22 h dans un bar du centre-ville de Vancouver bien connu des revendeurs de drogue. L’ambiance est encore calme même si on enchaîne les pichets de bière depuis près d’une heure. Derrière le bruit sourd des baffles on distingue les conversations : « Tu prends quoi comme drogue ce soir, toi ? Je ne sais pas encore, j’aimerais tester quelque chose de nouveau… ». Les dealers font leur entrée, tout le monde se lève pour les saluer. La soirée vient de commencer…
Une scène qui paraît moins étrange lorsque l’on sait que les Britanno-Colombiens sont plus enclins à l’usage de drogue que les populations des autres provinces. D’ailleurs, l’odeur de l’herbe dans la rue fait partie du quotidien de beaucoup de citadins. Dans le Downtown Eastside de Vancouver, certains pourraient même être choqués de voir en plein jour des toxicomanes se piquer à l’héroïne. « Les drogués que l’on peut voir en se promenant dans les rues de Vancouver en impressionnent plus d’un. Les images sont vraiment fortes, certes, ce qui donne une mauvaise réputation à cette ville. Cependant les statistiques exposent une autre réalité », explique une assistante sociale qui souhaite garder l’anonymat. En effet, la consommation d’un nombre important de types de drogues, surtout chez les jeunes de Vancouver et du reste de la province, est en constante diminution depuis 1998 selon un rapport du MacCreary Centre Society.
Le projet de BC Alcohol and Other Drug Monitoring (AOD), qui regroupe plusieurs rapports d’organismes de la province, démontre que l’alcool, le tabac, l’herbe et dans une moindre mesure la cocaïne, les amphétamines et les champignons hallucinogènes, sont de moins en moins consommés chez les 15-25 ans. Toujours selon l’assistante sociale, « si les résultats sont encourageants, ils doivent nous pousser à continuer nos efforts, surtout concernant les drogues de synthèse et la prévention ». En effet, les populations à risque comme les Premières Nations ou les classes sociales moins aisées sont encore très touchées par la consommation de produits à forte dépendance. De plus, « il ne faut pas oublier que pour cette même tranche d’âge, l’utilisation d’hallucinogènes, de stéroïdes et de médicaments sans prescription médicale s’est accrue depuis 2003 ». Par ailleurs, les drogues injectées comme l’héroïne connaissent une démocratisation, faible mais remarquable.
Plaque tournante
Si depuis 10 ans la consommation de drogue semble globalement diminuer, pourquoi cette image de « Colombie du Canada » colle-t-elle à la peau de la province ? Pour John, ancien policier et bénévole dans un centre de lutte contre la dépendance, « ce n’est pas parce que nous consommons moins que nous produisons moins. Vancouver est un haut lieu du trafic de drogue en Colombie-Britannique et même en Amérique du Nord. Nous avons un port ouvert sur l’Asie et la ville n’est qu’à 45 minutes de la frontière américaine. Selon moi, les gangs asiatiques importent les ingrédients de Chine et font leur petite cuisine sur notre territoire. Ils la revendent ensuite un peu partout et notamment vers le Sud ». Les forces de répression restent assez opaques sur la situation et les chiffres sont donc difficiles à déterminer. Cependant, le Bureau des crimes et de la drogue de l’ONU, dans son dernier rapport, place le Canada comme le premier pays d’Amérique du Nord fournisseur de drogues chimiques. L’Australie a d’ailleurs déclaré que 83 % des méthamphétamines saisies sur son territoire provenaient du Canada. La production aurait explosé dans notre pays en réaction au durcissement de la lutte contre la drogue au Mexique et aux États-Unis. D’après l’ONU encore, les réseaux canadiens auraient gagné en expertise dans ce domaine.

Fanny Abes


