Elles sont aujourd’hui près de 140 000 en Colombie-Britannique à avoir fait le même choix : être entrepreneuse. Un tiers d’entre elles ont des enfants de moins de 12 ans. Plus qu’une décision professionnelle, c’est un choix de vie souvent motivé par le désir de mieux concilier carrière et vie familiale. Un équilibre difficile à trouver pour ces mères qui se lancent dans l’aventure.
Cela commence souvent pendant leur congé maternité. Après quelques temps, elles ne s’imaginent pas retourner passer toutes leurs journées au bureau. Pour avoir plus de flexibilité, elles décident donc de démarrer leur propre activité. « 70 % des femmes entrepreneuses créent leur entreprise pour être plus indépendantes et avoir plus de contrôle sur leur vie », explique Laurel Douglas, présidente-directrice générale de Women’s Enterprise Centre. « C’est surtout dans cette catégorie qu’on retrouve les « mampreneures ».
Le plus souvent, elles montent leur entreprise dans le secteur du conseil, des services aux personnes, ou encore dans celui du commerce, notamment de produits pour les enfants. « Le plus gros problème, c’est leur manque de connaissances en marketing. Elles ont du mal à se faire connaître, à vendre leurs produits et services », déplore Laurel Douglas. Ainsi, 20 % des entreprises créées par des femmes ne survivent pas après deux ans d’activité. « Certaines doivent arrêter car leur société n’est pas assez rentable », résume Jill Earthy, directrice à Vancouver du Forum for Women Entrepreneurs, et cofondatrice de Momcafé, une organisation de réseautage et de soutien pour les « mampreneures ». Leur nombre devrait toutefois continuer à croître, selon Laurel Douglas, notamment puisque les femmes à leur compte ont désormais le droit à des indemnités de maternité.
Lison Ouellette, créatrice de L.O. Interior Design And Management Inc., maman de deux enfants âgés d’un an et demi et de 16 ans
Créer son entreprise, Lison l’aurait fait de toute façon, avec ou sans enfants ! Architecte d’intérieur, elle s’est mise à son compte avant la naissance de son premier enfant. « Mon statut n’a pas que des avantages. Par exemple, j’aurais bien aimé arrêter de travailler à l’arrivée de mon deuxième enfant ». Mais être à la tête de sa propre société lui donne une certaine flexibilité. Elle a appris à adapter son emploi du temps au rythme de son bébé : « Passer des appels quand il dort, envoyer des courriels quand il est éveillé mais calme, et se déconnecter du travail quand il pleure et réclame de l’attention ». Ne pas s’éparpiller, se réserver des moments et, surtout, faire des listes : des conseils qu’elle donne aujourd’hui aux femmes membres du réseau Momcafé ou de celui de la Société de développement économique. Une flexibilité qui a des limites car elle doit désormais faire appel à une nourrice. « J’emmenais mon bébé avec moi aux réunions. Mais quand il a commencé à marcher, ce n’était plus possible, il courrait partout ». Comme la plupart des mères entrepreneuses, Lison considère que la maternité est un atout dans la gestion de son entreprise : « Être mère amène à plus de sagesse et donne une direction, on se concentre davantage sur l’essentiel, on réfléchit plus avant de faire une action car on sait qu’on n’a pas le droit à l’erreur ». Une expérience tellement positive qu’elle songe à créer une entreprise d’importation de mobilier en bois brut !
Chantale Roy, fondatrice de Rawsta Flora Organics, maman de deux fils âgés de 4 et 18 ans
Être salariée à temps plein et mère de famille, Chantale a dit non dès le départ. « Après la naissance de mon premier enfant, je venais de terminer mes études en enseignement, mais j’ai décidé de ne pas travailler. Je sentais que ma présence était déterminante pour mes fils. Elle décide alors d’adapter sa vie professionnelle en fonction d’eux. Elle monte une ferme biologique et un restaurant « cru » [aliments crus, fermentés ou germes, aussi appelé alimentation vivante, ndlr] au Québec. Une expérience qu’elle reproduit à Nelson lorsqu’elle déménage en Colombie-Britannique. Puis elle crée son centre d’alimentation biologique et vivante à Vancouver.
Faire ce choix ne l’a pas empêchée d’éprouver un sentiment que connaissent bien les mères qui travaillent : la culpabilité de ne pas donner assez à ses enfants. « J’ai donc appris à gérer les priorités, à lâcher prise sur ce que je ne pouvais pas faire par manque de temps, et à me focaliser sur les points positifs. Rien n’était parfait, se rappelle-t-elle, mais j’ai suivi mon cœur, ma voie. J’ai fait du mieux que je pouvais et je ne le regrette pas ».
Au final, cette expérience lui a permis de tisser des liens très forts avec son fils ainé, qui est aujourd’hui son assistant-chef. « Je me sens particulièrement attachée à lui » explique Chantale. « Au contact des clients du restaurant, il a développé des compétences en organisation et en socialisation et une grande maturité ». Chantale estime qu’être mère a développé sa confiance en elle et son sens des responsabilités. « Quand on est en charge de deux êtres humains, on n’a pas le choix, il n’est pas possible de douter ». Elle pense également que, sans ses enfants, elle aurait abandonné plus facilement face aux difficultés de l’entrepreneuriat. « Mon entreprise est comme mon bébé, je me donne à fond pour elle comme je le fais pour mes enfants ».
Fanny Bourel









