Le Canada a une législation assez stricte concernant le port d’arme. Cependant, les décès par balles restent élevés.
On estime à sept millions le nombre d’armes à feu présentes sur le territoire canadien. Un foyer sur quatre en possède au moins une, ce qui représente 24 % des adultes. Ainsi, le Canada se place dans la moyenne des pays industrialisés. Toutefois, on est loin de la situation que connaissent les États-Unis, où près de la moitié des ménages est armée.
Michelle, une activiste vancouvéroise pour le contrôle des armes, explique que « là-bas, le port d’arme est un droit, ce qui n’est pas le cas dans notre pays où l’on met la protection des victimes au premier plan. Au Canada, les personnes qui veulent s’en procurer une pour protéger leur famille, par exemple, doivent prouver qu’elles sont en danger et que les forces de l’ordre ne peuvent pas les protéger totalement. »
Pourtant, le Canada connaît l’un des taux de mortalité par arme à feu les plus élevés des pays industrialisés. Chaque année, environ 1 300 personnes meurent par balle. En Colombie-Britannique, on dénombre annuellement près de cinq morts pour 100 000 habitants. Statistique Canada révèle que 77 % de ces décès sont liés à un suicide. « C’est pourquoi il faut axer l’approche sur la prévention et le repérage des personnes psychologiquement fragiles », insiste Michelle. La loi canadienne va d’ailleurs dans ce sens.
À la suite à la tuerie du 6 décembre 1979 à l’école Polytechnique de Montréal où 14 jeunes filles avaient trouvé la mort, une loi axée sur la prévention et sur l’identification des propriétaires fut votée. Mis en place en 1991, ce dispositif est encore aujourd’hui sujet à de nombreux débats. En cause, le recensement obligatoire auprès de l’État de toutes les armes présentes sur le territoire – un processus encore en cours. À terme, tous les propriétaires d’armes à feu, y compris les carabines et les fusils de chasse, devront être enregistrés sur un registre national. En 2003 et en 2006, le gouvernement a accordé un délai supplémentaire pour que les citoyens puissent se conformer à la loi. La prolongation de la période d’amnistie avait alors provoqué une polémique. Le gouvernement avait pourtant déclaré que cette mesure visait à « améliorer le contrôle des armes à feu en évitant de criminaliser sans raison les propriétaires ». L’opposition avait vivement critiqué Harper, l’accusant de vouloir « tuer par décret le registre des armes à feu ». Depuis longtemps, les conservateurs sont soupçonnés de vouloir supprimer le registre national des armes. Le 16 mai prochain, la seconde amnistie touchera à sa fin, l’occasion peut-être, de vérifier leurs dires.
Une bonne stratégie ?
Les défenseurs de la législation sur les armes à feu insistent moins sur le registre que sur l’obligation de détenir une autorisation d’acquisition, de suivre une formation à la sécurité et de passer des tests destinés, entre autres, à vérifier l’état mental de l’acheteur.
D’après Wendy Cukier, présidente de la Coalition pour le contrôle des armes, le cadre législatif est primordial : « De nombreuses recherches semblent indiquer qu’il existerait une relation entre l’accès aux armes à feu et les décès et blessures causés par ces armes. D’après une étude plus récente, les changements apportés à la législation canadienne ont eu un effet sur le taux de décès accidentels. Plus la population d’un pays est armée, plus la santé publique est mise en danger. Les recherches montrent que les foyers possédant des armes à feu ont 2,7 fois plus de chance d’être confrontés à l’homicide d’un membre de leur famille. Le risque de suicide est multiplié par 5, c’est particulièrement vrai pour les adolescents ».
Mais pour d’autres, contrôler sévèrement l’accès aux armes ne sert pas à grand’chose. Pour un revendeur de Surrey, dans la banlieue de Vancouver, « la majorité des armes en circulation sont en fait des carabines ou des fusils de chasse. Ce ne sont donc pas des armes lourdes. » En effet, les trois quarts des acquéreurs canadiens invoquent la chasse comme unique motivation d’achat. Selon lui, « les armes sont surtout utilisées dans un cadre sportif et la plupart de mes clients sont des gens responsables ». Et si la population de la province montre moins d’intérêt pour l’acquisition d’une arme par rapport au reste du pays, une personne sur six environ en possèderait au moins une. « De plus en plus de gens s’inscrivent dans des clubs de tirs ou passent leur licence de chasse. Et ces sports se féminisent », assure le commerçant.
Pour John, qui pratique la chasse depuis 15 ans, un autre problème existe : les armes de contrebande. Elles sont impliquées dans la majorité des crimes commis sur le territoire. « Les utilisateurs d’armes sont pointés du doigt, mais on sait que bon nombre des armes de poing utilisées lors d’actes criminels sont introduites illégalement. Cela nous décrédibilise alors que les armes légales déclarées par les chasseurs sont très rarement impliquées dans des meurtres. » Le marché noir de l’armement est en grande partie approvisionné par les États-Unis, là où la législation est beaucoup plus souple. « Le Canada a donc intérêt de continuer son travail avec l’état frontalier pour mettre en place des politiques douanières suffisamment efficaces », conclut-il. ■
Fanny Abes


