Voilà une entreprise qui ne connaît pas la crise. Nos amis les chiens sont certes de fidèles compagnons, mais ils représentent aussi une manne financière pour qui a su saisir l’occasion. Garderies, pâtisseries, spas ou encore lignes de mode, le marché canin ne semble pas subir les effets de la récession, bien au contraire.
Ils auront beau tous dire que leur chien leur a donné l’inspiration pour se lancer en affaires, ces maîtres-là ont aussi flairé le bon filon en s’infiltrant sur le marché canin à Vancouver : la métropole britanno-colombienne regorge de toutous dont les propriétaires sont gagas*. « Beaucoup de nos clients n’ont pas d’enfants », déclare Sophia De Jesus, ancienne employée dans le domaine des hautes technologies, styliste et fondatrice de MySassyDog, société créatrice d’accessoires et de vêtements pour chiens. « Certains d’entre eux vont même voir leur animal comme un substitut, comme un entraînement avant d’avoir leur propre bébé. »
Effet de mode ou réelle affection parentale, la gêne s’est en tout cas dissipée ces dernières années à l’idée de les habiller, de les nourrir avec des repas fins, de leur payer un massage, un taxi ou un hôtel pour la nuit. « Nous ne trouvions pas de petits plaisirs sains pour notre chien à Vancouver », se justifie Dennis Gunn, aujourd’hui propriétaire avec Christine Cho de Big Dog Little Dog Bakery à Burnaby, qu’ils ont ouvert en 2002. Désormais spécialiste des pains de dinde et d’épinards, de gâteaux au foie, de biscuits au saumon ou au beurre de cacahuètes, la pâtisserie a trouvé très vite une clientèle demandeuse, ouvrant ainsi une deuxième boutique à Langley en 2007, puis une autre en décembre dernier à Vancouver. Avec plus de 50 plats à base de nourriture naturelle à la carte, de 99 cents le biscuit à 24 dollars le gâteau, Dennis et Christine proposent même des kits anniversaires, avec gâteaux, bougies, chapeaux de fête et cartons d’invitation.
Katya et Nigel Irwin, 31 et 29 ans, sont de fidèles clients. Ils ont eux aussi abandonné leur carrière (dans leur cas, la presse et la construction respectivement) pour s’adonner aux poils et aux croquettes. À Small Paws, leur garderie pour petits chiens, une clôture blanche vient dessiner la cour de récréation où se trouvent des coussins, des balles filant sur le sol et un parcours ludique. « Nous avons eu du monde dès l’ouverture du magasin il y a un an, se rappelle le jeune couple. Aujourd’hui, nous accueillons entre 15 et 25 chiens par jour. C’est un marché florissant, qui se démocratise. » Quand on a les moyens, toutefois : une journée à Small Paws coûte 22 dollars, un abonnement mensuel revient quant à lui à 350 dollars.
Vivre comme un enfant
À la fin de la journée, ce sont les retrouvailles entre « parents et enfants », les grands coups de langue, la queue battant comme une hélice, les jappements stridents et l’éternelle question « Alors, on s’est bien amusé ? » Emma, qui vient chercher sa petite Umbra âgée de quatre mois, confesse : « Je n’imaginais pas avoir un chien un jour, encore moins en être aussi folle. Je trouvais ce concept de garderie tellement ridicule… Triste mais vrai, je considère Umbra comme mon enfant, et je n’ai pas envie de la laisser s’ennuyer toute seule à la maison. »
« Chaque client repart avec une carte qui relate toutes les activités de leur chien pendant la journée », précise Katya. Une petite attention bien appréciée qui accompagne une photo, envoyée par courriel, de leur adoré gambadant ou en train de se repaître d’un délicieux gâteau confectionné par les bons soins de Dennis et Christine pour l’anniversaire d’un des petits camarades sur pattes.
Forte de son expérience, avec une trentaine de distributeurs à Vancouver et 400 dans le monde, moins de trois ans après l’ouverture de MySassyDog, Sophia estime que les propriétaires ne regardent pas à la dépense. Ce sont souvent des femmes, de 20 à 50 ans, mais aussi des jeunes couples, hétérosexuels et homosexuels, avec des revenus confortables. « S’ils considèrent que leur chien a des besoins particuliers, ils ne vont pas se sentir coupables de leur acheter des accessoires », poursuit-elle. À Vancouver, son produit phare reflète d’ailleurs le climat actuel : un imperméable avec capuche pour les jours pluvieux, rembourré de polaire au cas où il ferait un peu frisquet.
Premiers secours pour chiens
Coquetteries mises à part, un autre nom circule sur le marché : celui de Michelle Sevigny. Installée à North Vancouver, cette ancienne officière de police s’est forgé une solide réputation en créant en 2006 Dogsafe Canine First Aid, le brevet des premiers secours pour chiens, une expérience unique en Amérique du Nord. Des dizaines de professionnels à travers la province se sont vus dispenser des cours, mais aussi de nombreux particuliers, qui souhaitent apprendre comment réagir en situation d’urgence.
Michelle a conjugué sa formation de policière à ses connaissances en tant qu’éducatrice en soins canins. « Je ne cherche pas à remplacer le vétérinaire. Je ne diagnostique pas, ne pratique pas la chirurgie sur les chiens, prévient-elle. J’apprends à mes étudiants, majoritairement des femmes, à reconnaître les signes avant-coureurs d’un malaise, d’une douleur, à pratiquer le massage cardiaque ou encore le bouche-à-bouche pour qu’ils sachent quoi faire en attendant les soins vétérinaires. »
Là encore, le public s’est montré très réceptif, puisque Michelle fait désormais classe pleine à chaque session. Tout est autorisé, et commercialisable donc, pourvu que nos amies les bêtes se sentent aimées, protégées et en bonne santé.
*regorge de chiens dont les propriétaires raffolent
de Kepper Sophie


