Le taux de pauvreté des enfants en Colombie-Britannique est, avec celui du Manitoba, le plus élevé au Canada, selon un rapport de l’association First Call: BC Child and Youth Advocacy Coalition. La coordinatrice provinciale, Adrienne Montani, nous dresse un portrait de la situation.
L’Express du Pacifique – Peut-on chiffrer la pauvreté des enfants en Colombie-Britannique ?
Adrienne Montani – Environ 19 % des enfants sont pauvres* dans la province, soit 156 000 jeunes. La moitié d’entre eux vivent dans la région de Vancouver. Ces chiffres datent de 2007, lorsque l’économie se portait encore bien. Il y a des poches d’extrême pauvreté aussi bien dans les villes que dans les zones rurales. À Vancouver, par exemple, le Downtown Eastside est l’un des quartiers les plus touchés du Canada.
L.E.P. – Comment se traduit cette pauvreté à l’école ?
A. M. – Les enfants sont exclus socialement. En effet, ils ne peuvent pas acheter les habits à la mode ou faire partie de l’équipe de football parce qu’ils ne peuvent pas payer les 50 dollars de frais de participation. La plupart des écoles ont des bourses, mais il faut que les familles déclarent leur état de pauvreté. Ces dernières refusent de le faire, souvent par fierté ou parce qu’elles en ont assez de répéter leur état financier à l’administration scolaire. Les enfants s’excluent aussi eux-mêmes du processus. Ils préfèrent ne pas demander 25 dollars à leur mère pour une activité scolaire afin ne pas la culpabiliser. Tout cela augmente le stress à la maison.
L.E.P. – Quels sont les autres problèmes à la maison ?
A. M. – La pauvreté influe sur la nutrition des enfants. Les familles à faible revenu consomment beaucoup de glucides et d’aliments à haute teneur en calories, des produits à moindre coût. Imaginons que je suis une mère de famille, qui élève seule deux enfants à Hazelton, dans le nord de la province. Comme je n’ai pas de voiture et qu’il n’y a pas de supermarché près de chez moi qui vend des produits en vrac, donc moins chers, il faut que je demande à quelqu’un de me conduire à Smithers ou à Terrace. Autrement, je nourris mes enfants dans un restaurant rapide, où les aliments ne sont pas nutritifs mais où le prix du repas est bon marché.
L’obésité est plus élevée dans les familles à faible revenu parce qu’elles mangent mal et qu’elles ne font pas d’exercice. Les enfants qui habitent un quartier à haute criminalité vont avoir tendance à rester cloîtrés chez eux après l’école. Plutôt que d’aller courir, ils vont regarder la télévision ou jouer à des jeux vidéo. Une mauvaise alimentation affecte aussi le bon développement du cerveau.
L.E.P. – Pourquoi le taux de pauvreté est-
il si élevé en Colombie-Britannique ?
A. M. – Les salaires sont trop bas. La majorité des enfants (56 %) vivent avec au moins un parent qui travaille à temps plein. Mais ces familles n’ont toujours pas assez d’argent. Le salaire minimum en Colombie-Britannique est de 8 dollars de l’heure, soit le plus faible au pays. On a aussi 350 000 personnes qui gagnent moins de 12 dollars de l’heure. Ce n’est pas suffisant pour élever des enfants. Les prestations sociales sont très faibles. Elles ne sont pas indexées sur l’inflation et ne reflètent pas le véritable coût de la vie.
L.E.P. – Le gouvernement n’a-t-il pourtant pas mis en place un système d’aide aux familles ?
A. M. – Oui, l’aide aux loyers est une bonne réponse, vue la difficulté du marché à offrir des logements abordables. Mais il y a des limites. Le gouvernement voulait soutenir 14 000 familles, mais pas plus de la moitié d’entre elles ont obtenu l’aide escomptée. La subvention des cotisations médicales et la baisse des impôts sont un pas dans la bonne direction, mais elles ne sont pas suffisantes pour soulager les gens.
L.E.P. – Que doit-on faire ?
A. M. – Nous tentons de convaincre le gouvernement et les entreprises d’établir un salaire qui permet de subvenir à ses besoins en fonction du lieu où l’on habite. À Vancouver, il serait de 16,74 $ de l’heure**. Ainsi, une famille de deux adultes travaillant à temps plein avec deux enfants pourrait louer un appartement convenable et acheter des aliments nutritifs. Par contre, ils ne pourraient pas s’offrir une voiture ou économiser pour leur retraite. ■
Propos recueillis par
Philippe Moulier
* Le rapport de First Call se base sur les chiffres présentés par Statistique Canada qui mesurent la pauvreté en tenant compte des revenus, du nombre de personnes dans un foyer et de l’endroit où elles habitent.
** D’après le comité consultatif A living wage for families, composé d’organismes communautaires de l’agglomération de Vancouver.


