Les vampires n’ont jamais été aussi séduisants et sentimentaux qu’aujourd’hui. Les admirateurs de Dracula, quant à eux, crient au scandale et craignent que leur idole ne se retourne dans son cercueil. Ceci dit, force est de constater que le vampire en quête d’amour a « redonné vie » au genre cinématographique de son espèce.
Les derniers films et spectacles télévisés à succès pour adolescents semblent tous avoir un penchant pour certains êtres aux canines pointues, bien connus de la littérature fantastique. Il faut croire que les versions relookées des vampires mis en vedette dans Twilight, True Blood ou Vampire Diaries, pour ne citer qu’eux, ont tout pour plaire. Les héros ont été transformés en vampire dans leurs jeunes années, alors ils conservent un charme candide à jamais. Ils sont supposés être des prédateurs, alors ils sont dotés d’une apparence physique avantageuse, leur permettant d’attirer leurs « proies ». Ils vivent depuis assez longtemps pour avoir assisté à l’évolution du monde ainsi qu’aux plus grands évènements relatés dans les livres d’histoire, alors ils sont très cultivés. Ils sont également loin de vivre dans la misère et sont dotés de pouvoirs surhumains. Ils peuvent se montrer en plein jour et, par-dessus tout, ils ont appris à contrôler leur instinct de bête sanguinaire !
Autant d’éléments réunis rendent les adolescents admiratifs, voire amoureux, de ces créatures des ténèbres supposées être à l’origine terrifiantes et repoussantes. « Le vampire est le nouveau James Dean (…). Ces jeunes prédateurs érotiques sont tellement détachés et sexy ! », affirmait cet été Julie Plec, scénariste et productrice déléguée de la série Vampire Diaries, dans un article du Courrier International.
L’évolution du personnage
La version glamour des vampires n’est pas apparue subitement. Elle est le fruit de l’évolution de cette espèce apparue pour la première fois dans Dracula, le célèbre roman de Bram Stoker, publié en 1897. Le vampire y est alors décrit comme l’incarnation du mal, un être aussi hideux physiquement que moralement. Nosferatu, la première adaptation cinématographique en 1922, reste fidèle au personnage. Tandis qu’en 1931, l’image à laquelle le monde est habitué se meut dans le Dracula de Tod Browning. Le vampire est toujours le même monstre dépourvu de pitié mais possède déjà une apparence bien plus séduisante. Cette image sera véhiculée à travers les nombreuses adaptations au cinéma qui suivront, dont l’une des plus remarquées restera Dracula de Francis Ford Coppola.
En 1994, Tom Cruise et Brad Pitt offrent dans Entretien avec un vampire encore plus de sensualité à ces créatures des ténèbres. Bien que Lestat (Tom Cruise) y perpétue la cruauté de sa race, on commence à ressentir en Louis (Brad Pitt) la bonté et l’abstinence du sang humain. À ce jour, la famille Cullen de Twilight et Stephen Salvatore de Vampire Diaries représentent la version la plus évoluée et sentimentale du vampire.
Stephenie Meyer, écrivain américaine auteur du roman Twilight, a participé à cette métamorphose. « Ce n’est que lorsque le personnage de Bella a cherché à s’informer sur le sujet que j’ai pour la première fois effectué une recherche sur les vampires. J’étais en train de créer mon propre monde, alors je ne voulais pas découvrir combien de règles je transgressais », répondait-elle à Time au cours d’une entrevue.
Ce changement n’est évidemment pas du goût des fervents admirateurs de la version originale, la cruauté, l’horreur, la noirceur du décor et de l’âme étant l’essence même du personnage. « Le vampirisme est un mal et le vampire une créature damnée. C’est pourquoi j’ai un léger haut-le-cœur en voyant ce qu’ils en ont fait : un être glamour complètement dépouillé de sa signification originale. Le vampire ne tombe pas amoureux de l’humain. Il le désire, certes, mais d’un désir pervers », s’insurge un jeune Canadien, Oli, sur son blog.
Cela dit, cette évolution aura eu le mérite de rassembler encore plus d’admirateurs autour du thème fantastique des vampires. Certains y recherchent la noirceur et la victoire du mal sur le bien, d’autres y trouvent l’amour et l’image de l’être parfait, mais tous partagent la même fascination pour l’immortalité, la force et le mystère.
La mode vampire
Le résultat ne se laisse pas attendre. Au Royaume-Uni, la tendance est à la « Horror Girl ». Pour rendre hommage à leurs idoles, les jeunes fans privilégient le teint pâle, les yeux sombres, les lèvres rouge sang et les cheveux noir corbeau. Au niveau vestimentaire, c’est le style gothique qui l’emporte, amalgamé aux tendances du moment. Il est hors de question de marcher dans la rue en ayant l’air de sortir d’une soirée déguisée !
Les réseaux sociaux en ligne sont une autre méthode pour montrer son appartenance et partager sa fascination pour les vampires. Facebook regorge de groupes d’admirateurs et d’applications ludiques. Le but est de mordre autant d’amis (virtuels) que possible et les transformer en immortels afin de se constituer sa propre armée.
Sur le site Internet américain www.vampirewebsite.net, on apprend, entre autres, comment reconnaître un vampire, comment révéler à sa famille et à ses amis que l’on en est un et où trouver des bars à vampires.
À Vancouver, épicentre du tournage du film Twilight, on a atteint l’obsessionnel. Les fans de tous âges ont traqué les moindres apparitions des acteurs dans les rues. Michele Danielov, une comptable de 37 ans, est connue comme la plus active des fans pour pister les déplacements des équipes de tournage. En se servant de Twitter et de techniques d’espionnage dignes de James Bond, elle a tenu les aficionados du monde entier informés. Les plus chanceux – ou acharnés – ont pu obtenir des photos et des autographes des acteurs.
Avec un pareil engouement des jeunes pour ces créatures ténébreuses, il est bien normal que le monde des affaires en tire profit, à l’image de Tru Blood (Sang Pur). La boisson à base de sang de synthèse nourrissant les vampires de la série du même nom est convertie dans le monde réel en boisson gazeuse à l’orange sanguine.
Nadia El Aidaoui





