Les parents vancouvérois connaissent bien le problème : trouver une garderie pour leurs enfants est souvent une mission impossible. Avec beaucoup plus d’enfants que de places disponibles et une aide gouvernementale insuffisante, les listes d’attente sont très longues et les prix quasiment inabordables.
David et Carol habitent à Vancouver et sont tous les deux ingénieurs. Quand ils se sont installés dans le quartier de Kitsilano, les futurs parents ont facilement trouvé un appartement et une clinique pour l’accouchement. Mais lorsqu’ils ont dû dénicher une crèche pour leur enfant né en 2008, le chemin a été semé d’embûches.
Première étape : s’inscrire sur des listes d’attentes de plusieurs garderies. « Nous avons commencé les démarches dès le 6e mois de grossesse, mais aucune place n’était libre lorsque le moment de retourner au travail est arrivé. Nous avons alors appelé plus d’une dizaine d’assistances maternelles. » Certaines étaient trop loin ou pas disponibles aux dates souhaitées, d’autres n’offraient pas un service qui leur convenait. Le couple a finalement engagé, au dernier moment, une assistante maternelle non agréée. « Nous n’avions plus le choix. Le tarif s’élève à 1 300 dollars par mois. Nous apportons tout : les couches, les repas, les en-cas, le lit parapluie, les mouchoirs… Pour la crèche, on attend toujours alors que notre fils va bientôt avoir 2 ans. »
Les modes de garde certifiés : rares et chers
Vancouver, comme beaucoup de grandes villes, ne dispose pas d’assez de structures de garde publiques ou conventionnées. De ce fait, les prix sont élevés dans tous les quartiers.
Au Canada, les parents ont le choix entre deux modes conventionnés :
- les garderies publiques ou privées. Dans ces structures, les listes d’attente vont de un à trois ans. « Il faut s’inscrire auprès de plusieurs établissements dès le 3e mois de grossesse, et il n’est pas certain que vous ayez une place quand votre enfant aura un an », témoigne Mary, mère de famille. À Vancouver, les prix pour ces structures très recherchées varient entre 1 000 et 1 200 dollars lorsqu’elles sont publiques. Ceux des garderies privées peuvent être bien plus élevés.
- les assistantes maternelles agréées. Celles-ci ont le droit d’accueillir chez elles jusqu’à sept enfants. En trouver une est particulièrement difficile, étant donné la forte demande et l’offre limitée. Selon le West Coast Child Care Resource Center, le tarif moyen à Vancouver est d’environ 1 000 dollars par mois pour un temps complet. La somme peut atteindre un maximum de 1 500 dollars. L’assistante maternelle pose parfois des conditions de fonctionnement rigides : rien n’est fourni et les horaires sont stricts. Pour David et Carol, la garde s’étale de 8 h à 17 h. « Pour 10 minutes de retard, nous devons payer 20 dollars ».
Solutions alternatives
Face à ces difficultés d’organisation et de coût, les familles se tournent vers d’autres options. Exemple : les assistantes maternelles non agréées, dont les tarifs sont plus bas mais qui ne peuvent garder que trois enfants.
Parfois, le choix est encore plus réduit : « Beaucoup de familles embauchent des nourrices », confie Gloria, une maman de Vancouver. Contrairement aux assistantes maternelles, ces dernières travaillent au domicile des parents et ne sont pas payées au nombre d’enfants gardés mais à la journée. « Cela revient moins cher si on a trois enfants ». Certaines familles embauchent donc une nourrice en commun pour diviser le montant. Mais d’autres couples envisagent de travailler à la maison ou en horaires décalés. Parfois, il est même plus rentable de quitter son emploi. Gloria a une bonne amie qui a fait ce choix : « Le coût pour faire garder un enfant dans son quartier de Vancouver était plus élevé que son loyer et la situation était impossible à assumer ».
Le Canada et Vancouver : deux mauvais élèves
« Nous avons les taux d’accès à la garde les plus faibles du monde industrialisé. Moins de 25 % des jeunes enfants bénéficient d’un service conventionné. De plus, les frais sont parmi les plus élevés des pays occidentaux – la province du Québec faisant exception », témoigne l’Alliance de la Fonction publique du Canada.
Deux rapports internationaux viennent également confirmer ces données : le premier, publié par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) en 2006 classait le Canada à la dernière place de 14 pays étudiés en termes d’investissement dans l’éducation à la petite enfance. Le second, édité par l’Unicef en 2008, compare les possibilités d’accueil des enfants d’âge préscolaire dans 25 pays industrialisés. Celui-ci classe le Canada avant-dernier en tenant compte de plusieurs critères comme le choix d’accueil ou les tarifs.
Depuis 1998, il existe un programme d’aide : la Prestation nationale pour les enfants (PNE), mais celui-ci ne subventionne que les familles les plus démunies. Pour les autres, le Canada a mis en place la Prestation universelle pour la garde d’enfants (PUGE) en 2006. L’aide est imposable et s’élève à 100 dollars mensuels par enfant de moins de 6 ans, mais cela n’a pas réellement compensé les coupures des subventions destinées aux garderies. « Quand on a deux enfants gardés par une assistante maternelle, on dépense environ 2 600 dollars par mois. 200 dollars ne font pas beaucoup de différence, malheureusement », affirme Gloria.
Quel avenir pour les familles ?
Entre 2003 et 2007, le gouvernement fédéral avait fortement augmenté les financements destinés aux services de garde passant de 25 à 950 millions de dollars annuels. Mais si aujourd’hui le montant reste significatif, il est retombé à 600 millions de dollars depuis.
La province a quant à elle décidé d’investir plus d’argent dans les services de garde. Le budget consacré à la petite enfance est passé de 422 millions de dollars en 2007 à 474 millions depuis 2009. Des subventions à la formation d’assistantes maternelles ont également été mises en place. Cependant, la garde des enfants reste le plus important pôle de dépenses des familles de la province, après celui du logement. Espérons donc que les Vancouvérois verront rapidement les résultats de ces mesures, pour pouvoir continuer à faire des enfants… ■
Célia Vaudaine


