Des bars coopèrent avec la police et profitent de sa technologie pour empêcher les gangs de gagner du terrain dans le centre-ville de Vancouver.
Les gangsters et fauteurs de troubles de Vancouver ont du mal à prendre un verre dans les bars du centre-ville. Depuis une quinzaine d’années, les débits de boisson à la mode se sont alliés à la police pour empêcher les hors-la-loi de pénétrer dans leurs établissements. Ils évitent ainsi les risques de pagaille et d’incidents violents liés aux trafics de drogue, aux règlements de comptes, ou aux personnes totalement ivres.
Cette alliance, plus connue sous le nom de Barwatch, est une association de trente débiteurs d’alcool à Vancouver. Elle regroupe aussi bien des boîtes de nuit comme Bar None, Republic et Roxy que le pub irlandais Doolin’s. On peut les reconnaître grâce à un autocollant rouge affiché à l’entrée.
« On a créé cette alliance parce que des clients à problèmes fréquentaient certains bars et qu’on avait besoin de les reconnaître », explique John Teti, le président de Barwatch à Vancouver. Et apparemment cela fait son effet : d’après la police de Vancouver, les querelles ont déserté le centre-ville aux dépens des banlieues.
Ainsi, lors de ses rondes dans les bars ou les boîtes de nuit de la ville, la police peut ordonner à un client de quitter les lieux tout de suite. Auparavant, un gérant devait appeler la police et pointer du doigt la personne qu’il voulait mettre à la porte. Cela posait des risques de représailles lorsque ce client appartenait à une bande de malfaiteurs.
« Les patrons de bar n’ont plus peur de nous appeler pour demander de l’aide, explique le Sergent Randy Regush de la police de Vancouver. Tout est fluide, nous avons une communication très ouverte avec eux. C’est une des raisons pour lesquelles ça fonctionne. »
Technologie de « profilage »
À la porte d’entrée de ces établissements, le permis de conduire ou le passeport du client est glissé dans la fente d’un lecteur numérique pour vérifier que la personne a bien 19 ans ou plus, l’âge légal pour boire de l’alcool en Colombie-Britannique. Mais l’appareil indique aussi si cet individu appartient à un gang ou s’il a fait preuve de comportements violents dans un débit de boisson. Des raisons suffisantes pour que le videur lui interdise l’accès à l’établissement.
« Avant, vous aviez peut-être 200 personnes que vous ne con-naissiez pas et qui venaient boire dans votre bar », explique Owen Cameron, président de TreoScope Technologies, le fabricant du lecteur numérique. « Aujourd’hui, ces gens ne sont plus anonymes. »
Le lecteur enregistre en effet le nom, l’âge et la photo des clients pendant 24 heures. Les informations sont détruites si le client obéit aux règles de l’établissement, s’il se comporte correctement en public. Dans le cas contraire, les informations sont partagées et un client « mal élevé » peut se voir interdire pendant plusieurs semaines, voire même une année, de boire un verre dans un établissement membre de Barwatch.
Les informations des clients sont toutefois conservées sur un serveur informatique que seule la police peut consulter pour donner suite à une demande de la justice. Le propriétaire du bar ne peut en aucun cas s’en servir à des fins personnelles.
L’interdiction pose évidemment un problème aux gangsters qui aiment fréquenter les endroits branchés. Mais cette interdiction réjouit les parents qui n’ont désormais plus peur de voir leurs enfants (même adultes) fréquenter les bars du centre-ville de Vancouver.
Pour faire partie du club réservé de Barwatch, il faut cependant que les bars et boîtes de nuit effectuent une période d’essai de six mois puis obtiennent l’accord de la police et des membres de l’association. Le nouveau venu doit alors débourser des droits annuels de 500 $ ou 1 000 $, selon le nombre de sièges disponibles dans l’établissement.
L’association fait des émules à travers les États-Unis et au Canada, notamment en Ontario et en Alberta. Mais aucun organisme central ne gère le programme et les communes qui l’adoptent mettent en place des règles propres à leur environnement. Cependant, tout membre n’oublie pas que le programme Barwatch sert avant tout à permettre au client de boire un verre tranquillement dans un lieu public. ■
Philippe Moulier


