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Et au milieu coule une rivière

Et au milieu coule une rivière

Sur les rives du petit village de Fort-Langley, on commémore chaque 19 novembre un événement historique canadien. L’ancien poste de traite, qui a donné son nom à la commune, est en effet au cœur même de la création de la colonie de Colombie-Britannique. Retour en arrière.

Le 19 novembre 1858 est un jour pluvieux et froid. Le cadre parfait pour un automne de la côte ouest canadienne. Ils sont une petite centaine d’hommes et de femmes à s’être réunis ce jour-là derrière les palissades du Fort-Langley, sur les bords du fleuve Fraser. Dans la dénommée Grande Maison, autour de l’éminent James Douglas, Gouverneur de l’île de Vancouver, et responsable de la puissante Compagnie anglaise de la Baie d’Hudson (HBC) sur la côte Pacifique, on proclame solennellement la naissance de la colonie de Colombie-Britannique. Une manière d’imposer le pouvoir de la couronne sur une région particulièrement convoitée à l’époque.

Dans les années 1850, il n’y avait pourtant guère plus d’une centaine de colons qui résidaient sur le continent. « Tout le territoire était occupé par une vaste population d’Autochtones, relate Mike Starr, responsable de la programmation sur le site historique de Fort-Langley. Russes, Espagnols, Américains et Britanniques s’étaient disputé plusieurs décennies auparavant l’accès à la traite des fourrures avec les populations locales. La Compagnie de la Baie d’Hudson avait finalement réussi à tirer son épingle du jeu et obtenu le monopole du commerce dans toute la région. »

Les Autochtones troquaient ainsi leurs fourrures contre des biens manufacturés en provenance d’Europe. « Les Anglais en raffolaient, explique Amina qui offre aux touristes une visite interactive de l’ancien fort reconstitué. Le chapeau en poils de castor était un signe distinctif pour les hommes de haut rang ». Les brigades des pelleteries transportaient les fourrures depuis les postes de l’intérieur jusqu’à Fort-Langley, qui servait ainsi de lieu d’entreposage avant livraison à destination de marchés extérieurs. Puis elles repartaient vers le nord avec des fournitures et provisions.

Terre fertile

Mais très vite, le poste de traite prend de l’ampleur et diversifie ses activités. La Compagnie se lance dans l’agriculture, rapportant d’Europe le concept d’élevage et développant autour de Fort-Langley des exploitations agricoles sur une surface de 2 000 acres. La canneberge en particulier devient une denrée à forte valeur marchande. « On l’appelait l’or rouge, raconte Amina, car on échangeait un gramme de canneberge contre un gramme d’or tellement le fruit était prisé, surtout en Californie. »

Mais pas seulement : l’abondance du saumon lui permet de se lancer dans la salaison du poisson. Un atelier de fabrication de tonneaux est installé. Les familles habitant sur les lieux, au service de la Compagnie, travaillent ensemble. « Comme leurs parents, les enfants aidaient à la fabrication de tonneaux. Ils étaient des travailleurs à part entière, précise Amina. Pas d’école au Fort-Langley. Ni d’église. »

« Il y régnait une culture bien différente de l’Europe, relate encore Mike Starr. La Compagnie encourageait en effet les mariages des hommes célibataires venus d’Angleterre, d’Écosse, du Québec ou d’Hawaii, avec des femmes autochtones. Les populations locales approuvaient elles-mêmes ces unions. Elles permettaient aux hommes de s’intégrer dans les réseaux commerciaux existants. »

La ruée vers l’or

Dans ce contexte d’effervescence marchande et commerciale, et ce malgré le petit nombre de personnes vivant sur place, la rumeur de la découverte d’importants gisements d’or sur le fleuve Fraser va chambouler la vie de Fort-Langley en 1858. En l’espace de deux mois, près de 30 000 prospecteurs – beaucoup de Californiens – viennent s’aventurer sur le territoire en quête de la moindre pépite. Le poste de traite fait figure de plaque tournante où croît une population avide de découvertes. Les terres sont dévastées par certains hommes sans scrupule, des populations sont massacrées sur leur passage.

« La Compagnie, qui a défendu jusque là son monopole sur la région, se sent à nouveau menacée par les Américains qui lorgnent sur cette terre abondante, souligne Mike. James Douglas, conscient que la Compagnie aura du mal à préserver ses intérêts, ira réclamer au Parlement britannique la création d’une colonie. Le nouveau cadre légal révoquera cependant le monopole d’HBC. »

Aux 18 coups de canon tirés par le Beaver – le premier bateau à vapeur qui opérait pour la Compagnie depuis le fleuve Columbia jusqu’en Alaska – le drapeau de la HBC qui surplombait depuis 30 ans le fleuve Fraser est donc retiré ce 19 novembre, et l’Union Jack vient désormais flotter dans le ciel de la toute nouvelle Colombie-Britannique. James Douglas en deviendra le Gouverneur. Ironiquement, la cérémonie inaugurera une période de déclin pour le poste de traite et sa région. « Les gens devaient désormais payer des taxes pour venir s’installer ici, et obtenir une licence pour avoir l’autorisation de chercher de l’or. Ça en a refroidi plus d’un ! » plaisante Amina. Le choix de New Westminster comme capitale de la colonie éloignera définitivement Fort-Langley de son passé glorieux. Démantelé au fil des années suivantes, le site cessera ses activités en 1886, et deviendra un parc national historique en 1955.


Le 19 novembre à 12 h 30, la proclamation sera réinterprétée au site historique national du Fort-Langley (23 433 Avenue Mavis, Fort Langley – 45 minutes à l’est de Vancouver). Information sur www.pc.gc.ca/fortlangley ou au 604-513-4777. Ouvert tous lesjours de 10 h à 17 h.
Tarifs : de 3,90 $ à 7,80 $.
Gratuit pour les moins de 6 ans.

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