courant des dernières innovations. « On apprend constamment, il faut rester en éveil, participer à des conférences, aller voir des films d’animation pour rester créative. » Gabi regrette alors cette tendance vers plus de réalisme dans ce domaine : « À trop vouloir se rapprocher de la réalité, on s’éloigne du monde de l’imaginaire. Qui plus est, le réalisme n’est pas toujours synonyme de beauté ; Van Gogh ou l’art abstrait nous montrent bien que ce qui fait l’intérêt d’une chose, c’est aussi son côté irréel. Prince of Persia est par exemple un jeu beaucoup plus captivant que d’autres du fait même de sa dimension fantastique. Les métiers artistiques comme le mien n’ont pas de limites, ils permettent de créer des choses plus belles que le monde.

Fanny Abes

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