Nous arrivons à la fin de l’année, cette chronique a deux ans, il est donc grand temps de faire un bilan. Pour ce faire, nous vous proposons un petit test, histoire de vérifier votre taux d’adaptation à la vie vancouvéroise.
Si vous lisez ce journal, il y a de fortes chances pour que vous soyez francophone et que Vancouver ne soit pas votre ville natale (bon, comme 89 % de la population en fait). Vous êtes donc plus ou moins intégré à la vie canadienne, enfin du moins vancouvéroise. Vous ne serez jamais 100 % intégré puisque, quoi qu’il arrive, votre accent étranger vous perdra, mais vous essayez quand même, et c’est bien. Alors comment maîtrisez-vous les essentiels à la survie en milieu « Côte Ouest » ? Canadien tu seras ou immigrant tu resteras ?
Le café
Part essentielle de la vie vancouvéroise, le café à emporter est un élément décisif du processus d’intégration.
1) Quel genre de buveur de café êtes-vous ?
A. Vous commandez toujours un café avec un nom très compliqué, à emporter, même si vous prévoyez rester sur place (on ne sait jamais, des fois que vous auriez une soudaine envie de faire un tour sous la pluie).
B. Vous en restez au café normal de peur de faire une gaffe.
C. Vous persistez à demander un espresso sur place (vous trouvez l’idée de boire un café en marchant complètement idiote) même s’il est immonde, parce que chez vous, dans votre pays d’origine, on boit des espressos.
2) Êtes-vous pro en matière de commande de café ?
A. Vous savez commander un latte au lait écrémé sans sucre mais avec un substitut en mettant tous les mots dans le bon ordre.
B. Vous allez régulièrement chez Starbucks et confrères, vous demandez des cafés un peu élaborés mais pas trop, mais vous persistez à demander a small coffee alors que vous devriez dire a tall coffee.
C. Vous commandez toujours un thé ou un café simple, soit parce que vous ne savez pas bien parler anglais, soit parce que vous ne comprenez rien à toutes les options.
Le pourboire
Pour ce qui est du service sourire inclus, le pays d’où vous venez a certainement encore un peu de retard par rapport au Canada. Peut-être votre mère patrie devrait-elle songer à laisser le client payer le service (le tip).
3) Où en êtes-vous avec le tip ?
A. Vous « tippez » toujours au moins 15 % en défendant la condition de cette pauvre serveuse, et vous vous sentez incapable de ne pas laisser de tip même si le service a été catastrophique.
B. Vous laissez entre 10 et 15 % de pourboire, mais pouvez vous montrer super radin en cas de mauvais service.
C. Vous oubliez systématiquement l’étape pourboire, en prétextant que là d’où vous venez, cela ne se fait pas. Vous faites honte à vos copains.
Le sport
Vancouver est LA ville sportive, le lieu idéal pour les gens qui aiment les activités à l’extérieur, en tout temps.
4) Et vous ? Vous sentez-vous prêt à affronter la pluie ou vous lever à 6 h du matin pour votre cours de yoga, le sport national après le hockey (du moins à Vancouver) ?
A. Vous allez au yoga tous les samedis matins à 6 h 30, et vous courez sur la plage au moins une fois par semaine, même en hiver.
B. Vous allez au yoga de temps en temps, mais vous portez principalement votre pantalon Lululemon pour vous balader sur la 4e avenue le samedi après-midi.
C. Vous passez vos après-midi au café du coin devant votre ordi et vous croyiez que Lululemon était le nom de la nouvelle limonade chez Starbucks.
5) On ne fait pas seulement du yoga. On marche, on court, on skie, on fait du vélo, on nage. Et vous, que faites-vous d’autre de vos fins de semaine ?
A. Vous avez un forfait pour aller skier toute la saison à Cypress. Vous allez à la salle de gym le samedi soir quand vous ne savez pas quoi faire d’autre. Vous courez tous les dimanches matin au bord de la mer.
B. Vous vous déplacez en vélo… l’été. Vous courez le dimanche matin… sauf quand il pleut.
C.Vous allez à la plage (en bus) pour bronzer et vous allez à la salle de gym pour utiliser le sauna et le bain à remous.
La pluie
À Vancouver, il pleut en hiver. Bon, je vous l’accorde, il peut faire soleil, et la ville est alors soudain illuminée d’une magnifique lumière. Mais c’est sans compter avec l’air marin qui peut nous ramener la pluie sans qu’on n’ait rien demandé.
6) Êtes-vous bien équipé pour ces changements imprévus ?
A. Vous avez un parapluie greffé à votre sac, deux autres à la maison et trois paires de bottes en caoutchouc.
B. Vous avez trois parapluies à la maison mais les oubliez systématiquement.
C. Vous n’avez plus de parapluie (vous l’oubliez partout) et rentrez à la maison trempé.
L’excuse canadienne
Si les Canadiens ont la réputation d’être aussi aimables, c’est notamment grâce à leur façon de (sur)exploiter la politesse linguistique et à leur langue très expressive, notamment au moment de s’excuser.
7) Apology is Canadian : maîtrisez-vous le langage des excuses ?
A. Vous vous excusez à la moindre occasion : quand vous effleurez quelqu’un, quand vous faites attendre une personne une minute ou deux, quand la serveuse vous a apporté un café au lieu d’un thé, quand il pleut. La plupart du temps, toutefois, vous dites I’m sorry sans savoir pourquoi.
B. Vous ne comprenez pas cette manie de s’excuser pour un rien mais ne pouvez vous empêcher de faire la même chose, même quand vous n’êtes pas désolé.
C. Vous vous refusez à vous excuser et défendez votre liberté de pensée, au risque de passer pour un nouvel arrivant fier et arrogant.
Alors, finalement, qui êtes-vous ?
Avec un maximum de A, vous êtes l’exemple parfait d’une intégration (trop ?) réussie, et vous êtes même plus vancouvérois qu’une personne de souche pure. Vous prenez votre repas du soir à 17 h 30, ne parlez jamais politique et allez en vacances à Hawaii ou au Mexique. Vous avez oublié le goût d’un croissant et perdez tout contrôle de vous-même si vous n’avez pas fait votre heure de yoga quotidienne.
Allez, avouez, ça ne vous manque pas, une bonne discussion enflammée sur la politique ?
En revanche, avec un maximum de C, vous semblez être le stéréotype du nouvel arrivant qui ferait presque honte aux expatriés de longue date (surtout sur la question du pourboire). Toutefois, vous êtes aussi ami avec les écureuils (depuis longtemps ignorés par les habitants de longue date).
Allez, avouez, ça ne vous tente même pas un peu, la vie décontractée de la Côte Ouest ? ■
Stéphanie Palisse


