Mercredi 8 septembre 2010

Prochaine publication papier

Lundi 13 septembre 2010

Dossier spécial : Le Downtown Eastside en reconversion

Dossier spécial : Le Downtown Eastside en reconversion

Créer du neuf avec du vieux

Promoteurs immobiliers et Downtown Eastside sont deux termes qui font rarement bon ménage en termes d’intérêts. Il faut donc trouver son créneau et proposer des projets différents. Robert Fung l’a bien compris et s’est spécialisé dans la construction de logements et bureaux à partir du patrimoine laissé – et parfois délaissé – à Gastown.

Si l’on est attentif, on peut se glisser par une porte en bois entrouverte, dans le dos de la statue de Gassy Jack au croisement de Carrall et Water Street. Là, dans l’arrière-cour de ce qui fut anciennement l’hôtel Alhambra, un ascenseur de verre vient côtoyer la brique rouge du vieil immeuble en pleine rénovation. C’est le concept de Robert Fung, fondateur et patron du groupe immobilier Salient, qui nous entraîne un vendredi midi sur Water Street, entre les dalles de béton et la peinture fraîche de ces bâtisses dont on a souvent oublié l’histoire.

Restaurer le patrimoine en donnant à celles-ci un coup de jeune ; conserver ce qu’il leur reste de leur construction originelle ; y ajouter une touche de modernité en les surmontant d’étages contemporains : c’est l’un des objectifs de ce jeune quadragénaire qui souhaite offrir une nouvelle perception du Downtown Eastside par son héritage architectural et urbain. « Les opportunités n’ont pas été saisies dans ce quartier, constate Robert. Ces immeubles reflètent notre passé, notre identité. Et nous avons perdu trop d’entre eux en les laissant tomber en ruines », regrette celui qui a remis le Flack Building sur pied.

Si Robert transforme ces bâtiments en appartements contemporains hauts de gamme, pas à la portée de toutes les bourses, il n’est pas non plus là pour recréer un nouveau Yaletown, branché, tendant parfois à l’artificiel, où le soleil n’éclaire plus que par reflets sur les immenses parois des tours de verre. Non, il a établi ses quartiers dans Gastown, persuadé d’y avoir trouvé le potentiel pour un renouveau créatif, avec des demeures « au style européen ».

Ainsi, on parcourt avec lui ses quatre projets immobiliers qui s’étendent sur les restes de lieux historiques : l’Alhambra, construit après l’incendie de 1886, remodelé par la suite en cour de justice et prison, puis transformé dans les années 1970 en bureaux. Celui-là deviendra un restaurant que jouxteront divers commerces. À la porte suivante s’érige le Garage Project, sur les ruines du garage des Frères Nagle construit en 1938, et de la compagnie Canada Cordage, autrefois fournisseur de cordes de l’industrie maritime de Vancouver. Fung y prévoit la rénovation des locaux et l’ajout d’étages supplémentaires où s’établiront des espaces de travail et des lofts. Quelques mètres plus loin, c’est enfin le Terminus Building et le Grand Hotel qui donneront naissance au Terminus Project. « Le premier était vacant depuis 1968 et tombait littéralement en ruines. Le second a brûlé, nous n’avons gardé que la façade d’origine, avec des fenêtres qui datent de plus de 100 ans », raconte-t-il avec des yeux d’enfant.

En tout, ce sont 46 appartements, 34 espaces de vie et travail ainsi que des bureaux et commerces qui verront le jour d’ici la fin de l’année 2009. « Les années 70 ont marqué un tournant dans ce quartier, sans pour autant prendre conscience de l’importance de faire évoluer notre patrimoine. Gastown est alors resté un ghetto de façades décrépites », ajoute-t-il.

« Le patrimoine coûte cher »

Qu’en est-il alors du reste du Downtown Eastside ? Pour l’heure, un autre projet est en route au 53 West Hastings : Paris Block. L’ancienne usine de chaussures de Pierre Paris qui datait du début du XXe siècle a laissé place aux grues qui rénovent ce bâtiment de briques et élèveront un autre ensemble contemporain juste à côté. « Nous sommes toujours incertains de ce que nous serons autorisés à construire dans cet arrondissement, craint Robert. Préserver le patrimoine coûte extrêmement cher. Rien ne serait possible sans le soutien de la ville et du gouvernement. Jusqu’à la fin des années 1990, aucune politique n’autorisait d’investissements dans le privé. Tous les efforts étaient concentrés dans la construction de logements sociaux réclamés par le quartier, capable de faire reculer les plus grosses entreprises comme Concord Pacific, concède-t-il. Mais mon but n’est pas d’expulser les habitants actuels. Ni de remplacer les logements sociaux par de l’immobilier au prix du marché. Mon but est de créer un équilibre entre tous types de projets, bureaux, espaces commerciaux, lofts, appartements, magasins, de manière à recréer un Downtown Eastside dynamique, créatif et attirant pour tous », conclut-il.

Sophie de Kepper

Retrouvez la suite du dossier :
- L’avenir du « Vieux Vancouver » encore incertain : http://www.lexpress.org/societe/dossier-special-le-downtown-eastside-en-reconversion/
- La mémoire vivante de Strathcona : http://www.lexpress.org/societe/dossier-special-le-downtown-eastside-en-reconversion-3/
- Downtown Eastside : l’histoire d’un quartier : http://www.lexpress.org/societe/downtown-eastside-lhistoire-dun-quartier/

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