Parmi les cours les plus originaux proposés au Round-house Community Centre de Vancouver figure la « manology ». Lancé en septembre 2009, ce programme s’interroge sur l’identité masculine dans la société. Objectif : initier les hommes aux enjeux du XXIe siècle.
Quartier de Yaletown au cœur du centre-ville, 19 h 30. Le soleil de mai vient réchauffer les murs du Roundhouse Community Centre. Dans les couloirs de la bâtisse vitrée, l’effervescence est palpable. Des dizaines de personnes se pressent pour se rendre à leur cours de gym, d’astronomie ou de yoga.
John, lui, est ici pour étudier la « manology ». Grand et athlétique, on a du mal à imaginer que ce trentenaire a dépensé 150 dollars pour apprendre à être un homme. « Un homme non, un homme moderne oui », lance-t-il. John a pris le programme en cours de route par curiosité et se réjouit du sens de « la fraternité et de l’écoute » qu’il a pu développer grâce à cette activité. « Je suis ici pour m’ouvrir l’esprit afin de mieux appréhender la société d’aujourd’hui », explique-t-il.
Confinés dans une salle, ils sont une dizaine à s’installer sur des chaises positionnées en demi-cercle. Jeunes ou sexagénaires, architectes ou étudiants, ces hommes viennent de tous horizons. À côté de John se trouve Peter. Metteur en scène, il monte en ce moment une pièce de théâtre sur les rapports entre l’homme et la femme. Il assiste au cours pour « faire des recherches afin d’enrichir son spectacle ». Toutes les semaines, un nouvel intervenant aborde un thème différent. Depuis le lancement de la session, les participants ont étudié plusieurs sujets tels que les violences domestiques, l’écoute de l’autre ou encore la place de l’homme dans le monde du travail moderne.
« Des hommes plus avertis, plus conscients »
Ce soir, Shakil Choudhury, consultant à Toronto, fait office d’instructeur. Le thème étudié ? L’inconscient collectif et les préjugés. Une succession d’exercices interactifs en groupe vient rythmer le cours. Un mélange de philosophie, de psychologie et de sociologie. Mais quel rapport avec la place de l’homme dans la société ? « Ce cours permet de partager une série de connaissances à une période où les bouleversements sont conséquents aussi bien au niveau économique et culturel que sociétal, explique David Hatfield, enseignant et initiateur de ce programme atypique. Alors que les femmes ont été amenées à redéfinir leur rôle dans la société, les hommes n’ont pas vraiment eu d’occasion semblable. »
La création du cours de « manology » est le résultat d’un long cheminement et de nombreuses années d’expérience pour celui qui a travaillé plus de 10 ans avec des hommes, adolescents ou adultes, dans les écoles, les services sociaux et les prisons de plusieurs pays. « Je me suis rendu compte qu’il y avait un énorme travail à effectuer pour former des hommes plus avertis, plus conscients des enjeux du XXIe siècle ».
Et David veut aller plus loin. Il souhaite impulser une communauté autour de l’identité masculine – sans pour autant calquer le modèle contestataire du féminisme radical des années 1960. « Il ne s’agit pas de remettre en question le rapport entre les sexes. Ce que j’ai pu constater au fil des années, c’est que beaucoup d’hommes appartiennent à une communauté sportive ou culturelle. En revanche, la notion de fraternité masculine de manière générale est plus rare. C’est sur ce point que je travaille. » Chaque année, lors de la Journée internationale de l’homme, le 19 novembre, David Hatfield, coordinateur de cette action au Canada, tente de convaincre nombre d’organismes de célébrer l’évènement afin de promouvoir sa cause.
Pour lui, les cours au Round-house Community Centre ne forment que la première étape de son projet. « Je réfléchis à la création d’un centre pour les hommes à Vancouver qui répondrait à des besoins spécifiques. Cette structure serait composée de trois différentes entités : un institut d’études avec des cours similaires à ceux enseignés dans le programme actuel, un autre axé sur le perfectionnement professionnel et un centre médical. » Ce concept vient d’ailleurs de se faire une place en demi-finale du Echoing Green Fellowship 2010, un concours mondial pour les projets sociaux novateurs. En attendant le résultat définitif et la concrétisation de ce projet, la prochaine rentrée à l’école de l’homme de demain aura lieu en septembre. ■
Romain Desgrand



La journée internationale de l’homme: http://www.international-mens-day.com/France.php