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Vendredi 7 juin 2013

Nait-on délinquant?

Ils sont fous ces prisonniers !?

Ils sont fous ces prisonniers !?

Parmi les 13 000 délinquants incarcérés dans le pays, plus de 15 % d’entre eux seraient atteints d’une pathologie mentale.

Les pénitenciers seraient-ils en train de devenir les plus grands établissements psychiatriques du pays ? C’est l’avis d’Howard Sapers, l’enquêteur correctionnel du Canada, auteur en septembre dernier d’une étude critique sur l’accessibilité aux soins psychiatriques en milieu carcéral.

D’après l’Association Cana-dienne pour la Santé Mentale, entre 15 et 40 % des délinquants actuellement en prison seraient potentiellement des malades mentaux ; 11 % ont été diagnostiqués. « L’obligation [de fournir des services de soins] n’étant pas respectée, trop de délinquants souffrant de problèmes mentaux sont tout simplement “parqués” dans les établissements fédéraux », affirme encore Howard Sapers.

Depuis 2007, année de la mort d’Ashley Smith, le débat sur les soins en santé mentale en prison fait rage. La jeune fille de 19 ans, décédée dans une prison de l’Ontario, s’était pendue dans sa cellule après avoir été ballotée d’établissement en établissement. Malgré la mise en œuvre, il y a 6 ans, de la Stratégie en matière de santé mentale, les décès en milieu pénitencier se multiplient, illustrant notamment de lourdes insuffisances en matière de prise en charge des maladies psychiatriques.

Le rapport montre une augmentation des incidents graves tel que l’automutilation ou d’autres formes d’autopunition comme se taper la tête contre les murs. Des comportements qui ne surprennent pas Michel Born, psychologue spécialiste de la délinquance, pour qui « une faille mentale s’aggrave en prison ». Le recours régulier à l’isolement des détenus difficiles pendant de longues périodes est souvent constaté, faute de savoir quoi faire. Stressant, surpeuplé, violent, bruyant et imprévisible, « le milieu carcéral a d’importantes répercussions sur les délinquants comme sur le personnel », souligne le rapport.

Le Service correctionnel du Canada (SCC) gère environ 21 000 délinquants dont 13 000 sont incarcérés. Une grande partie de cette population souffrant de problèmes mentaux, ne rentrant pas dans les cases, n’est ni suivie ni hospitalisée. Les risques d’évasion freinent aussi les transferts en centre spécialisé. Selon le Bureau de l’enquêteur correctionnel, 14,5 % des délinquants de sexe masculin ont déjà été hospitalisés en psychiatrie et 21,3 % se sont fait prescrire des médicaments psychiatriques.

Mort en prison

Chiffre préoccupant, le taux de suicide des prisonniers est plus de 7 fois supérieur à la moyenne canadienne. Plus de 100 détenus se sont suicidés entre 1998 et 2008. Une enquête d’Howard Sapers réalisée sur neuf personnes décédées en prison entre avril 2008 et avril 2010 fait état de problèmes récurrents en matière d’urgence médicale. Le manque de surveillance des détenus suicidaires est mis en avant, tout comme le manque d’encadrement des délinquants avec des déficiences mentales.

Après cette enquête, le ministère de la santé publique a assuré avoir fourni des ressources supplémentaires en santé mentale dans les prisons. Il a notamment exigé que tous les détenus reçoivent des évaluations cliniques dans les 90 premiers jours de leur incarcération. Une formation de sensibilisation à la santé mentale pour le personnel des prisons doit aussi être instaurée à travers le Canada.

Difficultés de recrutement

Le manque de financement des soins de santé mentale en prison n’est pas seul en cause. Le SCC peine à recruter des psychologues, déjà rares dans le pays. Il est pourtant leur premier employeur au Canada (350 environ). En février 2009, il restait encore 22 % des postes à pourvoir.

En cause, des salaires jugés bas par rapport au secteur privé et des conditions de travail peu attractives pour les praticiens. « Beaucoup de psychologues qui travaillent en prison sont coincés dans un rôle institutionnel, explique Michel Born. Les détenus les utilisent pour avoir une demi-heure de causette. Le système carcéral les cantonne à un rôle de prédiction de la récidive et à l’évaluation des risques relatifs à la libération d’un détenu. » Des propos confirmés par des membres du personnel cités dans le rapport.

Le rôle des psychiatres a aussi été amoindri ces dernières années : « Ils disent être passés à une pratique basée presque exclusivement sur la psychiatrie biologique en raison des exigences du service et d’un financement insuffisant des postes de psychiatre. Leur rôle englobait pourtant la recherche et la psychothérapie », précise encore le rapport. Pour Michel Born, « les psychologues et psychiatres ne peuvent pas faire grand-chose avec les moyens dont ils disposent en prison ». Cette disette de professionnels a, en tout cas, conduit des employés non spécialisés des pénitenciers à occuper des postes de psychologues…

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