Mercredi 8 septembre 2010

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Lundi 13 septembre 2010

Comme un poisson dans l’eau

Comme un poisson dans l’eau

Dans les coulisses de l’Aquarium de Vancouver, des dizaines d’employés s’attachent tous les jours au bien-être et aux soins de milliers d’espèces animales. Parmi eux, le Dr Marty Haulena, vétérinaire de l’aquarium, que L’Express du Pacifique a suivi toute une journée.

Silencieuses en ce début de matinée, les allées de l’aquarium ne vivent que par le ballet insouciant et paisible des poissons, la frénésie des chauves-souris se ruant sur leur petit-déjeuner, et la contemplation apathique des anacondas à travers la vitre qui les sépare du monde humain. Les portes sont encore fermées, le public n’envahira les lieux que dans une heure. Mais une ombre se déplace de galerie en galerie, un café à la main. C’est le Dr Haulena, le vétérinaire de l’aquarium, qui fait sa traditionnelle ronde. Comme lui, des dizaines de personnes sont déjà sur les lieux. Biologistes, dresseurs, aquaristes : chaque matin avant l’ouverture, ils inspectent leurs animaux et s’assurent que tout est en ordre.

Au bout d’un couloir où se pavanent différentes espèces de méduses dans de grands bocaux, Marty vient s’asseoir dans son petit cabinet qui jouxte les bassins où se reposent bélougas et otaries. Derrière la porte on entend ces dernières vociférer d’un râle dolent. « Ça ? C’est parce qu’elles ont repéré qu’il y avait du monde, et elles réclament à manger ! »

Marty, originaire d’Ottawa, est arrivé à Vancouver en mars 2006 après neuf années passées au Centre des mammifères marins de Sausalito en Californie. Plongé dans l’univers des animaux aquatiques, il confesse avoir toujours voulu exercer ce métier. « À sept ans, je savais déjà que le milieu marin était mon domaine de prédilection. » Avec une préférence marquée à l’époque pour les dauphins. « Avec le temps, vous apprenez à apprécier cette immense diversité des espèces. Par exemple, je suis fasciné en ce moment par les coraux. »

Auxquels il fait des infidélités dès qu’il se retrouve aux côtés d’Imaq, son bélouga préféré. Avant même d’entamer sa tournée, c’est à lui que Marty rend visite en premier, cajolant la baleine blanche, lui chatouillant la langue, malaxant le haut de sa tête caoutchouteuse, tout en la gratifiant de petits surnoms affectueux. Ce matin, il devra lui faire une prise de sang. L’animal se laisse faire et présente sa nageoire dans laquelle vient piquer l’aiguille. « Imaq a été malade il y a cinq mois, se remémore-t-il. C’est une procédure de routine qu’on effectue régulièrement sur les baleines et les dauphins pour s’assurer que tout va bien. »

La prévention est en effet le maître-mot ici. L’année dernière, l’équipe vétérinaire a été confrontée à la disparition d’une otarie, morte d’un cancer, et d’une loutre qui a succombé à une leucémie.

Les mammifères sont donc entraînés aux examens médicaux, notamment grâce à la confiance qui règne entre l’animal et son dresseur. « Ils savent que rien de mal ne va leur arriver. Les phoques et otaries, par exemple, sont dressés pour se glisser dans une cage et font dépasser leur museau au bout pour qu’on puisse leur mettre un masque à oxygène et les endormir. »

Tournée des galeries

Après Imaq, et quelques blagues matinales lancées à ses collègues, Marty part dans les couloirs de l’aquarium, suivi de près par deux jeunes femmes, Carly et Chelsea, ses stagiaires. Il parcourt le laboratoire arctique, où gambadent dans une eau glaciale des araignées ou encore de minuscules crevettes originaires du pôle Nord. La collection devrait être présentée sous forme d’exposition dès la rentrée en septembre.

« De l’Arctique à l’Amazonie ! », lâche-t-il en poussant la porte qui débouche sur une galerie à la chaleur moite. Un arrêt devant les chauves-souris : « Vous voyez celles qui ont une pastille bleue autour de l’aile ? demande-t-il. Ce sont celles qui doivent être castrées. Car leur population est hors de contrôle autrement. »

Posté devant l’aquarium gigantesque des poissons tropicaux, Marty revient sur une préoccupation du public. « Il y a une idée fausse sur l’océan et les notions de liberté et de bonheur qui en découlent. En pleine mer, les poissons ont beaucoup de choses à gérer, comme se nourrir et éviter de servir de nourriture ! Ici, ils ne se préoccupent de rien, ils sont détendus, il n’y a pas le stress du prédateur et de la recherche de nourriture », argumente-t-il.

Le tour continue et il entre dans une large volière à papillons. Un coup d’œil dans chaque recoin, un regard malicieux et moqueur vers le paresseux qui lézarde dans les branches d’arbres. Les jeunes employés et bénévoles de l’aquarium lui font leur rapport. Rien à signaler aujourd’hui. Mais quelques mètres plus loin, du côté des amphibiens, il s’enquiert auprès d’Andrea de l’état d’une grenouille qui a la patte pendante depuis quelques jours. Celle-ci devra venir faire une radio dans son bureau à 10 h 30.

En attendant, le vétérinaire finit sa ronde en faisant un petit coucou aux murènes, ces « grands-mères grincheuses ». Puis il s’amuse avec une anguille électrique dont les décharges fournissent du courant à la lampe juste à côté du bassin. Et enfin, un rapide bonjour aux dauphins, Ann et Helen, rescapées de pêches malheureuses.

À 10 h 30, Andrea arrive donc avec sa grenouille. La bestiole passe aux rayons X, et l’on découvre que sa patte arrière droite est en effet cassée. Gwyneth, l’assistante de Marty, prépare un traitement d’antibiotiques, de calcium et d’analgésique qu’une stagiaire injectera au moyen d’une aiguille et d’une seringue aussi grosse que le petit batracien ! Après cela, Dr Haulena finira la matinée le nez dans ses papiers.

S’occuper des rescapés

À 13 heures, direction le port, au bout de Main Street. Comme chaque mercredi, s’il a le temps, le vétérinaire retrouve l’équipe du Centre de secours des mammifères marins de l’aquarium où il passera le reste de l’après-midi. Une fois ses semelles désinfectées, il s’engouffre sous une grande tente blanche où des lampes chauffantes sont suspendues au-dessus de grands bacs bleus. Il se penche. Sourit avec tendresse. Dans chacun de ces bacs, un bébé phoque vous regarde avec des yeux à fendre le cœur. « C’est bien là le problème : les gens veulent bien faire lorsqu’ils en trouvent un tout seul sur la plage ou en mer. Ils le ramassent et nous l’amènent. Mais en soi, il n’est pas forcément en danger, explique-t-il. Sa mère est peut-être tout simplement partie pêcher. Et lorsqu’elle revient le chercher, elle est trop effrayée de voir des personnes autour de son petit, ou elle finit par chercher ailleurs. Il faut donc les laisser, et nous appeler », conseille-t-il.

Le centre recueille ainsi 175 bébés phoques en moyenne chaque année. Depuis février, quinze y ont trouvé refuge. Quatre n’ont pas survécu. Placés en quarantaine, ils sont nettoyés, auscultés, nourris. « On leur apprend à pêcher par eux-mêmes, à plonger, de manière à les relâcher par deux au large des côtes au bout de dix à douze semaines », continue Lindsaye Akhurst, coordinatrice du centre.

Marty va ensuite saluer Daisy, un marsouin retrouvé sur la plage à côté de Victoria l’été dernier. « Les baleines et dauphins comptent sur leur mère pour être allaités, poursuit-il. Ils ne peuvent pas être relâchés dans la nature s’ils ont été trouvés petits. J’ai tenté de réintroduire plusieurs d’entre eux en Californie. Malheureusement, ils ne survivent quasiment jamais. Daisy est un miracle. » Le vétérinaire espère ainsi pouvoir l’intégrer à l’aquarium de Vancouver – une décision qui reviendra au gouvernement du Canada.

L’après-midi s’achèvera avec l’étude des dossiers de chaque petit rescapé. Du poids qu’ils ont pris, des éventuelles infections à traiter, du sommeil récupéré. Une échographie pour l’un d’entre eux qui a le ventre trop tendu. Marty s’accordera certainement une dernière petite ronde pour saluer ses protégés avant de rentrer chez lui et prendre une bonne douche : il ne doit surtout pas ramener de bactéries à l’aquarium le lendemain matin pour les animaux qui l’attendent là-bas.

Sophie de Kepper

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