Dans la quête individualiste vers le bien-être qui caractérise nos sociétés occidentales, nourriture « bio », yoga ou encore méditation n’ont jamais été plus à la mode. Par ricochet, le bouddhisme séduit, loin du matérialisme et de notre société de consommation.
«Être heureux c’est savoir se contenter de peu. » Épicure et bien d’autres philosophes l’ont dit. Le bouddhisme est bel et bien présent en Colombie-Britannique et plus particulièrement à Vancouver. La région compte près de 40 000 pratiquants et 8 temples bouddhistes. C’est l’immigration asiatique et notamment japonaise qui a introduit le bouddhisme au Canada.
Cependant, il faut attendre des vagues d’immigrations asiatiques plus tardives pour que le bouddhisme s’intègre réellement à la société canadienne. Dès lors, le bouddhisme à Vancouver devient très diversifié et ne se résume pas seulement au bouddhisme tibétain.
De nombreuses philosophies bouddhistes s’y côtoient, principalement le bouddhisme « theravâda » et le bouddhisme « mahâyâna ». Brian Ruhe, ancien Monk en Thaïlande, et enseignant laïc du bouddhisme et de la méditation à Vancouver depuis 1996, préconise le bouddhisme « theravâda », le plus ancien et celui qui découle directement des paroles du prince indien Siddharta Gotaman devenu Bouddha au Ve s. avant notre ère.
Occidentalisation du Bouddhisme ?
Vancouver vient d’être nommée la ville offrant la meilleure qualité de vie au monde par The Economist. À quoi lui doit-on cela ? Vancouver, ville mondialisée ou Vancouver, ville du bien-être ? Probablement les deux. La ville reflète parfaitement la conciliation de valeurs apparemment paradoxales qui se sont développées dans nos sociétés occidentales pendant le XXe siècle. D’une part, nos sociétés sont tournées vers l’extérieur, elles développent une conscience mondiale, parlent de l’avenir de la planète et glorifient l’humanitaire.
D’autre part, elles sont aussi individualistes et célèbrent la valeur du bien-être. Or, le bouddhisme semble offrir une forme de spiritualité qui est compatible avec toutes ces valeurs. Il enseigne la paix intérieure comme la paix dans le monde.
Plus de souffrance
Première phrase d’un cours d’introduction au Bouddhisme par Brian Ruhe : « Le bouddhisme, c’est le chemin et la méthode vers la fin de la souffrance. » Nous avons très vite associé la fin de la souffrance au bien-être, ce qui n’est pourtant pas la même chose. Quoi qu’il en soit le bouddhisme nous encourage à une introspection méditative qui nous semble être la voie vers un bonheur plus authentique.
En même temps, le Daïla Lama image emblématique du bouddhisme, donne au bouddhisme une dimension beaucoup moins égocentrique et plus altruiste. Lors de sa dernière visite à Vancouver en 2007, il lance à son habitude un message de paix dans le monde. Le bouddhisme semble satisfaire à notre vie globalisée tout comme à notre individualisme.
Spiritualité ou Science ?
« Le bouddhisme est une religion » nous dit Brian Ruhe « ceux qui la pratiquent vraiment vont au-delà de la simple méditation et s’intéressent à la parole de Bouddha, le karma, la renaissance… ». Cependant il avoue que ses élèves sont la plupart du temps des débutants non religieux. Alors que viennent-ils chercher ? Les cours proposés sont variés. Des jours de retraite silencieuse dans la forêt aux cours de réduction du stress par la méditation, chacun y trouve son compte : les plus religieux ou ceux qui cherchent simplement à s’évader du monde moderne.
Une étude de Statistique Canada sur les « tendances sociales canadiennes » montre que les pratiques religieuses des Canadiens ont effectivement changé. On constate inévitablement une baisse de la fréquentation des lieux de culte. Cependant l’ampleur de la sécularisation du Canada est à contraster avec une forme de religiosité qui s’exerce maintenant chez soi de manière plus individuelle.
Comme le dit Brian Ruhe, le bouddhisme peut presque être apparenté à de la psychothérapie. Le bouddhisme pourrait-il envahir la sphère scientifique ? Le débat est lancé notamment par des scientifiques qui considèrent qu’il exerce la science de l’esprit. Ces chercheurs s’intéressent à ces pratiques pour soigner les maladies mentales. Pratiquée comme une religion ou pas la philosophie bouddhiste a décidément bien des vertus.■


