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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Dossier : Les perles du festival

Dossier : Les perles du festival

Pas moins de 350 films de 80 pays du monde entier ont été diffusés sur grand écran lors du 28e Festival internationaldu film de Vancouver (VIFF), qui s’est achevé le week-end dernier. Charlotte Houang et Sophie de Kepper, aprèsune orgie de séances de cinéma, en ont retiré plusieurs pépites qu’elles vous conseillent de regarder.


VIFF65 Red Roses_X-ch65_RedRoses
Réalisé par Nimisha Mukerji, Philip Lyall, John Ritchie
Pays : Canada, Colombie-Britannique

Son nom est Eva Markvoort. Cette jeune Britanno-colombienne de 23 ans est atteinte de fibrose kystique, plus communément appelée mucoviscidose. Pétillante, vive, rayonnante, Eva s’étouffe chaque jour un peu plus. Se noyant de l’intérieur, crachant ses poumons infectés de mucus, sous le regard impuissant de son frère, sa sœur et ses parents, qui la voient s’enfoncer.

Au moment où les réalisateurs Nimisha Mukerji, Philip Lyall et John Ritchie la rencontrent, elle vit depuis des mois dans l’ombre d’elle-même. Loin des images qui la montrent sur les planches de théâtre de son université. Alternant les séjours entre Saint Paul’s Hospital et la maison, Eva espère une greffe des poumons, qui pourrait la tuer ou lui donner une chance de survie. L’attente est douloureuse, surtout pour une jeune femme dont on ne manque pas de cerner l’énergie et la rage de combattre.

Isolée des patients atteints de la même maladie afin d’éviter la transmission de bactéries, Eva est suivie chaque semaine par les caméras, qui mettent alors en avant la communauté de soutien sur le Net à laquelle elle se rattache continuellement. Eva est connue sous le pseudonyme de 65_RedRoses : un jeu de mots sur le terme cystic fibrosis, rajoutant red, « parce que le rouge est sa couleur préférée ».

Elle y trouve conseils et soutien auprès de ceux qui ont déjà subi la greffe, ceux qui la rejettent également, par choix ou parce que leur corps la refuse. Elle se rapproche alors de deux jeunes femmes américaines, également atteintes, à des stades différents de la maladie : Spirit_of_Kina et Megmucus. Avec elles, Eva partage ses craintes d’un avenir incertain, ses plus grandes peurs et espoirs pré-opératoires. Kina lui raconte sa vie quotidienne, confrontée au rejet chronique de sa double transplantation pulmonaire. Meg quant à elle se noie dans l’alcool et l’automédication en excluant toute idée de greffe.

Intime, bouleversant, ce documentaire touche le public en profondeur par de nombreuses séquences d’espoir et non pas seulement quelques fois larmoyantes. Les mois passent et l’équipe de tournage s’immisce à la fois dans les moments de douleur physique mais aussi dans la relation de confiance, et très vite d’amitié qui se nouent entre les trois jeunes filles. Libres de circuler dans les salles de l’hôpital, d’assister aux interventions chirurgicales ou aux moments familiaux, Nimisha, Philip et John font ressentir la maturité d’Eva et son indéniable sens de l’humour dans une situation où son plus grand souhait est de respirer, tout simplement.  ■  S. de K.


VIFFPrecious-chLee Daniels présente Precious: Based on the Novel Push

L’histoire de Precious est de celles qu’on préférerait ne pas connaître. Un récit d’abord écrit par Sapphire, sous le nom de Push en 1996, avant d’être adapté cette année à l’écran par Lee Daniels, venu en personne présenter le film au VIFF, déjà récompensé par deux prix au festival Sundance en janvier dernier lors de sa première présentation.

Precious – du nom du personnage principal – décrit le quotidien d’une adolescente afro-américaine de 16 ans. Analphabète, obèse et enceinte pour la seconde fois de son père, elle se voit forcée d’intégrer une école dite alternative. Sa vie n’est rythmée que par la violence : les coups et les insultes de sa mère, les viols de son père, les moqueries des passants… L’actrice principale, Gabourney Sidibe, interprétait ici son premier rôle au cinéma.

« J’ai appelé une agence à Hollywood, pour leur demander s’il avait une actrice noire de plus de 200 kilos, a expliqué Lee Daniels après la projection. La chasse était ouverte ! Ils ont cherché partout, du coté des MacDonalds, Macy’s, les coins de rues ». L’actrice de 25 ans, originaire de Brooklyn, a finalement été choisie parmi plus de 350 jeunes femmes pour donner la réplique à quelques têtes connues dans des seconds rôles tels que Lenny Kravitz et Mariah Carey, méconnaissable dans son personnage d’assistante sociale. Le casting, très réussi, révèle surtout l’actrice Mo’Nique, bluffante dans le rôle de la mère de Precious.

Le film, quelque peu misérabiliste, s’est révélé être pour Lee Daniels une sorte de thérapie. « Quand j’avais onze ans, une petite fille qui vivait à quatre blocs de chez moi est apparue couverte de sang devant ma porte. Elle était terrorisée et nous répétait que sa mère allait la tuer. J’ai vu la peur dans les yeux de ma mère. J’ai voulu faire ce film pour guérir mes blessures d’enfance ». Un choix qui n’a d’abord pas été compris par ses proches : « Mes parents m’ont demandé pourquoi je ne faisais pas un film plus joyeux, du type Tyler Perry [acteur américain connu pour ses programmes de divertissements, ndlr] ».

Quelques minutes avant la première diffusion au VIFF, le réalisateur avait expressément demandé au public de ne pas se retenir de rire malgré la gravité permanente du film. « J’ai eu peur que le film soit mal reçu, qu’il fasse du mal à la communauté afro-américaine, confie-t-il. J’ai découvert que le thème était universel et qu’il ne concernait pas seulement une minorité black. Notamment après la diffusion au festival Sundance lorsqu’une Chinoise de 80 ans m’est tombée en pleurs dans les bras pour me remercier. On peut tous s’identifier à elle, nous sommes tous un peu Precious ». ■  C. H.


VIFFImaginarium Of Dr. ParnassusL’imaginarium du Docteur Parnassus
Réalisé par Terry Gilliam
Pays : Canada/Royaume-Uni

Avec un casting à faire pâlir (Heath Ledger, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrell, Christopher Plummer ou encore Tom Waits), Terry Gilliam nous a pondu un conte fantastique contemporain, où se mêlent un vieillard gorgé d’alcool, une charmante demoiselle, un bel inconnu, ou encore un sage nain. Menant une troupe nomade de théâtre de fortune, le Dr Panassus a le don d’envoyer ses spectateurs dans un univers changeant selon leur propre imagination, en passant par un miroir magique. Mais tout ceci a un prix, puisque que Parnassus perd ses paris incessants contre M. Nick, une sorte de diable moderne, qui réclame aujourd’hui son dû : Valentina, sa fille. Curieux, totalement burlesque, le film s’échappe dans des vallées idylliques, décors improbables remplis d’étranges créatures, où l’imagination n’a plus de limites. Pour rompre la mainmise de M. Nick, la troupe devra se lancer dans un tout dernier voyage à travers le miroir. Excellent ! ■ S. de K.


VIFFAnitchrist-chAntichrist
Réalisé par Lars Van Trier
Pays : Danemark/Suède/France/Italie

Sorti tout droit des cauchemars de Lars Van Trier – le plus célèbre des cinéastes suédois contemporains – Antichrist divise, dérange et met mal à l’aise. Le réalisateur de Breaking the Waves a pourtant réalisé le meilleur film d’horreur de ces dernières années. Terrifiant dès la première scène – esthétiquement incroyable – Antichrist met en scène un couple meurtri par le deuil de leur enfant, mort défenestré. Lui, un thérapeute – Willem Dafoe, déjà vu dans Manderlay du même réalisateur – tente de soigner sa compagne qui sombre dans la dépression en partant s’isoler dans un chalet au milieu d’une forêt. Mais l’isolement et la nature, thème favori de Lars Van Trier, entraîne peu à peu Charlotte Gainsbourg dans la folie. L’actrice française a reçu à ce titre le prix d’interprétation féminine à Cannes cette année. Un film glaçant décrit par son créateur comme « le plus important de sa carrière ». ■  C. H.


VIFFMyTehranForSale-chMy Tehran for Sale
Réalisé par Granaz Moussavi
Pays : Iran/Australie

Exploitant la contradiction entre une culture archaïque menée par des mœurs rigides, et une jeune société happée par la modernité, Granaz Moussavi nous invite dans la vie de Marzieh, une artiste iranienne de Téhéran, contrainte de jouer dans des productions théâtrales clandestines afin de poursuivre sa passion. La jeune femme, comédienne et clown de l’ombre, nous fait pénétrer dans un monde où les concerts rock, les avortements et les liaisons amoureuses sont épiés et rapportés aux autorités qui brandissent la menace d’interpellations et de punitions par le fouet ou la mort. La personnalité naturelle et touchante de Marzieh apporte une touche d’humour et de fraîcheur dans cet univers qui l’étouffe, jusqu’à envier cette ville bercée de contradictions. Lorsqu’elle envisage de fuir Téhéran et l’Iran, qui regorgent de tant d’êtres plein d’espoir pour leur pays, la déchirure est palpable, même pour nous. Un sentiment de jeunesse gâchée nous emplit. Un film émouvant. ■  S. de K.


viff john rabe corrigéJohn Rabe
Réalisé par Florian Gallenberger
Pays : Allemagne/Chine/France

Nankin, 1937. John Rabe est un industriel allemand, dirigeant de l’usine Siemens, installé avec son épouse Dora en Chine depuis 27 ans lorsqu’il est rappelé à Berlin. Son retour est remis en question quand l’armée japonaise décide d’attaquer la ville, après avoir déjà pris Shanghai. John Rabe, incarné par Ulrich Tukur, bouleversant de courage et d’humanité, devient au contact de milliers de Chinois persécutés en proie au Massacre de Nankin un héros, supervisant la mise en place d’une zone de sécurité au sein de la ville assiégée, permettant la survie difficile d’environ 200 000 Chinois. Angoisse et indignation marquent ce film historique qui nous plonge dans une vision ignoble de la guerre et de l’ennemi. John Rabe rend hommage à un homme dont l’histoire a été passée sous silence pendant des décennies, pour avoir à l’époque tenté de s’opposer aux Japonais, alliés de l’Allemagne. ■  S. de K.


VIFFMaidThe-chThe Maid/La Bonne
Réalisé par Sebastián Silva
Pays : Chili

Au service d’une famille chilienne bourgeoise depuis plus de vingt ans en tant que bonne à tout faire, Raquel tente tant bien que mal de maintenir son rang, parfois ingrat, dans la famille. Le surmenage de cette dernière conduit la mère de famille à engager une nouvelle aide ménagère, au grand dam de Raquel qui, aliénée par son travail, y voit une menace de perdre « sa famille ». À travers un point de vue original, le jeune réalisateur chilien, Sebastián Silva, peint un formidable portrait de la société hiérarchique latino-américaine. Pourtant tourné, par manque de moyens, avec une petite caméra Panasonic, La Bonne a été primé à deux reprises au dernier festival de Sundance. C’est le second long métrage du cinéaste qui, marqué par son enfance entourée de bonnes, avait déjà réalisé un court métrage et un album-photo sur ce sujet. ■  C. H.


VIFFFacing aLI-chFacing Ali
Réalisé par Pete McCormack
Pays : Canada

« Je suis le plus grand ! » hurlait Muhammad Ali au monde entier. À travers le regard de ses anciens adversaires, le documentaire nous offre une compilation d’images des années 60 à 80, retraçant son ascension depuis ses débuts comme boxeur jusqu’à sa difficile retraite et sa maladie, en passant par ses trois titres de Champion du monde de boxe dans la catégorie poids lourds. Mais aussi son implication dans la communauté noire, ses convictions religieuses comme musulman, ses oppositions publiques à la Guerre du Vietnam. Dans l’œil de ses plus grands opposants, on retrouve toujours le sentiment de défi, la fierté d’avoir combattu l’un des athlètes les plus brillants, mais aussi le respect pour cet homme qui a affronté son temps et une société américaine empreinte de racisme. L’avancée chronologique du film de McCormack honore cet homme charismatique qui n’avait pas sa langue dans sa poche. Ses propos et son tempérament ne laisseront pas le spectateur indifférent. ■  S. de K.


oxhide IIOxhide II
Réalisé par Liu Jiayin
Pays : Chine

La jeune réalisatrice pékinoise de 28 ans, Liu Jiayin, a sans doute signé le film le plus conceptuel et expérimental du festival. Oxhide II est une plongée de deux heures dans le quotidien d’une famille chinoise, affairée à la réalisation de raviolis dans une petite cuisine austère de Pékin. Une leçon culinaire ? Presque, tant leur réalisation est fastidieuse et artistique. Les dialogues, rares et piquants, ainsi que la narration, ultra-réaliste, donne l’étrange impression d’être un observateur privilégié, campé dans un coin de la pièce. La caméra déplacée à neuf reprises dans le sens des aiguilles d’une montre revient finalement à son point de départ signifiant la fin du repas et donc du film. Avec en trame de fond la précarité d’une famille dont le commerce est menacé de fermeture, Liu Jiayin a filmé ses parents et y interprète son propre rôle. Déjà récompensée en 2005 au VIFF pour le premier volet d’Oxhide, Liu Jiayin a promis une suite qui sera cette fois-ci une comédie.■ C. H.

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