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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

La faune de la gym

La faune de la gym

Si Vancouver est tellement appréciée par ses habitants malgré ses 346 jours de pluie par an, c’est principalement pour toutes les possibilités d’activités sportives qu’elle offre. Impossible de survivre dans cette ville si l’on n’est pas athlétique et mangeur sain.

Alors en hiver, quand le climat ne permet qu’aux plus rigoureux, devrais-je dire aux plus fous, de continuer à courir ou à marcher en plein air, en pleine nuit ou en pleine pluie, que nous reste-t-il à nous, qui voulons faire du sport, oui, mais rester secs ? Il y a bien le yoga, oui, mais encore ? Eh bien, nous avons les centres communautaires (community centers) avec leur salle de gym, leur jacuzzi parfois, leurs cours collectifs et leur « faune » variée et colorée !

On est loin toutefois de la salle de gym version Musclor et compagnie. Le centre communautaire offre plutôt une ambiance « de quartier », plus simple et décontractée, mais pourtant, pourtant… Chacune de mes visites est l’occasion d’observer ses usagers, leurs habitudes sportives ou sociales en fonction de leur sexe ou de leur âge, pour essayer d’y voir des récurrences.

Voici donc en exclusivité mes premières conclusions. Les individus qui vont à la gym peuvent ainsi se classer en cinq catégories.

1. Ceux qui sont en show off quasi-permanent

Intérêt majeur de la salle de gym, l’homme (ou la femme, mais c’est tout de même plus rare) en spectacle permanent est une aubaine pour celles et ceux qui auraient tendance à rapidement s’ennuyer sur le tapis de course. Ce spécimen se distingue par plusieurs caractéristiques (nous remarquerons que celles-ci sont aussi valables en été sur la plage de Kitsilano), telles que la démarche « oursins sous les bras », qui pousse certains Vancouvérois à marcher avec les bras à 15 cm du reste du corps, ou le débardeur blanc taille XXS afin de dévoiler de beaux pectoraux (ou un ventre rond, au choix, ou, encore, afin de montrer fièrement ses trois tatouages judicieusement placés en prévision de la salle de gym, justement). Le « top du top » ? Les lunettes de soleil portées à l’intérieur de la salle de gym par certaines jeunes femmes, à croire qu’elles prennent au sérieux le fait qu’il y ait des caméras (il semblerait nécessaire de préciser : de surveillance) sur place…

2. Ceux qui se sentent comme à la maison

Dans un genre tout à fait différent mais non moins intéressant, il y a ceux qui se sentent tellement bien à la salle de gym qu’ils auraient tendance à se croire à la maison. En vrac : ils lisent leur roman sur le tapis d’étirements, tout en simulant un étirement du gros orteil du pied gauche. Ils grignotent leur pique-nique. Pendant que je fais 745 abdominaux, ils passent leur temps à papoter avec leur autre pote Musclor de la gym. Ou, plus classique, ils regardent la télévision, particulièrement s’il y a un match de hockey, cela va sans dire.

3. Ceux qui ne travaillent que le haut du corps

Je ne sais pas si cela a le moindre rapport avec le fait que les hommes font plus fonctionner un côté de leur cerveau que l’autre, mais il semble qu’ils aient tendance à travailler principalement le haut du corps, ce qui peut donner des résultats… surprenants, dirons-nous.

Je ne sais pas d’où vient leur obsession pour leurs pectoraux, biceps et épaules, mais il faudrait sérieusement penser à les informer qu’un haut du corps ultra (trop) développé par rapport à un bas riquiqui, ce n’est ni équilibré, ni beau. C’est même plutôt bizarre. Cela ne semble pourtant choquer personne de voir un tronc de chêne coincé entre une petite tête et des jambes de moineau, même quand celui-ci se regarde sous toutes les coutures dans le miroir.

Quoi qu’il en soit, comparer le degré de disproportionnalité entre tous ces mâles est une occupation comme une autre.

4. Ceux qui sont à moitié nus et fiers de leur corps

Entre les Musclors et les stars, il y a ceux, et surtout celles, qui ont vraiment chaud à la salle de gym. Tellement chaud qu’il vaut mieux en porter le moins possible, au diable la pudeur. Ainsi, chaque séance d’entraînement réserve son lot de (plus ou moins) jeunes femmes en mini-short, mini-haut, voire une brassière seulement.

L’avantage ici – nous sommes à Vancouver ne l’oublions pas – c’est que personne ne semble porter le moindre intérêt à cette chair exposée en pâture aux yeux de tous. Comme dans la rue où vous pourriez afficher votre nudité sans que personne ne le remarque, vous pouvez vous habiller dans un mouchoir de poche à la gym, cela ne traumatisera personne.

5. Ceux qui ont du mal

Enfin, et heureusement, il y a les gens « classiques » : ceux qui souffrent, ceux qui n’ont pas de tenue de sport adéquate et font donc du sport en jean, ceux qui ont des kilos en trop, ceux qui ne savent pas comment fonctionnent les machines, ceux qui font la gueule, ceux qui n’écoutent pas leur musique sur leur baladeur, ceux qui ont des poils dans le dos (ce qui devrait toutefois être interdit), et tous ceux qui souffrent, et ne le cachent pas.

Stéphanie Palisse

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