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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Dossier : Vancouver, bouillon de cultures

Dossier : Vancouver, bouillon de cultures

De Kitsilano à Main, du jardinage au skateboard, Vancouver est une société aux pratiques hétéroclites. Pleine de contradictions, elle brasse des cultures dites urbaines qu’elle s’est appropriée au fil du temps et des mélanges de populations. Au final, elle s’est forgé une identité propre, reflétant un esprit de diversité. Que vous soyez un « fêtard frustré » ou un maniaque du vélo, la ville devrait trouver ce qu’il vous convient pour être un citadin épanoui.

Soirées secrètes
Parmi plusieurs surnoms attrayants, Vancouver a hérité du moins enviable « No fun city », la ville où l’on s’ennuie. Corinne Lea, gestionnaire du cinéma le Rio, en expliquait la raison lors d’une récente interview : « la ville, sa régulation et ses politiques brident l’ouverture et la création de nouveaux lieux culturels. Pourquoi les bars ferment-ils si tôt et pourquoi sont-ils tous concentrés sur Granville ? ». Un constat partagé par les acteurs culturels de la ville. Difficile d’ouvrir et surtout de conserver un lieu hors des sentiers battus. Dernier exemple en date : la fermeture du café-concert The Cobalt dont le gérant a été expulsé par les propriétaires en septembre dernier. Face à cela, les soirées à l’abri des regards se multiplient notamment à l’est de la ville. Musique live, boissons alcoolisées et horaires tardifs sont les attributs de ces soirées secrètes. La promotion se fait via le bouche à oreille et les sites de réseaux sociaux. En août dernier, un fourgon de police alerté par des voisins découvrait 200 danseurs au beau milieu de la nuit dans le parc Queen Elisabeth. Quelques mois plutôt, une soirée célébrant la culture hobo s’organisait en plein air sur Main Street, dans un lieu tenu secret jusqu’au dernier moment. Et les exemples ne manquent pas : concerts dans les jardins ou encore séances de cinéma à petit prix dans des studios d’artistes sont devenus pour la jeunesse vancouvéroise une façon de contourner la réglementation des lieux publics.

snowboard-chLe snowboard s’impose comme le sport d’hiver favori des Vancouvérois. Dès la fin août, les magasins spécialisés se remplissent d’accrocs de la glisse trépignant d’impatience dans l’attente des premières neiges. Une activité qui frôle l’obsession dans une ville bordée de montagnes, reléguant par la même occasion le ski au second plan.

Main Street en poésie
Historiquement, c’est l’artère centrale qui coupe la ville d’Est en Ouest. La rue autrefois délaissée par les politiques de rénovation. Main Street se conjugue aujourd’hui à tous les styles, depuis le centre ville jusqu’aux quartiers résidentiels. L’ouvrage de quatre artistes vancouvérois, Main Street : Discussions on urban culture, est un recueil de poèmes et d’essais, une exploration des variétés culturelles et des modes de vie de cet axe qui combine une multitude d’aspects sur sa démographie, ses types de vie locale, ses boutiques, ses musiques et ses habitants. Varouj Gumuchian, artiste et architecte, un des auteurs de ce livre, amoureux de Main Street, y décrit les projets d’amélioration de cette voie urbaine au fil du temps. Chacun peut y trouver son compte, entre ses nombreux ateliers, galeries d’art et antiquaires, restaurants, clubs, coiffeurs, friperies et produits locaux. Véritable laboratoire d’expérimentation, Main Street dégage à travers les écrits une identité locale propre, symbole d’une culture urbaine sans cesse en évolution.


La ville-vélo
Les Vancouvérois raffolent des deux roues. Qui n’a jamais vu passer dans la ville des monocyclistes, tandems, BMX et autres bizarreries à pédales ? L’exposition intitulée Vancouver & the Bicycle Revolution au musée de Vancouver (MOV) s’en est fait l’écho, en septembre dernier, décrivant le vélo comme « un véhicule d’auto-expression artistique et de changement social. » Des cyclistes de toute la province ont pu à cette occasion publier sur un site de partage de photos environ 400 clichés de leurs deux roues, témoignant ainsi de la vivacité de la communauté.

La ville, outre ses nombreuses pistes cyclables, offre la possibilité de transporter son vélo à peu près n’importe où, comme à l’avant des bus pour la plupart équipés de porte-vélos ingénieux. Pratique, le site cyclevancouver.ubc.ca a été conçu pour permettre aux cyclistes de déterminer à l’avance leur itinéraire à travers la ville en bicyclette. Sur Main street, le « Community bike » offre divers services et fonctionne comme un atelier ou chacun peut venir réparer ou monter soi-même son vélo. Enfin, pour tout savoir sur les activités en deux roues, le site velolove.bc.ca, relate tous les événements liés à l’art de pédaler dont le « Community mass », le plus connu des rassemblements du genre. Chaque dernier vendredi du mois, une nuée de cyclistes se donne rendez-vous devant la Art Gallery pour partir à 18 h arpenter les rues de la ville.

Dévaler les pentes
En attendant le printemps et la haute saison des compétitions de glisse sur le bitume, les samedis d’hiver sont animés par des sessions d’apprentissage de longboard qui voient leur nombre d’adeptes grossir à vue d’œil. Véritable outil de référence, le site www.coastlongboarding.com désigne deux à trois circuits pentus où les mordus de la planche se retrouvent pour une séance de descente à roulettes. Les participants, qu’ils soient débutants ou confirmés, doivent s’armer d’un casque et de protections pour se lancer sur les pistes, qui ne sont autres que des voies empruntées par les voitures ! Évidemment, la sécurité et l’encadrement sont de rigueur et les organisateurs se postent aux croisements pour s’assurer que des véhicules ne vont pas entrer en piste… Certaines sessions sont toutefois réservées aux initiés qui vont travailler sur la vitesse. La descente du Mont Seymour permet par exemple d’atteindre des pics à 100 km/h. Pas pour tout le monde donc… Très en vogue sur toute la côte ouest nord-américaine, la discipline est apparue dans les années 70 en Californie pour parer au manque de vagues. Procurant une sensation similaire à la pratique du surf ou du snowboard, elle a trouvé à Vancouver des centaines de disciples, entraînés aux pentes montagneuses de la région, ou coutumiers du Seawall.

tag-chPrésents sur les trains, les entrepôts et les parcs de skateboard de la ville, les graffiti s’invitent sur toutes les surfaces. Olga Campbell leur a consacré cette année un livre intitulé Graffiti Alphabet. Ce recueil de photographies prises dans Vancouver et sa région durant les six dernières années, est dédié à l’art d’écrire et de dessiner sur le mobilier public.

Une question de style
Quand on habite à Vancouver, il faut choisir son camp. Cela passe par des codes vestimentaires précis et l’attitude qui s’y rapporte.

Quelques stéréotypes :
• Les skateurs : souvent âgés entre 15 et 25 ans, ces fanatiques de la planche ne roulent jamais sans l’équipement adéquat : jeans allègrement porté sous les fesses, chaussé des incontournables Converse et évidemment, le tee-shirt du groupe de hard-rock Kiss. C’est cheveux longs pour les garçons et courts pour les filles.
• Les accros de la mode « mini-maxi » : mini-jupe/maxi-talons. Par bandes organisées de quatre ou cinq midinettes, elles défilent sur la rue Granville le samedi soir.
• Les « gangsters » : chétifs ou costauds, ils baignent dans leur « baggy » et chaussures Timberland. Casquette vissée et chaînes autour du cou, dignes de celles de Baracouda. Ils marchent en traînant un pied… toujours le même.
• Les coureurs : MP3, chaussures de sport à semelles anti-transpirantes. Gourde en métal et tenue près du corps. Ne s’arrêtent jamais de courir, préfèrent le ridicule du sur place quand il s’impose. En bonus, le chien bien dressé qui suit sans laisse.
• Les cols blancs : iPhone et costume chic pour les hommes. Pendant les heures de travail, la gent féminine aime repérer le poisson à la taille de sa montre métal. Doivent tenir un gobelet de café géant à la main toute la journée. Personne n’a jamais su pourquoi.

Musique hip-hop
Lundi soir, Modern discothèque à Gastown. Une dizaine de personnes se pressent pour entrer dans ce club du centre ville. À l’intérieur, musique hip-hop à fond. Des filles sexy accoudées au bar applaudissent les Mc et Dj qui improvisent à tour de rôle. L’un des rares lieux de rencontre rap de Vancouver. La scène hip-hop a du mal à émerger ici. Pourtant, le groupe Swollen Member avait ouvert la voie en remportant le Juno du meilleur enregistrement dans la catégorie rap en 1999. Une dizaine de groupes a su ensuite se démarquer, avec entre autres les Rascalz ou Cayne. Si les artistes revendiquent la singularité de la scène rap britanno-colombienne, il semblerait pourtant que la culture hip-hop vancouvéroise n’ait pas encore trouvé son propre registre. Le style adopté reste celui des stars du rap américain. Dans leurs clips : grosses berlines et filles à moitié nues, textes légers qui n’ont rien de comparable à l’engagement politique que l’on retrouve dans les textes des rappeurs français ou africains. En quête de crédibilité, les chanteurs du coin parlent de Toronto comme de leur rivale, à l’image de la bataille côte ouest/côte est entre les Mc de Los Angeles et de New York. À Vancouver, c’est plus de la frime qu’une réelle identité hip-hop.

Planter ses choux
Vancouver est un des hauts lieux de la culture potagère en ville. Dans les arrière-cours, sur les toits, dans les jardins communautaires, la mode est à la main verte. Choux, salades, tomates, herbes aromatiques fleurissent tant chez les particuliers que dans les grands hôtels ou les lieux publics. L’association « City Farmer » [comprendre « agriculture urbaine », ndlr], initiée ici en 1978 sous l’impulsion d’un groupe d’environnementalistes en croisade pour le changement social, propose divers ateliers aux citadins. Fabriquer son compost, constituer son potager bio, s’informer sur les insectes de manières à ne pas utiliser de pesticides, etc. Selon Michael Levenston, le fondateur, 44 % des Vancouvérois s’adonnent à de l’agriculture urbaine, que le potager soit un pot de basilic ou un champ de carottes. « C’est un phénomène qui a toujours été présent, mais qui fluctue selon l’économie ou les informations véhiculées par les médias », assure-t-il. En effet, depuis l’arrivée du couple Obama à la Maison-Blanche, avoir son potager comme Michelle, c’est tendance !
► City Farmer, 2150 Maple Street. www.cityfarmer.info

Charlotte Houang, Sophie de Kepper et Fanny Abes.

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