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Vendredi 21 décembre 2012

Dossier spécial « villes fantômes » : Sandon et ses quatre habitants

Dossier spécial « villes fantômes » : Sandon et ses quatre habitants

L’ancienne ville minière située dans la vallée des fantômes – Valley of the Ghosts – de l’ouest du Kootenay aurait pu comme tant d’autres disparaître. Une famille a cependant décidé d’y vivre avec le rêve de la reconstruire.

Une adolescente se tient bien droite derrière le comptoir de l’accueil aux visiteurs. Elle s’exprime avec calme et sérieux, à la façon d’un professeur intimidé par son auditoire. Le « hall » de la mairie de Sandon ne ressemble à aucun autre : pipes, horloges, bijoux, plans, photographies d’époque, un vrai bric-à-brac dans lequel on passerait des heures à fouiner. Catherine est l’une des quatre personnes qui habitent à Sandon. Elle y a passé les quinze premières années de sa vie avec ses parents et son jeune frère : « Je suis née à trente kilomètres d’ici. » Pour des raisons pratiques, la jeune fille ne va pas à l’école mais prend des cours par correspondance. L’isolement ? Elle ne s’en plaint pas mais « remercie tout de même Dieu d’avoir Internet. »

Son père, Hal Wright, découvre Sandon pour la première fois à l’âge de 12 ans. « Ma grand-mère, qui vivait à côté, a voulu me montrer la ville où mes ancêtres avaient vécu à la fin du XIXe siècle », raconte celui-ci. Il revient en 1972 pour un job d’été : « J’ai finalement décidé d’arrêter l’école et de rester. »

Trente-sept ans plus tard, le père adoptif de Sandon n’a rien perdu de sa passion pour la ville et accueille les visiteurs avec chaleur : « Sandon est dans mon sang, c’est mon héritage familial. » Sa femme, Veronika Pellowski, a rédigé un livre historique sur la ville, et c’est Alexander, 11 ans, le benjamin de la famille, qui fait visiter la petite centrale hydraulique de la ville, « la plus ancienne encore en fonctionnement du pays ».

Passé prospère

Le père fondateur de Sandon, lui, s’appelait John Morgan Harris. Cet Américain venu de Virginie l’avait découverte à 28 ans et ne l’avait jamais quittée. Randall Kemp, un journaliste local, décrivait à l’époque la « cité d’argent » comme un endroit « unique » : « Avec ses petites rues étroites et ses trottoirs à hauteurs variables, la ville respire la vie et la prospérité. Rien ne manque et on y trouve de tout. Les mineurs de tout le pays se bousculent dans les rues et les halls d’hôtel. »

Deux compagnies de chemin de fer desservent alors Sandon, qui est au cœur de la principale région productrice d’argent et de plomb du pays. Il y a beaucoup de passage dans cette ville que les observateurs de cette période disent « élégante ». En 1899, sa population atteint le nombre record de 5 000 habitants.

Après l’essor vient cependant le déclin, et Sandon se dissout au début des années 20. Elle revit brièvement pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque 1 000 japonais viennent combler les maisons vides. John Morgan Harris décède en décembre 1953 à l’âge de 89 ans et, deux ans plus tard, la ville est dévastée par des pluies torrentielles.

Incertitude

Sandon est aujourd’hui un curieux mélange ou se côtoient ruines et maisons restaurées. L’hôtel de ville fait face à l’hôpital qui n’est plus qu’un amas de planches de bois. Ce joyeux bazar cache en réalité une bataille entre la famille Pellowski-Wright, le gouvernement et le district, qui n’ont jamais pu se mettre d’accord sur l’avenir de l’endroit. La famille Pellowski-Wright possède seulement un quart des terres originelles. Hal Wright compare Sandon à un échiquier dont il n’aurait que les pions blancs : « Nous ne recevons pas d’aide, nous avons donc restauré certains bâtiments sur les terres qui nous appartiennent grâce à l’argent gagné avec notre compagnie de transport ». Mais, avec la crise économique, les travaux peinent à avancer.

Hal Wright voyait il y a encore peu en Sandon le potentiel d’une nouvelle Barkerville de l’ouest.  Aujourd’hui, il n’est plus sûr de rien. Quant à la jeune Catherine, elle songe à passer sa vie ici mais n’a pas encore pris de décision. Son grand frère a déjà déménagé à New Denver, à treize kilomètres de là.

À en croire la famille Pellowski-Wright, Sandon pourrait connaître le destin que d’autres ont subi avant elle. « Toutes les villes fantômes de l’ouest du Kootenay ont disparu sans laisser de trace », déplore Hal Wright.

Charlotte Houang

Retrouvez la suite du dossier ici :

- Dossier spécial « villes fantômes » : Villes d’outre-tombe : http://www.lexpress.org/societe/villes-d%E2%80%99outre-tombe/

- Traces du passé :
http://www.lexpress.org/reportages-photo/traces-du-passe/

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