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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

La « faune » de Kits Pool

La « faune » de Kits Pool

Passer un moment à la piscine de Kitsilano, « Kits Pool » pour les habitués, relève de l’épreuve mentale.

Comme vous avez dû vous en rendre compte, cet été 2009 n’est pas avare en soleil et en chaleur. Ce qui est supportable quand on travaille dans un bureau climatisé devient moins drôle quand on vit sous les toits. Le seul endroit où il est possible de se rafraîchir dans une eau claire et propre tout en profitant d’une vue sublime reste la bien nommée piscine de Kitsilano. Cinq dollars l’entrée et 25 centimes le vestiaire, qu’on vous rend à la fin : assez appréciable pour être remarqué !

Mais toute médaille à son revers. Aller à Kits Pool demande une confiance en soi à toute épreuve, le genre de confiance qui vous permettra de résister à l’appel du muscle et du bronzage parfait et de ne pas ¹ vous jeter de la fenêtre de votre sous-sol en rentrant de la piscine, ² vous inscrire à une salle de sport ouverte 24 h/24, 7 j/7, séances d’UV et blanchissage des dents inclus.

Si vous avez assez de cran pour aller y faire vos longueurs (137 mètres chacune tout de même), vous n’êtes toutefois pas au bout de vos surprises.

Si vous arrivez avec votre vieux maillot de bain deux pièces ou votre short long, vous risquez fortement de « détonner ». En effet, voici comment se répartit la faune de Kits Pool :

• 20 % de nageurs/nageuses portent un maillot de bain « de compétition » arborant soit le drapeau canadien soit les anneaux olympiques ;
• 12 % ont carrément les anneaux olympiques tatoués sur le haut de la cuisse, le bras, ou le dos. Le genre de détail qui calme direct ;
• 35 % sont vêtus d’une combinaison de plongée intégrale, ce qui laisse penser qu’ils s’entraînent probablement pour un quelconque triathlon (puisque le facteur « eau froide » n’intervient pas à la piscine de Kits en été) ;
• 28 % nagent avec des paddles, ces mini-palmes pour les mains, ou avec d’autres accessoires qui permettent d’aller très vite ;
• 3 % ont un « handicap » physique flagrant (type bras amputés) mais nagent pourtant toujours plus vite que les trois quarts de la population (vous inclus) ;
• 2 % des nageurs sont dans la « moyenne tout public » et nagent encore la brasse.

À noter toutefois qu’une partie des nageurs ne nagent pas de façon intensive pour autant, se laissant aller à des pauses après chaque longueur ou à des discussions sur la température de l’eau et le facteur vent du jour.

Aux vestiaires

Vous allez me dire, comment sait-on que tant de personnes ont tant de tatouages, parfois difficilement visibles du fait de leur emplacement ? Et bien, en général, il suffit d’entrer dans les vestiaires au bon moment, c’est-à-dire aux heures de pointe. À raison de deux cabines seulement pour une population de 169 personnes à l’heure, vous pouvez vous douter du spectacle donné quotidiennement dans les vestiaires.

D’ailleurs, ces cabines sont toujours libres. Il semble donc qu’il ne soit pas très populaire de s’y changer. À la place, c’est tellement plus amical et bon enfant de se changer en plein milieu des vestiaires, parfois aussi remplis qu’une autoroute un vendredi soir, offrant ainsi aux autres nageurs de tout âge (enfants compris donc) l’intégralité de son anatomie, et ce, à moindres frais, et que vous le vouliez ou non.

C’est ainsi pour moi toujours une grande « surprise », à laquelle j’essaie pourtant maintenant de me préparer, quand j’entre dans les vestiaires de la piscine de Kits. Que vais-je y voir cette fois ? Suspense… suspense… 22 paires de seins ? 37 paires de fesses ?

Impossible de passer à côté : la faune des vestiaires se sent trop à l’aise pour se rhabiller rapidement. Et vas-y que je me ballade nu(e) de la douche aux vestiaires, et des vestiaires aux toilettes, et que je me sèche pendant 46 minutes chaque centimètre de peau, que je me sèche les cheveux avant de me rhabiller, que je papote avec ma copine à la fraîche. Un grand moment.

Côté hommes, après m’être renseignée, il semble que ce soit le même programme, personne n’utilisant les deux pauvres cabines laissées à l’abandon. En revanche, il semble qu’on y utilise largement le séchoir « à cheveux » : celui du haut et celui se situant à environ 1 m 20 du sol (qu’on aurait pu croire destiné aux enfants, et bien en fait non !).

Trêve de plaisanterie : il faut bien que ces pauvres Canadiens qui n’ont pas le droit ni de boire une bière sur la plage (même en situation de festival de feux d’artifice), ni de voir des films non censurés à la télé, aient quelque part un espace de liberté. Ils ont Wreck Beach depuis des années. Maintenant ils ont aussi les vestiaires de Kits Pool.

Stéphanie Palisse

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