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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Seattle : « On s’était donné rendez-vous devant la statue de Jimmy Hendrix »

Seattle : « On s’était donné rendez-vous devant la statue de Jimmy Hendrix »

Activiste convaincu, Darren Alexander est particulièrement impliqué dans les causes touchant à l’environnement et la justice sociale. Il était au cœur des émeutes de Seattle et nous rapporte, dix ans après, son expérience et son opinion de manifestant de l’époque.

« J’étais et je suis toujours ce qu’on appelle un « activiste ». Beaucoup de mes amis et collègues à Victoria l’étaient aussi. Il faut garder en tête que l’île de Vancouver abrite les parcs Clayoquot Sound et The Walbran, deux épicentres de l’activisme environnemental. Rien d’extravagant pour nous donc de se rendre à Seattle. Nous y sommes allés en tant qu’« affinity group », ce qui signifiait qu’on allait travailler ensemble et s’entraider sur place.

Nous avons pris le ferry depuis Victoria jusqu’à Seattle pour nous rendre au centre-ville. On s’était donné rendez-vous, avec d’autres groupes, devant la statue de Jimmy Hendrix. Dès le lendemain, le 30 novembre, nous nous sommes retrouvés à 5 heures du matin pour nous diriger vers le Palais des congrès. C’était un matin froid et pluvieux. Il y avait de l’électricité dans l’air alors que nous avancions tranquillement, fatigués et frigorifiés, nous demandant comment notre plan – empêcher la tenue de la conférence de l’OMC – allait fonctionner. Je me suis rapidement rendu compte que nous étions très nombreux ! Tous les gens présents avaient des rôles bien spécifiques à jouer : relater l’information, soigner les éventuels blessés, empêcher les ministres d’accéder au Palais des congrès par le dialogue et des chaînes humaines, construire des barrages pour empêcher les voitures de circuler, placarder des affiches, s’occuper de la logistique ou encore gérer la sécurité.

« Champ de bataille »

Et puis les policiers ont débarqué, en masse, aux environs de 8 heures. La grande majorité des manifestants étaient pacifiques – excepté quelques casseurs, les Black Block, qui étaient surtout des provocateurs. Mais les forces de l’ordre ont choisi de nous affronter par la force. Elles ont clairement abusé de leur rôle et de leurs responsabilités. Il suffit de regarder des vidéos. J’ai moi-même vu des motards de la police rouler sur des manifestants allongés sur le sol, les bras attachés les uns aux autres par de gros cylindres. Des policiers ont aussi pulvérisé du spray directement dans les yeux des contestataires après avoir arraché leurs lunettes. Nous avons également été la cible de tir de balles (en caoutchouc). Cette brutalité a transformé les rues en véritable champ de bataille.

En tant qu’activistes, nous étions préparés à l’éventualité que ça dégénère. Rapidement, manifestants et syndicats de routiers et machinistes, qui n’en croyaient pas leurs yeux, se sont alliés à nous. Les gars des syndicats étaient bien bâtis et plutôt énervés. Ils se sont défendus avec l’esprit de vengeance. Le personnel médical s’est occupé d’eux en soignant leurs coupures et leurs egos blessés. Les « combats » ont duré toute la journée… Était-ce effrayant ? Oui. Mais nous avons remarqué quelque chose. Après le deuxième assaut de la police, nous étions toujours debout et plus que jamais déterminés ! Nous avons tenu le coup jusqu’à la fin de la journée. Au final, nous avons réussi à retenir plusieurs délégués et beaucoup ont rebroussé chemin, malgré l’intervention de la police. Et tout cela sans la moindre violence.

Seattle a montré au monde que tout n’était pas joli-joli ici [en Amérique du Nord, ndlr]. En cette fin de millénaire, nous avons posé la question de la légitimité de l’OMC et d’autres mouvements néo-libéraux. » Même dans la soi-disante plus grande démocratie du monde, un gros malaise persistait au sein de la population. Nous n’avons pas eu peur d’être attaqué par une armée de « Robocops » pour nous faire entendre. »

Charlotte Houang

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