À Vancouver, on ne plaisante pas avec le 100 % naturel.
«Chassez le naturel, il revient au galop », dit le proverbe. Eh bien au pays des dents blanchies, des fausses mèches blondes, des soutiens-gorge rembourrés, des pantalons de yoga qui rendent les fesses moins grosses en les compressant, des gros 4×4 « achetés » à crédit, on ne déroge pas au proverbe. Ici, on a chassé le naturel, mais il revient en force dans nos assiettes ou nos salles de bains.
Vous pouvez ainsi manger tout ce que vous voulez. Tant que c’est bio, et mieux encore local, tout va bien. Vous pouvez aussi rouler en gros tout-terrain, tant que vous faites votre lessive avec du détergent sans produits chimiques, vous êtes couvert niveau Assurance Bonne Conscience.
À table !
En théorie, c’est beau toute cette humanité, la « bonne bouffe » saine, le respect des fermiers locaux et des petits supermarchés de quartier. On nous encourage donc à manger bio parce que c’est meilleur pour la santé. Et quand on voit ce qui nous arrive des États-Unis, il n’y a pas photo.
Et je ne parle pas seulement des légumes et des fruits, mais aussi de la farine, du sucre, du lait ou encore du vin ! À quand les cigarettes bio ? Il y a déjà les fumeurs de marijuana qui se vantent de ne fumer que de l’herbe bio, alors…
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que c’est à la mode. Ce qui est étrange, c’est que finalement, nous sommes revenus 50 ans en arrière, à l’époque où l’on mangeait sa propre culture ou celle du voisin. Tout était bio ou presque et l’on n’en faisait pas tout un fromage. Les fermiers allaient – et vont toujours – vendre leurs beaux légumes et fruits sur le marché. Et nous, nous nous remplissons la panse de bons produits locaux. En tout cas, dans une grande partie du monde.
Sauf qu’ici, ce n’est pas la même chanson. D’abord, manger biologique, c’est à la mode. Aller au marché, c’est chic. Alors forcément, les prix sont (c)hics aussi. Je ne sais plus si manger bio et local est une question de santé et de soutien à la production locale, ou simplement une question d’image sociale. Un peu des deux probablement.
Parce que tout de même, manger bio oui, mais manger quoi ? Quand j’entends ma responsable proposer de commander une pizza « complètement naturelle », j’ai surtout l’impression qu’elle essaie de se donner bonne conscience. Parce qu’une pizza reste une pizza, avec de la pâte et beaucoup de fromage. Loin de contenir 0 % de matières grasses.
Idem au moment du brunch. Devoir payer 50 cents de plus par œuf pour avoir dans son omelette des œufs « free range » (de poules élevées en liberté), alors que le bacon grillé à la poêle et le deuxième café au lait étaient loin d’être 100 % naturels, encore moins d’être sains, c’est plutôt drôle. C’est comme se goinfrer de frites, mais attention, faites à base de pommes de terre biologiques.
Alors est-ce que le terme « bio » n’aurait-il pas surtout tendance à nous faire oublier le nombre de grammes de lipides présents dans notre assiette (comme dans le burger que je viens de m’engloutir, oui mais sans pesticides…) ?
Conduire bio
Ce qui est intéressant, c’est que ces mêmes personnes qui paradent dans les rayons de Choices ou Capers le samedi après-midi sont celles qui viennent de s’y rendre au volant de leur grosse voiture rutilante, qui ressemble plus à une voiture prête pour le rallye Paris-Dakar qu’à une voiture de ville.
Alors comment conduire vert ? Vous pouvez investir dans une voiture électrique, comme certains chauffeurs de taxi. Vous pouvez aussi ne pas avoir de voiture et :
¹ circuler à vélo si vous n’êtes pas dérangé par l’humidité,
² circuler en bus, si vous n’êtes pas pressé (surtout avec les Jeux olympiques qui arrivent),
³ en louer une, via des entreprises comme Co-Op ou Zip Car.
Ou vous pouvez tout simplement investir dans une voiture de taille plus raisonnable, et par ailleurs beaucoup moins gourmande en essence. Enfin, je dis ça…
Nettoyer bio
À quoi ça sert ? Vous n’y avez sans doute jamais pensé avant, mais peut-être qu’un jour vous serez amené à manger à même le sol où, affamé, vous en arriverez à lécher votre assiette. Ce jour-là, vous serez bien content de le faire sans récolter tous les résidus de produits toxiques et sans avoir l’odeur de javel dans le nez.
Mais attention, je ne parle pas seulement de produits classiques comme le liquide vaisselle. Avez-vous remarqué l’embarras du choix quand vous arrivez au rayon des lessives ? Lessive sans odeur (comment reconnaître alors le linge propre qui sent bon ? Le meilleur moment de la lessive !) pour les nez très sensibles, lessive à l’odeur de lilas, de pin, de coton, et enfin la lessive 100 % naturelle : celle qui prend soin de nos petits habits, qui ne traumatise pas notre peau sensible et plus sérieusement, qui ne détruit pas (trop) l’environnement.
J’espère que les bureaux qui laissent leurs lumières allumées toute la nuit utilisent suffisamment de lessive bio pour soulager leur bonne conscience environnementale.
Mais les fabricants de produits nettoyants ne s’arrêtent pas là : désinfectant vert pour l’évier (de la cuisine, différent de celui pour la salle de bains), pour la cuisinière, pour le carrelage des murs de la salle de bains (différent de celui pour les carrelages du sol), pour la baignoire (histoire de ne pas s’intoxiquer tous les matins en prenant sa douche), et le meilleur pour la fin, le produit bio pour les toilettes, très important pour les peaux sensibles et pour préserver la planète. Il faudra le rappeler à tous les Vancouvérois qui prennent des bains tous les jours parce que l’eau n’est pas chère ici (et abondante).
Honnêtement, je ne peux m’empêcher de me demander : comment faisait-on trente ans, ou même dix ans plus tôt ? À cette époque par exemple, nous n’achètions pas ces lingettes jetables utilisées aujourd’hui pour tout, et nous avions de vraies serviettes en tissu dans tous les restaurants. Un luxe depuis longtemps révolu…
Stéphanie Palisse

